AFNOR SPEC 2315 × Livre Blanc Nous Sommes Vivants : même racine, deux instruments pour l’entreprise régénérative
L’AFNOR SPEC et notre livre blanc partagent la même source académique — Hahn & Tampe (2021). Ils en tirent deux constructions complémentaires. Voici ce qui converge, ce qui diverge, et ce que les deux rendent possible ensemble.
L’AFNOR SPEC 2315 (octobre 2024) et le Livre Blanc Ce que la régénération du vivant change pour les décisions d’entreprise (février 2026) partagent une racine théorique commune : l’étude de Tobias Hahn et Maja Tampe (Strategic Organization, 2021), qui pose le continuum de maturité régénérative. Mais à partir de cette racine, les deux textes divergent — dans les corpus qu’ils mobilisent, dans ce qu’ils construisent, et dans ce qu’ils laissent en suspens. Cette divergence n’est pas un problème — c’est une complémentarité structurelle.
La racine commune : Hahn & Tampe et le continuum de maturité
Le point de départ est le même. Hahn & Tampe, chercheurs à l’Esade Business School, publient en 2021 dans Strategic Organization un article fondateur qui part d’un diagnostic sévère : le champ de la durabilité des entreprises s’est progressivement éloigné de ses racines écologiques pour se centrer sur le business case. Seuls les enjeux alignables avec la rentabilité à court terme sont pris en compte. Face à l’accélération des crises (6 des 9 limites planétaires dépassées), les auteurs proposent de reconceptualiser la durabilité à partir de la régénération.
Leur contribution principale : l’échelle Restore → Preserve → Enhance, un continuum de stratégies régénératives fondé sur deux principes (un niveau d’aspiration ancré dans les systèmes socio-écologiques, et une approche managériale adaptative) déclinés en six critères. Le business régénératif y est défini comme des « entreprises qui renforcent la santé des systèmes socio-écologiques tout en prospérant grâce à eux, dans un processus co-évolutif ». La régénération n’est pas un état binaire mais une trajectoire : on ne naît pas régénératif, on le devient.
C’est ce continuum que l’AFNOR SPEC et le Livre Blanc mobilisent tous les deux. Et c’est sur la manière de le décliner que leurs chemins divergent.
Le groupe de travail a innové en plaçant le vivant au cœur du processus normatif lui-même : ancrage au vivant en début de chaque session, « chaise vide » pour les intérêts de la nature, gouvernance avec le vivant accompagnée par Pierre Mang Joubert. La diversité du groupe — d’AXA Climate à Phytobokaz en Guadeloupe, de l’INRAE à Fashion Revolution, avec Pour une agriculture du vivant comme partenaire majeur sur le volet agricole — montre que les concepts mobilisés ne sont pas des abstractions mais des outils que des praticiens d’horizons très différents arrivent à partager.
L’économie régénérative est une révolution économique au moins aussi importante que l’a été la révolution industrielle. Il s’agit de lui donner ses outils pour la faire grandir.
— Isabelle Delannoy, co-pilote de l’AFNOR SPEC 2315
Deux vocabulaires, une même trajectoire — et une divergence clé
Les deux textes formalisent une progression en 4 étapes à partir du continuum Hahn & Tampe. Mais ils ne mobilisent pas les mêmes sources pour le faire, n’utilisent pas les mêmes mots, et n’interprètent pas le passage de l’étape 3 à l’étape 4 de la même manière. Ces différences ne sont pas cosmétiques — elles ont des conséquences directes sur ce que chaque cadre permet de diagnostiquer et d’accompagner.
Correspondance étape par étape — et sourçage
Le tableau ci-dessous détaille, pour chaque étape, ce que chaque texte y met, et d’où ça vient.
| Étape | AFNOR SPEC | Livre Blanc Nous Sommes Vivants | Sources mobilisées |
|---|---|---|---|
| 1 Exploiter / Limiter |
Le business as usual. L’activité domine la nature, les services écologiques sont des « dons gratuits », les dommages sont des externalités. Vision fragmentée, profit à court terme. | Le Capacity Score le rend diagnosticable : les questions révèlent les croyances implicites (croissance comme objectif premier, vivant comme contrainte). Ce niveau n’est pas une caricature — c’est là où se situent la majorité des organisations sans le savoir. | Hahn & Tampe : « Exploit » placé hors continuum régénératif HEC Paris : ajouté comme niveau de référence (Lehmann-Ortega & Dubreil, 2025) AFNOR SPEC : section 2, p. 25 et Tableau 1, p. 29 |
| 2 Réparer / Réduire |
Arrêter, inverser, prévenir la dégradation. La compensation remplace l’évitement quand celui-ci n’est pas possible. On dégrade ici, on répare ailleurs. L’action est perçue comme un coût. | Le Capacity Score distingue la réduction subie (pression CSRD, réglementaire) de la réduction choisie (conscience des interdépendances). Le pourquoi de la réduction compte autant que le quoi. | Hahn & Tampe : « Restore » — séparation instrumentale, lieu interchangeable Reed 2007 : spectre dégénératif → durable AFNOR SPEC : section 2, p. 26 et Tableau 1, p. 29 |
| 3 Préserver / Restaurer |
Maintenir le statu quo. Net zéro. Reconnaissance des services écosystémiques. Opérer à l’intérieur de la capacité de charge. Temps long, cadre éthique partagé avec les parties prenantes. | Robustesse écosystémique au sens de Hamant (2023) : diversité, redondance, sub-optimalité. La question reste « comment tenir ? » — le vivant est au service de la continuité de l’activité. C’est ici que se joue la distinction structurante avec N4. | Hahn & Tampe : « Preserve » — co-dépendance mutuellement reconnue du Plessis & Cole 2011 : capacité adaptative des systèmes Hamant 2023 : robustesse biologique AFNOR SPEC : section 2, p. 26 et Tableau 1, p. 28 |
| 4 Régénérer / Régénérer |
Boucle régénérative : « le projet alimente la capacité de son milieu à créer de la valeur, qui en retour alimente la propre capacité du projet à en créer ». Impact positif net. Enchâssement symbiotique. Coévolution. | Retournement de finalité : la question n’est plus « comment tenir ? » mais « quelle contribution au vivant nous permet de tenir ? ». L’activité se subordonne à la capacité du vivant. Ce n’est pas un niveau supérieur de performance — c’est un changement de paradigme. | Hahn & Tampe : « Enhance » — enchâssement symbiotique Fischer et al. 2025 (Ambio) : contributions nettes positives, spirales ascendantes Regenesis (Mang & Haggard 2016) : du monde-machine au monde-système vivant Reed 2007, Morseletto 2020 : la régénération vise la capacité d’auto-renouvellement, pas le retour à un état antérieur Retournement de finalité : formalisation Nous Sommes Vivants (cohérente du Plessis 2012, Fischer 2025) |
La divergence clé : entre l’étape 3 et l’étape 4
C’est ici que les deux textes se séparent le plus nettement. L’AFNOR SPEC présente le passage de « Préserver » à « Régénérer » comme un degré de plus sur l’échelle : du net zéro au net positif. Le Livre Blanc le formalise comme un changement qualitatif — un retournement de finalité.
