Une nouvelle démocratie est en train de
naître, inventée grâce aux nouvelles technologies ou médias des masses
(Internet, blogs, SMS, chats…) par les citoyens du monde. Or ni les
médias traditionnels, ni les politiques n’en comprennent vraiment les
enjeux…
| La « Révolte du pronétariat » est en ligne gratuitement depuis le 27 juin 2006 |
Six mois environ après sa
publication, le livre « la révolte du pronétariat, des mass media aux
media des masses » vient d’être mis en ligne sous licence « Creative
Commons » avec l’autorisation de l’éditeur Fayard, constituant ainsi une première dans l’édition française, voire
internationale, car le livre est en 4 versions html, pdf, audio – lu
par Readspeaker, et Itunes pour Ipod. D’autres livres ont déjà été
publié sous licence Creative Commons (1) dont certains en audio, tel le livre de Florian Latrive.
La Révolte du pronétariat qui connaît un grand
succès dans des milieux très divers (politiques, industriels, médiatiques,
étudiants…) applique ce qu’il préconise : la mise à disposition gratuite
au plus grand nombre d’un ouvrage de référence sur la révolution du Web et la
prise de pouvoir des pronétaires dans de nombreux domaines culturels,
économiques, médiatiques, politiques ou scientifiques.
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Eloge de la méfiance : apprendre à vivre entre vérité et mensonge…
En raison du « bombardement informationnel » que nous vivons tous
les jours, il est plus que jamais indispensable d’exercer la plus
grande prudence vis-à-vis des informations que l’on nous communique,
même si celles-ci proviennent de sources proches ou fiables. En effet,
en dehors des cas de manipulation flagrante ou volontaire, personne
n’est à l’abri d’informations fausses, même si elles paraissent
vraisemblables. La prolifération des médias et des sources
d’information, ainsi que la difficulté liée au processus de «
fiabilisation », font que désormais n’importe qui, même en toute bonne
foi, peut-être un vecteur de désinformation.
Avec les informations colportées par Internet, le phénomène a
atteint son paroxysme. Idéalement il faudrait être « méfiant »
vis-à-vis de toute information disponible sur le Web et disposer
d’outils et de méthodes pour en vérifier la fiabilité et la pertinence.
Ceci n’est pas toujours ni réaliste ni réalisable. La profusion
d’informations actuelle est telle que personne n’est réellement en
mesure de vérifier l’authenticité des faits et des événements.
Quand un fournisseur annonce, par exemple, qu’un produit n’existe
plus, il ne dispose pas toujours du temps ou de la motivation pour
vérifier ses dires. De la même manière, si un revendeur informatique
annonce que telle carte vidéo est incompatible avec votre ordinateur,
il est nécessaire de s’en assurer sur Internet. Les combinaisons
informatiques étant quasiment infinies il est souvent impossible
d’asseoir de telles informations sans vérifier.
Au-delà des entreprises, ce qui va donc révolutionner les
comportements individuels sur Internet, c’est justement cette «
attitude de veilleur ». Elle consiste à garder les yeux ouverts pour se
cultiver et s’enrichir à tout niveau : que ce soit pour dénicher une
information inédite, vérifier une rumeur, enrichir ses connaissances,
forger ses croyances, comparer les prix d’un livre, identifier le
chirurgien qui a mis en place la dernière technique pour soigner une
maladie rare…
Cela dit, avoir un accès illimité aux informations ne signifie pas
pour autant « disposer d’un accès automatique au savoir » et, par
conséquent, cela n’entraîne pas à coup sûr un « enrichissement
personnel ».