La distinction est fondée dans la littérature elle-même. Rodale (1983) la pose dès l’origine de l’agriculture régénérative : la restauration vise le retour à un état antérieur, la régénération vise la capacité d’auto-renouvellement. Reed (2007) en fait un changement de paradigme, pas un degré de plus. Morseletto (2020) confirme. Mang & Reed (2012) distinguent explicitement restauration (réparer un sous-système) et régénération (développer la capacité du vivant à se renouveler). Le white paper HEC Paris lui-même sépare Restore et Enhance, et précise que seul Enhance représente la pleine maturité régénérative.
La conséquence opérationnelle est directe. Dans notre terminologie : tant que la question reste « comment tenir ? » — même par des moyens écosystémiques sophistiqués — l’organisation est en N3 (Restaurer). La bascule vers N4 (Régénérer) se produit quand la question devient « quelle contribution au vivant nous permet de tenir ? ». C’est un retournement de la relation moyen-fin. Et ce retournement a un impact immédiat sur la gouvernance : sans architecture de propriété et de financement compatible, il ne se traduit pas en décisions.
Concret : la dimension « Sens du lieu » à travers les 4 étapes
Pour rendre la trajectoire tangible, prenons la dimension 2 de l’AFNOR SPEC — le « Sens du lieu », qui correspond au Sense of Place (critère 2.1) de Hahn & Tampe et à l’attribut « Rootedness » du white paper HEC. C’est la dimension qui illustre le plus clairement le retournement.
Le passage de « Préserver » à « Régénérer » n’est pas quantitatif (faire plus de la même chose) mais qualitatif. Le lieu cesse d’être un décor ou une contrainte pour devenir la source même du projet. C’est ce que nous appelons le retournement de finalité appliqué au territoire — et c’est ce que l’AFNOR SPEC décrit elle-même quand elle parle de « spatialité définie » et de projets qui « habitent leur territoire en nourrissant son plein potentiel ». Le concept est dans le texte AFNOR — nous le nommons et le rendons diagnosticable.
La fourche : ce que chaque texte ajoute à la racine commune
Au-delà de la trajectoire partagée, l’AFNOR SPEC et le Livre Blanc empruntent deux chemins différents pour construire leurs instruments. Non pas contradictoires — complémentaires. Chacun ajoute ce que l’autre ne couvre pas.
L’AFNOR SPEC descend dans les critères : qu’est-ce qui caractérise concrètement chaque paradigme, dimension par dimension, du Keyline design à la comptabilité multi-capitaux ? Le Livre Blanc descend dans les mécanismes : pourquoi les organisations restent bloquées, et qu’est-ce qui permet de débloquer la montée en capacité ?
Deux architectures d’évaluation : 10 dimensions vs 6 leviers
L’AFNOR SPEC : 10 dimensions issues de deux cadres croisés
L’AFNOR SPEC croise Hahn & Tampe (volet stratégique) et le Doughnut de Raworth (volet opérationnel) pour produire 10 dimensions d’analyse, chacune évaluée sur les 4 paradigmes. Le résultat est une matrice 10×4 qui produit un profil multi-dimensionnel.
Volet stratégique — Hahn & TampeDomination ou symbiose ?
Standardisé ou né du territoire ?
Court terme ou temps long du vivant ?
Business as usual ou expérimentation ?
Actionnaires ou coévolution du vivant ?
Keyline design, eau verte/bleue, biorégion
Pyramidale ou inclusive du vivant ?
Capital seul ou écosystème renforcé ?
Volume ou fonctionnalité ?
Performance financière ou triple valeur ?
Ce cadre est adossé à une légitimité normative forte : un processus AFNOR, 25+ acteurs, 8 mois de co-élaboration, une trajectoire vers l’ISO à horizon 5-6 ans. Pour une organisation qui veut justifier sa démarche auprès d’investisseurs ou de régulateurs, cette référence est un atout structurel. L’AFNOR SPEC descend jusqu’à 63 critères concrets, répartis en quatre axes et définis par trois seuils de vitalité (intégrité, renouvellement, épanouissement).
Parmi les critères notables : solutions fondées sur la nature, codétermination des salariés, revenu minimum vital, transparence de la chaîne de valeur, matériaux biosourcés et locaux, composants modulaires et interopérables, Keyline design (gestion de l’eau par gravité), distinction eau verte / eau bleue. La section 1.9 retrace par ailleurs 50 ans de filiation théorique (d’Odum 1962 à Gibbons 2020) — un travail de généalogie intellectuelle que le Livre Blanc ne fait pas, concentré sur trois corpus contemporains.
Le Livre Blanc Nous Sommes Vivants : 6 leviers issus de trois corpus croisés
Le Livre Blanc croise trois corpus — stratégie d’entreprise (Hahn & Tampe, HEC Paris), science des systèmes (Fischer, Folke), développement régénératif (Regenesis, Sanford) — pour produire 6 leviers de capacité, chacun évalué sur les 4 étapes. Le résultat est un profil de corrélation entre leviers : c’est l’écart entre leviers qui révèle le verrou.
La posture du dirigeant — de la conformité à « au service du vivant »
L’usage de la donnée écologique dans la décision
La transformation de l’offre — le pivot de la bascule
Du volume au co-investissement territorial
Cognition, émotions, imaginaires — le facteur humain
Qui décide, au service de quoi — le retournement de finalité
L’AFNOR SPEC décrit ce qui caractérise chaque paradigme. Le Capacity Score identifie le levier bloquant et le prochain saut qualitatif à opérer. Le premier fournit la carte. Le second fournit la boussole.
L’agriculture : terrain d’illustration des deux approches
L’agriculture est le secteur où la complémentarité AFNOR / Nous Sommes Vivants se lit le plus clairement — parce que c’est celui où les deux textes sont les plus précis, et celui où la régénération a le plus d’antériorité (Rodale, 1983). Prenons un même sujet — la transformation d’une filière agricole — et regardons ce que chaque cadre apporte.
L’agriculture régénérative, telle que définie par l’État de Californie, est « une agriculture, un élevage et une gestion des terres avec des pratiques qui permettent d’obtenir les résultats escomptés face à des enjeux comme l’enjeu climatique, la protection de la santé humaine et des communautés rurales, la préservation de la faune et du bien-être animal ou la protection des traditions culturelles locales ».
Une norme internationale existe désormais : le Regeneration International Standard (version 4, septembre 2025), porté par Regeneration International et certifié par Organic Food Chain. Ce standard est bref et direct — volontairement à rebours des documents réglementaires complexes. Il repose sur des principes et des orientations plutôt que des pratiques mandatées, pour laisser aux agriculteurs la latitude d’innover. Son socle : les quatre principes d’IFOAM-Organics International (santé, écologie, équité, précaution). Sa distinction fondatrice : ce qui est régénératif améliore les ressources — sol, biodiversité, climat, communautés, santé. Ce qui est dégénératif les dégrade. Les systèmes qui utilisent des pesticides de synthèse, des engrais minéraux solubles, des OGM, le surpâturage, des systèmes de confinement animal ou des pratiques d’exploitation salariale « doivent être qualifiés d’agriculture dégénérative pour mettre fin au greenwashing ». Le standard prévoit deux niveaux de certification : Regenerative A Grade (conformité totale) et Transition to Regenerative (en cours de mise en conformité).
En France, Pour une agriculture du vivant porte cette même ambition depuis 2018 — accompagner la transition des filières agricoles vers des pratiques régénératives, du sol à l’assiette. L’association est partenaire majeur de l’AFNOR SPEC 2315 sur le volet agricole et membre actif de l’écosystème international. La régénération du vivant telle que portée par Nous Sommes Vivants s’inscrit dans ce mouvement en proposant un déplacement de finalité : il ne s’agit plus de limiter les dégâts d’une économie de la prédation, mais de renforcer les conditions de santé, de relation et de coopération qui permettent au vivant de se maintenir et de s’épanouir dans le temps long.
C’est dans ce contexte international que l’AFNOR SPEC et l’approche Nous Sommes Vivants se positionnent — chacune avec ses instruments spécifiques.
Ce que l’AFNOR SPEC pose : les critères et les pratiques
L’agriculture occupe une place centrale dans l’AFNOR SPEC, servant de modèle de référence pour le passage d’une économie extractive à une économie régénérative. Le texte — co-élaboré avec Pour une agriculture du vivant sur ce volet — définit des pratiques précises organisées en piliers :
Régénération des sols — agroécologie, agriculture de conservation, permaculture. L’objectif : un sol couvert en permanence, vivant, riche en matière organique, capable d’absorber la pluie et de capturer le CO₂. L’agriculture écologiquement intensive vise à maximiser les services par unité de surface en s’appuyant sur les fonctionnalités naturelles.
Design hydrologique — distinction eau verte (biomasse, sols, évapotranspiration) / eau bleue (nappes, rivières). Le Keyline design optimise la répartition de l’eau par gravité. L’hydraulique douce (noues, baissières, fascines, mares) ralentit et infiltre sans apport d’énergie.
Modèles de filière — polyculture-élevage pour la diversification et les synergies, systèmes alimentaires territoriaux pour la relocalisation, sourcing agroécologique comme condition pour qualifier une industrie de régénérative.
L’AFNOR SPEC illustre ces principes par des cas concrets : Phytobokaz en Guadeloupe (écosystème interdépendant où la biodiversité soutient la production de principes actifs), le Marin Carbon Project (compost sur pâturages ×10 d’absorption carbone), la cameline réintroduite en agroécologie, les Laines Paysannes (élevage ovin reconnecté aux savoir-faire textiles locaux).
Ces pratiques ne sont pas théoriques. En Bretagne, le projet Sols de Bretagne, porté par le Fonds Carbone Livelihoods, accompagne 100 agriculteurs sur 10 ans dans la transition vers l’agriculture régénératrice. Le programme repose sur les trois leviers techniques que l’AFNOR SPEC prescrit : les couverts végétaux permanents (présence continue de biomasse pour nourrir le sol et augmenter sa matière organique), les rotations longues et diversifiées (4 à 6 ans, pour réduire la pression des pathogènes et améliorer la structure racinaire du sol), et la réduction du travail mécanique (semis direct, travail superficiel uniquement). Nicolas Hallegouet, agriculteur pionnier dans le Finistère depuis 20 ans, témoigne des résultats : un sol vivant, une fertilité restaurée, une résilience accrue aux sécheresses. Ce cas montre que les critères AFNOR ne sont pas des abstractions — ils sont praticables, à l’échelle, en France.
Un référentiel de pratiques prescrites (sol vivant, Keyline, polyculture-élevage) adossé à des critères mesurables (fonctions écologiques par unité de surface, protection des services écologiques, matériaux locaux et biosourcés) et des seuils de vitalité. C’est la carte du territoire régénératif agricole.