Ce billet est dédié à la mémoire de mon père qui me répétait
sans cesse deux dictons italiens qu’à tort je n’ai jamais trop crus de
son vivant : « fidarsi è bene, non fidarsi è meglio » (« faire
confiance c’est bien, ne pas faire confiance c’est mieux »), «
Ricordati che in questo mondo, ci sono due tipi di persone : quelli che
ti fregano, e quelli che si fanno fregare… Cerca di non farti fregare
troppo… » (« Rappelle-toi que dans ce monde, il y a deux types de
personnes : ceux qui t’arnaquent et ceux qui se font arnaquer… Essaie
de ne pas trop te faire arnaquer… ») :-)
| Pourquoi la révolte du pronétariat ? |
Le modèle industriel traditionnel a conféré le
pouvoir aux puissants par la centralisation des moyens de production et de
distribution. Ils ont ensuite cherché à transposer ce modèle à la société de
l’information. Or, les règles du jeu ont changé. L’accumulation du
« capital informationnel » grâce aux ordinateurs personnels, aux
banques de données et à l’Internet, se fait de manière exponentielle. La
création collaborative et la distribution d’informations de personne à
personne, confèrent de nouveaux pouvoirs aux utilisateurs, jadis relégués au
rang de simples « consommateurs ». Des outils
« professionnels » leur permettent de produire des contenus
numériques à haute valeur ajoutée dans les domaines de l’image, de la vidéo, du
son, du texte, jusque là traditionnellement réservés aux seuls producteurs de
masse, propriétaires des « mass media ».
Ces nouvelles pratiques mettent désormais en cause les
modèles traditionnels industriels et commerciaux de production et de
distribution. Il m’est apparu essentiel d’expliquer en terme clairs, – car le
jargon né des internautes est parfois mystérieux (blogs, wikis, Skype et
autres…) – pourquoi cette e-révolution s’apparente à une nouvelle « lutte
des classes » entre les grands pouvoirs politiques et industriels et la
société civile Ce nouveau pouvoir civil, cette démocratie de la communication
et de la participation s’appuie sur ce que j’appelle les « media des
masses ». Elle est catalysée par les dernières technologies de l’information
et de la communication, auxquelles sont associés de nouveaux modèles
économiques. J’ai souhaité rendre compte de cette étonnante révolution
s’appuyant à la fois sur des technologies avancées et sur des nouvelles
pratiques inventées par les utilisateurs eux même, et en particulier par les
nouvelles générations. Pour preuve, le SMS, le bavardage sur le Net (le
« chat »), le partage de musique en P2P (de particulier à
particulier), n’ont pas été proposés par les grandes entreprises de la
communication, mais initiées et développées de manière explosive par les jeunes
utilisateurs du portable et de l’Internet.
La nouvelle
lutte des classes s’exerce entre ceux que j’appelle les « infocapitalistes »
détenteurs des contenus et des réseaux de distribution et les « pronétaires »,
nouveaux producteurs et acheteurs de biens et services produits par eux-mêmes
en ligne sur les réseaux. Je pense que la production massive et collaborative
par ce nouveau pronétariat représente une révolution aussi importante que celle
du début de l’ère industrielle symbolisée par la machine à vapeur, puis par la
mécanisation et l’automatisation intensives. Aujourd’hui, grâce aux nouveaux outils de pouvoir des pronétaires,
s’appuyant sur le numérique et l’Internet, cette révolution est encore plus
rapide et prend de court les pouvoirs en place. Certes, « l’empire contre
attaque », mais avec des moyens répressifs, juridiques, ou de propagande
médiatique, inadaptés.
Je suis
convaincu que la nouvelle « nouvelle économie » née de la montée du pronétariat,
pose et posera des problèmes culturels, politiques, sociologiques et même
éthiques, radicalement nouveaux. Les pronétaires, par l’utilisation des blogs,
vlogs, wikis, journaux citoyens, IM, téléphone mondial gratuit tel que Skype…,
comme outils stratégiques de production et de distribution, créent un univers
commercial parallèle à celui des entreprises classiques. D’où les défis et les
enjeux auxquels sont aujourd’hui confrontés entreprises et gouvernements et
auxquels ils ne savent pas répondre.
Les « media
des masses », seuls véritables media démocratiques, vont radicalement
modifier la relation entre le politique et le citoyen et, par voie de
conséquences, avoir des impacts considérables dans les champs culturels,
sociaux, économiques et politiques. La télévision, la radio, le livre, les
journaux, les magazines, le téléphone, la publicité, ne seront plus les mêmes.
Encore faudra-t-il que ce nouvel univers du « gratuit », démontre
qu’il est capable de générer des bénéfices indirect, assurant la croissance
économique, le partage des richesses et la solidarité.
Ce livre a pour but, non seulement d’analyser cette surprenante
évolution, mais aussi de proposer des solutions constructives pour
ré-équilibrer les pouvoirs afin de favoriser le développement des connaissances
et la protection des libertés humaines.
Par Joël de Rosnay


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