Ce que l’approche Nous Sommes Vivants pose : des pratiques, un diagnostic, une conception et un accompagnement
Nous Sommes Vivants ne se limite pas au diagnostic — nous posons aussi un socle de pratiques, avec une position claire : le bio est le plancher du N3. Pas de régénération sans avoir d’abord éliminé les pratiques dégénératives (pesticides de synthèse, engrais minéraux, destruction de la biodiversité des sols). Le bio — au sens de l’agriculture biologique certifiée — est la condition nécessaire pour entrer dans le registre de la restauration. Il ne suffit pas (on peut faire du bio intensif déconnecté du territoire), mais sans lui la régénération est un mot creux.
Cette position est documentée par les cas des Lauriers : tous les lauréats agricoles sont en bio — Nectar (1 000 ha bio en Occitanie), ECOTONE/Bonneterre (avoine 100 % bio française), C’est qui le patron ?! (lait bio), Les Compagnons du Miel (premier miel certifié bio et Commerce Équitable France), Halage/Lil’Ô (fleurs sans intrants). Le bio est leur socle N3. Ce qui les fait basculer vers N4, c’est ce qu’ils ajoutent au bio : l’agroforesterie et la lutte biologique par les haies (Nectar), les rotations de 8 ans et 30+ espèces (ECOTONE), la gouvernance par le consommateur et le prix producteur juste (C’est qui le patron ?!), la traçabilité coopérative « du rucher au pot » (Compagnons du Miel), la recréation de sols vivants sur friche polluée (Halage).
La trajectoire Nous Sommes Vivants en agriculture se lit ainsi :
Au-delà de ce socle de pratiques, l’approche Nous Sommes Vivants se structure en trois piliers complémentaires.
Diagnostic du blocage systémique — L’article De l’agriculture régénérative au business model de l’entreprise régénérative documente pourquoi les pratiques prescrites — y compris le bio — ne sont pas massivement adoptées, alors qu’elles existent depuis des décennies. Le modèle d’exploitation intensive est en crise documentée : 19 % des GES français, ¼ des terres devenues arides, -48 % de fer dans les fruits et légumes en 60 ans, -20 % de fermes en 10 ans, un agriculteur sur trois non remplacé à la retraite, perte de valeur ajoutée à l’hectare avec l’agrandissement des surfaces, production déconnectée des territoires (12 millions d’hectares destinés à l’export, soit 40 % des terres agricoles). Le Capacity Score, appliqué au secteur, identifie les verrous précis : un leadership encore ancré dans la logique de volume et de PAC, une chaîne de valeur qui ne rémunère pas les services écosystémiques (pollinisation, qualité de l’eau, fertilité des sols), un modèle mental où le sol reste un « support inerte » dont on peut « même s’affranchir » (cultures hors-sol).
Conception régénérative de l’offre — Le design régénératif et le Business Model Canvas régénératif (canvas en 5 ateliers) travaillent la question que l’AFNOR SPEC laisse ouverte : comment transformer la chaîne de valeur d’un produit agricole pour que les pratiques — bio + régénératives — deviennent le cœur du business model, pas un coût additionnel. La méthodologie redéfinit l’Unité Fonctionnelle Régénérative du produit — par exemple, passer de « nourrir » à « bien nourrir tout en régénérant la biodiversité du territoire ». Les 5 ateliers se déploient en séquence : analyser la chaîne de valeur actuelle et ses zones de destruction (sociale, environnementale, économique), redesigner la chaîne au futur en s’appuyant sur les potentiels écosystémiques du lieu, co-concevoir l’offre avec les parties prenantes, définir le produit de transition qui permet de basculer du modèle actuel au modèle futur, mesurer et ancrer dans une triple comptabilité alignée CSRD.
Facteur humain et accompagnement — L’AFNOR SPEC prescrit le Keyline design, les couverts permanents, l’agriculture écologiquement intensive. L’article L’agriculture régénératrice : des principes à la pratique montre que l’adoption de ces pratiques « implique de revisiter entièrement le système d’exploitation, de changer de pratiques et de repères acquis dans le cadre d’une agriculture conventionnelle » — et que cela « nécessite l’accompagnement et la formation de l’agriculteur sur trois à cinq années ». L’approche Nous Sommes Vivants formalise les trois verrous qui bloquent cette bascule : la cognition (croyance que la productivité passe par les intrants et l’agrandissement, effet de dilution non perçu), les émotions (peur du risque économique, perte de repères identitaires, solitude du pionnier), les imaginaires (incapacité à se projeter dans un modèle viable différent du modèle intensif). Trois fresques certifiées Qualiopi travaillent chacun de ces verrous — et le Regenerative Circle Agro crée l’espace collectif où les pairs se montrent mutuellement que la bascule est possible.
Un socle de pratiques avec le bio comme plancher N3 et les pratiques régénératives (agroforesterie, gouvernance territoriale, prix juste) comme marqueurs N4. Un diagnostic de la capacité à les adopter (Capacity Score). Une méthodologie de conception qui intègre ces pratiques dans le modèle de revenus (Business Model Canvas régénératif, design régénératif, Unité Fonctionnelle Régénérative). Un accompagnement du facteur humain (trois fresques Qualiopi). Un espace de coopération par filière (Regenerative Circle Agro). C’est à la fois des pratiques et la boussole pour les rendre viables — là où l’AFNOR SPEC fournit les critères de référence.
Les Lauriers : le détail de la preuve terrain
Les cinq cas cités plus haut méritent d’être détaillés — parce que c’est dans le comment qu’on voit la boucle AFNOR (critères) × Nous Sommes Vivants (diagnostic + conception) fonctionner concrètement :
Nectar Oléiculture Régénératrice — Le bio (1 000 ha certifiés) est le socle. Ce qui fait basculer en N4 : 7 km de haies, 7 mares et 650 nichoirs créent un écosystème de lutte biologique qui renforce la capacité productive du lieu — boucle régénérative AFNOR incarnée dans un prix accessible. Alexis Mun : « On veut casser le choix binaire entre le « pas bon pas cher » et le « bon trop cher » ».
ECOTONE / Bonneterre — Le bio est la condition d’entrée. Le N4 : rotations de 8 ans, 30+ espèces, diagnostic fournisseurs tous les 3 ans (Farmtastic), quadruple A au Planet-Score. Les pratiques prescrites par l’AFNOR SPEC (sol couvert, diversification, agriculture écologiquement intensive) sont les conditions de production du produit en vente — pas un surcoût RSE.
C’est qui le patron ?! — Bio certifié sur les 410 fermes. Le N4 : le consommateur fixe le cahier des charges et la rémunération juste (+12,5 %). Le retournement de la chaîne de valeur est un retournement de finalité au sens de Nous Sommes Vivants : l’activité sert le vivant (agriculteur + sol + territoire), le vivant soutient l’activité. Triple profitabilité documentée.
Les Compagnons du Miel — Premier miel certifié bio et Commerce Équitable France. Le N4 : la gouvernance coopérative (210 apiculteurs, traçabilité « du rucher au pot ») correspond directement au paradigme « Régénérer » de la dimension Gouvernance AFNOR — la décision est au service de l’écosystème apicole, pas l’inverse.
Halage / Lil’Ô — Pas de bio préexistant : le sol n’existait pas. Le N4 : créer des sols vivants (technosols à partir de terres de chantiers recyclées) sur une friche polluée du 93, 180 000 fleurs locales/an, insertion professionnelle. Triple régénération (sol + emploi + territoire) en un seul site — le cas le plus radical de retournement de finalité.
Le Regenerative Circle Agro : le dispositif de passage à l’échelle
Les pratiques AFNOR existent. Le diagnostic Capacity Score identifie les verrous. Les Lauriers prouvent la viabilité. Mais comment passer de cas isolés à une transformation de filière entière ? C’est le rôle du Regenerative Circle Agro, lancé en décembre 2025.
Le dispositif réunit les acteurs économiques liés à l’agriculture — dirigeants, responsables filières, acteurs agricoles et industriels, distributeurs, financeurs à impact — autour d’une question clé : comment viser une prospérité territoriale via une offre commerciale régénérative ? Il ne s’agit pas d’un programme de sensibilisation mais d’un espace de co-conception orienté impact, fondé sur le Business Model Canvas régénératif.
La première réunion (17 décembre 2025) a rassemblé des acteurs de filières très différentes : Oé (vins bio, B-Corp), Guatex (latex et caoutchouc naturel), Château Galoupet / Moët Hennessy (domaine viticole certifié Regenerative Organic Certified), Biosphères (conseil en agriculture régénérative), Tokilia (valorisation de la laine locale basque Manex). Malgré la diversité des secteurs, trois tensions systémiques ont émergé :
L’équation économique — Les bénéfices de la régénération sont réels mais décalés dans le temps et mal valorisés à court terme. Qui paie la transition ? Les coûts sont immédiats, les retours sont différés. C’est précisément ce que la thèse de la triple profitabilité du Livre Blanc cherche à documenter.
Le risque du « régénératif opportuniste » — Usage inflationniste du terme, pratiques incompatibles revendiquées comme régénératives, confusion consommateur, dévalorisation des pionniers. Le besoin de référentiels partagés est unanime — et c’est exactement ce que l’AFNOR SPEC fournit côté critères, et ce que le Capacity Score fournit côté diagnostic.
La décorrélation du modèle économique — Des entreprises sincères mais enfermées dans une rentabilité court terme face à des impacts mesurables (et pleinement rentables) à long terme. Les démarches dominantes (RSE, éco-conception / ACV, labels) restent défensives : elles réduisent les impacts négatifs sans contribution au vivant. Le passage de N2 (Réduire) à N3 (Restaurer) puis N4 (Régénérer) exige une refonte du modèle économique — pas un ajout de KPI.
Le Circle structure sa réponse sur trois horizons : innovation de transition viable (court terme), structuration de filière (moyen terme), capacités du territoire (long terme). Les filières légumineuses, lait, vin/alcools et laine sont les premières à s’être constituées. L’approche par filière en multi-acteurs — du fournisseur au distributeur — est le format opérationnel que ni l’AFNOR SPEC (qui prescrit) ni le Capacity Score (qui diagnostique) ne fournissent seuls. C’est le dispositif de coopération qui fait le lien entre le référentiel et la transformation concrète.
La complémentarité en action
Sur l’agriculture, la complémentarité n’est pas abstraite :
L’AFNOR SPEC dit : « voici les critères de la régénération en agriculture ». L’approche Nous Sommes Vivants dit : « le bio est le socle — voici ce qu’on ajoute pour régénérer ». Le Capacity Score dit : « voici ce qui vous empêche d’y arriver ». Le Business Model Canvas régénératif dit : « voici comment transformer votre offre ». Les fresques disent : « voici comment débloquer le facteur humain ». Les Lauriers disent : « voici qui y est arrivé ». Le Regenerative Circle dit : « voici comment le faire ensemble, filière par filière ». Ensemble : critères → pratiques → diagnostic → conception → accompagnement → preuve → passage à l’échelle.
Les 55 Lauriers de la Régénération — tous secteurs
L’agriculture n’est qu’un des terrains. Les Lauriers de la Régénération (éditions 2024 et 2025) documentent 55 organisations à travers 10 secteurs. Chacune est évaluée au Capacity Score. Le tableau complet montre que la trajectoire N3→N4 est en cours dans l’ensemble de l’économie.
| Lauréat | Produit / Service | Pratique régénérative clé | CS |
|---|---|---|---|
| 🍽️ Alimentaire & Boissons | |||
| OMIE | Crackers emmental | Planet-Score AAAA. Blé et tournesol 100 % Bourgogne (coopérative bio), transparence tarifaire. 1 % du CA pour 5 000 ha vers l’agriculture régénérative. | N3 |
| ECOTONE / Bonneterre | Lait d’avoine bio | Fermes 100 % bio, 30+ espèces, rotations 8 ans. Programme Farmtastic (Solagro). Planet-Score AAAA. SBTi 1,5 °C. | N3→N4 |
| Vins Oé | Vins bio | Conservation des sols, agroforesterie, réintroduction d’espèces menacées. Bouteille consignée. B Corp. 1 % du CA biodiversité. | N3 |
| Château Galoupet | Rosé | 41 parcelles vinifiées séparément, 69 ha vignes + 77 ha forêt Natura 2000, 100+ espèces. Bio 2023, en route vers ROC. | N3 |
| Jardins de Gaïa | Thés bio | Pionnière bio-équitable depuis 1994. 40 organisations de producteurs dans 14 pays, 20 000+ familles. Score Bio Entreprise Durable 84 %. | N4 |
| L’Arbre à Café | Cafés de spécialité | Seul torréfacteur aussi producteur. Biodynamie (Cuba), 5 200 ha convertis, 5 000 coopérants, contrats 10 ans, prix 3 à 90× le cours mondial. B Corp + Mission. | N3 |
| Alcools Vivants 🎖️ | Gins bio | Alcool vinique du Vaucluse (sous-produit viticole bio). Botaniques 100 % bio françaises. Planet-Score AAAA. | N3 |
| L’Esprit des Simples 🎖️ | Plantes médicinales | 25 ha permaculture, 7 800 arbres agroforesterie, 4 ha forêt (-8 °C l’été). Absorption 420 t CO₂/an. Demeter + Ecocert. | N3 |
| Dr. Bronner’s | Magic Chocolate | 2 240 ha cacaoyers convertis bio régénératif (Ghana, Côte d’Ivoire), 954 agriculteurs. ROC + USDA Organic + Fair Trade. | N3 |
| C’est qui le patron ?! | Lait bio | Cahier des charges voté par les consommateurs. Prix 0,59 €/L garanti. 1er produit équitable n°1 des ventes en France. | N4 |
| 🌾 Filières agricoles | |||
| Ferme du Valentin (Bio&Lo) | Yaourts bio | Micro-laiteries en ferme. Biolait (pâturage extensif). Planet-Score AAAA. Objectif : 100 agriculteurs, 200 emplois. | N4 |
| Nectar Oléiculture | Huile d’olive | 100+ ha agroécologie et agroforesterie Occitanie. Restauration des sols méditerranéens. Partenariat scolaire. | N3 |
| Les Compagnons du Miel | Miel bio | 210 apiculteurs, traçabilité rucher→pot. 1re coopérative apicole française (1958). Bio + Commerce Équitable France. | N4 |
| 🌸 Cosmétique, Beauté & Textile | |||
| ÉCLO | Sérum sublimateur | Huile de lin régénérant les sols. 100 % bio, végan. Tiers de confiance : Pour Une Agriculture Du Vivant. Packagings biodégradables. | N3 |
| Expanscience | TULSINITY® | 1er actif ROC + AB + Fair for Life. 3 800 agriculteurs, 5 100 ha Inde. Trajectoire « entreprise à visée régénérative 2040 ». | N3→N4 |
| LÉA NATURE / SO’BiO étic | Cosmétique bio | Capital transmis au fonds de dotation FICUS. Green Impact Index + ISO 26000 Excellence. Parcours 9 limites planétaires. | N3→N4 |
| PY’STILL | Hydrolats | Concentration HYDROL’X (-97 % volume transport). Cultures semi-sauvages Pyrénées : 0 intrant, récolte à la main. AB + COSMOS. | N3 |
| Expanscience 🎖️ | Gaïaline® | ACS reconnue FAO. Label « Au Cœur des Sols ». Huile de lin à 32 km du site. Partage de la valeur dans la durée. | N3 |
| Sasu Textile Pyrénées 🎖️ | Mont Valier | Laine des Pyrénées. Mouton au tissu. Pré-commande (zéro surproduction). Entreprise à Mission. | N3 |
| NME Studio 🎖️ | Tissus maison bio | 100 % français (laine, chanvre, lin). Teinture végétale, feutre et tissage à la main. Savoir-faire ancestral. | N3 |
| Laines Paysannes | Textiles laine locale | ~1 000 brebis bio transhumance Ariège. Transformation 350 km. SCIC échelle salariale 1:1,1. | N4 |
| Picture Organic | Veste Smeeth | Accompagnement fournisseurs. Fournisseur principal B Corp. GOTS, Clear Fashion 86/100. Garantie + réparation + location. | N3 |
| Royal Mer | Pull marin 100 % laine | Abandon fibres synthétiques d’ici 2026. Garanti à vie. Fabrication française, 3 générations. Lutte microplastiques. | N3 |
| 🏭 Industrie, Énergie, Numérique & Services | |||
| Pocheco | Usine écolonomique | Écolonomie. Encres/colles à l’eau, phytoépuration bambous, chaufferie bois, toitures végétalisées, permaculture sur site. | N3 |
| elmy | Électricité verte | Fléchage réel énergie + Garanties d’Origine même producteur. VertVolt ADEME très engagé. Semaine de 4 jours. | N3 |
| Lunii / Numenia | Histoires sans écran | Capacités imaginatives des enfants. Relocalisé France. Taux de réparation 97 %. Éducation biodiversité par les récits. | N3 |
| TeleCoop | Forfait mobile | Coopérative rémunérant la sobriété numérique : facturation à la consommation réelle. 30 € bonus réparation. Licoornes. | N3 |
| Carbone14 Studio | Chaise forêt | Pieds contiennent des graines. Le bois se dégrade et libère des graines → nouveaux arbres. Table Torii au Mobilier National. | N3 |
| United Repair Center | Réparation textile | Industrialisation de la réparation textile à grande échelle. Économie circulaire décorrélant profit et matière neuve. | N3 |
| 🌍 Territoire, ESS & Culture | |||
| ETIC | Château de Nanterre | Friche → tiers-lieu régénératif (2 100 m²). Réemploi matériaux, permaculture sols dépollués. 65 M€ finance solidaire. | N3 |
| Halage — Lil’Ô | Ferme florale d’insertion | Technosols sur friche polluée 93. 180 000 fleurs locales/an. Insertion 30+ ans, 65 % sorties emploi/formation. | N4 |
| Entraide 18 | Activités d’insertion | Maraîchage bio Demeter, couture, réparation vélos, restaurant social anti-gaspi. ESS multisectorielle. | N3 |
| Les Alchimistes 🎖️ | Compostage urbain | Déchets alimentaires → compost. 300 000 t, 22 agglos. 60 % des opérateurs étaient éloignés de l’emploi. | N3 |
| Les Cols Verts 🎖️ | Agriculture urbaine | Autosuffisant ~50 %. Formations « De la Fourche à la Fourchette » pour les métiers de la transition. | N3 |
| Les Oasis 🎖️ | Vacances en écolieu | Réseau d’écolieux. Permaculture, autonomie énergétique, gouvernance participative. Immersion concrète. | N3 |
| La Fenière | Restaurant gastronomique | Cuisine Libre® Nadia Sammut. 100 % sans gluten, potager permaculture. Étoile verte Michelin. | N4 |
| Écodomaine la Fontaine | Tourisme durable | 12 ha face à l’océan. Autonomie hydrique (baissières, mares). Séjours « Régénération ». | N3 |
| Soliderrance 🎖️ | Voyages régénératifs | Reconnexion des voyageurs aux écosystèmes et communautés locales. Tourisme solidaire et responsable. | N3 |
| Créateur de forêt | Reboisement Woëvre | Sanctuarisation via Obligation Réelle Environnementale. Reboisement biodiversité 100 ans. Approche patrimoniale. | N3 |
| Transition Limousines | PTELim | Mini Shift Project territorial. Co-construction d’une vision de transition avec les acteurs du Limousin. | N3 |
| La Permaculturelle 🎖️ | Coworking | Tiers-lieu conçu selon les principes de la permaculture. Dimensions écologiques et sociales intégrées. | N3 |
| Campus de la Transition | Formation étudiants | Méthodologie des 6 portes. Immersion écologique en conditions réelles. Transdisciplinaire. | N3 |
| 📚 Culture & Médias | |||
| Regenesis Institute | Régénérer (ouvrage) | Socle théorique de la régénération. Co-édition Butterfly Foundation / Rue de l’échiquier. Référence méthodologique. | N4 |
| L’Écologie Culturelle | Maisons de l’écologie | Art, culture et transition écologique. Réinvention des récits collectifs. | N3 |
| Nature Profonde 🎖️ | Expériences immersives | Conçues avec les gardiens de la forêt. Intelligences corporelles, émotionnelles, spirituelles au contact du vivant. | N3 |
| Forêt Citoyenne | Podcast audio | Expérience audio vibratoire. Reconnexion au vivant par les récits sonores. Média citoyen dédié à la forêt. | N3 |
| La Théorie du Boxeur 🎖️ | Média | Récits de la transition écologique. Approche narrative originale pour de nouveaux publics. | N3 |
| Sator 🎖️ | Média | Contenus éditoriaux sur les pratiques régénératives et les pionniers du vivant. | N3 |
| 💰 Finance & Distribution | |||
| Milpa | Gestion agricole | Actif bio-régénérateur. 370 €/ha garanti pendant transition. 5 000 ha, 30 fermes. Certification carbone Verra VM0042. | N3 |
| Feve (Fermes en Vie) | Foncière solidaire | 40 M€ épargne citoyenne, 2 400+ actionnaires, 70+ agriculteurs, 3 300 ha. Charte conversion bio 5 ans. Finansol + ESUS. | N3 |
| RESTORE 🎖️ | Finance régénérative | Flux financiers vers la restauration des écosystèmes. Impact mesurable biodiversité et sols. | N3 |
| Regen_accelerate | Accélérateur | Regenstudio × makesense. Connecte projets régénératifs et financements pour sols et biodiversité. | N3 |
| Lita | Finance participative | 200 M€ d’épargne citoyenne. Performance financière + utilité sociale radicale. | N3 |
| Naturalia | Campagne Bio Régénératif | Promotion des pratiques régénératives en distribution. Sensibilisation grand public en magasin. | N3 |
| 🌟 Pépite | |||
| HUMO SAPIENS | Terramation | Compostage des corps humains. Vision : forêts-cimetières. Innovation radicale mort × sol × régénération. | N3 |
N3 = Restaurer · N4 = Régénérer · N3→N4 = En transition · 🎖️ = Coup de cœur / Mention spéciale
Source : noussommesvivants.co/les-lauriers-de-la-regeneration
Ce que chaque texte rend possible — et ce qu’ils rendent possible ensemble
Les sections précédentes montrent la racine commune, les trajectoires parallèles, les architectures distinctes, et leur complémentarité concrète sur le terrain agricole. Il reste à nommer ce que chaque cadre apporte de spécifique — non pas pour tenir les comptes de la compétition, mais pour que le lecteur sache où chercher quoi.
Le Livre Blanc apporte quatre contributions que l’AFNOR SPEC ne couvre pas. La première est le facteur humain comme condition structurelle de la transformation. L’AFNOR SPEC décrit la gouvernance du vivant (chaise vide, reliance) et l’a pratiquée dans son processus d’élaboration. Mais elle ne formalise pas ce qui détermine si un dirigeant est capable de pratiquer cette gouvernance : les verrous cognitifs, émotionnels et imaginaires qui font que le vocabulaire de la régénération est adopté mais que le cadre mental reste celui de la performance classique. Le Livre Blanc en fait le premier levier du Capacity Score — celui sans lequel les cinq autres restent des exercices intellectuels. Trois verrous bloquent (cognition, émotions, imaginaires), trois fresques certifiées Qualiopi les travaillent. C’est la prémisse 4 de Regenesis (Mang & Reed 2012) : la transformation régénérative passe par une transformation personnelle du leader.
La deuxième contribution est le traitement de l’innovation comme levier pivot, pas comme dimension parmi d’autres. Tant que l’offre ne change pas, la trajectoire stagne — quel que soit le niveau de conscience du dirigeant. Les diagnostics Capacity Score le montrent : Michelin (2 % de produits éco-conçus, 98 % des revenus sur le volume pneumatique), Patagonia (85 % des produits sans fin de vie malgré un leadership N3-4). Le Business Model Canvas régénératif (canvas en 5 ateliers) traduit ce constat en méthodologie : cartographier la chaîne de valeur en triple impact, redesigner au futur, co-concevoir avec les parties prenantes, planifier la montée en capacité à travers les quatre niveaux, évaluer et ancrer dans les comptes.
La troisième est le profil de corrélation entre leviers — le diagnostic le plus actionnable. Une organisation peut avoir un leadership N3 et une chaîne de valeur N1. C’est cet écart qui révèle le verrou. Michelin (45 %, écart de sincérité : « dit plus qu’il ne fait »). Patagonia (68 %, écart de capacité : « sait mais ne peut pas, seule »). La nature de l’écart détermine la décision prioritaire — pas le score moyen.
La quatrième est la preuve économique comme chantier ouvert. L’AFNOR SPEC ne traite pas la dimension économique de la régénération. Le Livre Blanc l’identifie comme le maillon manquant : des entreprises surperforment (Mars/Royal Canin : ×8 ROI, C’est qui le patron ?! : prix producteur +12,5 %) mais aucune n’a formalisé le lien pratiques → performance. Le Livre Blanc pose cette thèse avec un tableau de statut épistémique qui distingue ce qui est publié (✓), documenté par Nous Sommes Vivants (◎), ou conjecturé (◇) — une transparence rare dans le champ.
En face, l’AFNOR SPEC apporte la légitimité normative (processus AFNOR, 25+ acteurs, trajectoire ISO), la granularité des 63 critères (avec leurs seuils de vitalité), et l’enracinement historique (50 ans de filiation, d’Odum 1962 à Gibbons 2020) — trois dimensions déjà détaillées dans les sections précédentes. Le tableau ci-dessous synthétise l’ensemble.
| Dimension | AFNOR SPEC 2315 | Livre Blanc Nous Sommes Vivants |
|---|---|---|
| Racine commune | Hahn & Tampe (2021) — continuum Exploit → Restore → Preserve → Enhance | |
| Corpus ajoutés | Raworth, Odum, Georgescu-Roegen, Passet, Benyus, Latour, Ostrom, Varela & Maturana | HEC Paris (2025), Fischer & Folke (spirales), Regenesis, Sanford, Konietzko |
| Partenaires clés | Pour une agriculture du vivant, AXA Climate, INRAE, Fashion Revolution, Phytobokaz | HEC Paris, Regenesis Institute, 55 Lauréats, Regenerative Circles (4 filières) |
| Architecture | 10 dimensions × 4 paradigmes | 6 leviers × 4 étapes = profil de corrélation |
| Granularité | 63 critères, 3 seuils de vitalité | 37 questions, 30 minutes, diagnostic |
| Nature de l’outil | Référentiel normatif — décrit ce qui caractérise chaque paradigme | Instrument diagnostique — identifie le levier bloquant et le prochain saut |
| Passage N3→N4 | Degré de plus (net zéro → net positif) | Retournement de finalité (changement de paradigme) |
| Facteur humain | Pratiqué (chaise vide), non formalisé comme levier | Condition structurelle : 3 verrous, 3 fresques Qualiopi |
| Innovation | Dimension parmi 10 (production & aménagement) | Levier pivot de la bascule — sans transformation de l’offre, pas de régénération |
| Terminologie | « Impacts positifs nets » | « Impacts contributifs » — ancrage dans l’écosystème habité |
| Lien RSE | 4 paradigmes distincts (rupture implicite) | Complémentarité explicite : le Capacity Score élargit le référentiel RSE |
| Preuve économique | Non traitée | Thèse ouverte — triple profitabilité, statut épistémique explicité (✓/◎/◇) |
| Cas documentés | Phytobokaz, Mob-ion, Marin Carbon, Rāhui | Michelin, Patagonia, Danone, LVMH, 55 Lauréats, 30 Made in France |
| Statut | Spécification AFNOR → trajectoire ISO (5-6 ans) | Livre blanc, 3 corpus publiés, diagnostic opérationnel |
Un cadre et un instrument : construire ensemble l’infrastructure
L’AFNOR SPEC 2315 et le Livre Blanc ne sont pas en concurrence. Ils partagent la même racine (Hahn & Tampe), visent le même objectif (rendre la régénération opérationnelle), et se complètent structurellement : l’un fournit le référentiel normatif, l’autre le diagnostic et la méthodologie de transformation.
L’AFNOR SPEC dit ce qu’est la régénération — en 10 dimensions, 63 critères et 50 ans de filiation, avec des partenaires comme Pour une agriculture du vivant qui ancrent le référentiel dans les pratiques de terrain. Le Livre Blanc et le Capacity Score permettent de diagnostiquer où on en est, d’identifier ce qui bloque, et de transformer le modèle économique — en commençant par le facteur humain, en passant par la transformation de l’offre, et en documentant la preuve économique avec une transparence épistémique explicite.
Le texte AFNOR est co-évolutif — ses auteurs l’assument. La prochaine itération pourra s’enrichir de ce que nos outils rendent possible : des diagnostics reproductibles appliqués à des organisations réelles, des profils de corrélation qui révèlent les verrous systémiques, des cas documentés avec leur statut épistémique explicité. C’est la contribution que nous souhaitons apporter — au service du mouvement, pas en concurrence avec lui.
Le cadre est posé. Les fondations théoriques sont solides — et partagées. Les outils opérationnels existent. Le chantier de la preuve économique est ouvert. Continuons.
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