Concevoir une alimentation durable : Nous sommes passés d’une alimentation traditionnelle élaborée à partir de produits de base issus assez directement des campagnes à une alimentation très riche en produits transformés.

 
Pour des choix alimentaires qui préservent l’environnement et la santé.

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Depuis plus de soixante
ans, notre alimentation a fortement évolué. Nous sommes passés d’une
alimentation traditionnelle élaborée à partir de produits de base issus
assez directement des campagnes à une alimentation très riche en
produits transformés.
La problématique
alimentaire est complexe à analyser. Elle concerne principalement : les
modes alimentaires les plus sûrs qu’il conviendrait d’adopter pour
gérer au mieux la santé par l’alimentation ; les modes de production
qu’il faudrait développer pour préserver la fertilité des sols, assurer
la sécurité des approvisionnements alimentaires et diminuer l’impact de
la chaîne alimentaire sur l’environnement ; la nature des
transformations à privilégier pour ne pas dégrader la qualité
nutritionnelle des aliments ; la diversification des circuits
d’approvisionnement pour aboutir à une offre alimentaire plus
équilibrée ; la gestion des ressources alimentaires de proximité pour
réduire le coût des transports et améliorer l’offre en produits de
terroir et de saison ; les moyens de permettre aux agriculteurs ou aux
autres intermédiaires de percevoir une rémunération normale.
A travers ces grandes
questions, on voit se dessiner les contours du concept d’alimentation
durable qui n’a pas fait l’objet jusqu’ici d’un large débat sociétal.
Bien que cela puisse paraître surprenant, notre chaîne alimentaire n’a
pas été spécialement conçue pour satisfaire les besoins nutritionnels
de l’homme, ni pour préserver la fertilité des sols ou l’environnement,
encore moins pour maintenir la vitalité d’un tissu rural. Elle a tout
simplement évolué au gré de l’exode rural, des contraintes économiques,
des innovations des techniques agronomiques ou alimentaires, du
changement du mode de vie et maintenant elle est soumise à la
mondialisation des échanges de biens et de services. Il aurait été bien
miraculeux que l’ensemble de ces facteurs concourent à la mise en place
d’un système alimentaire durable. Ce système ne pourra exister que si
la société l’organise et donne mission aux agriculteurs et aux autres
professionnels de l’alimentation de respecter des objectifs écologiques
et nutritionnels fondamentaux.
Le système
agro-industriel intensif et spécialisé tel qu’il s’est maintenant
généralisé à l’échelon du monde ­entier, s’il a permis des avancées
­remarquables en terme de prix et d’abondance alimentaire, ne
correspond pas à un développement durable ni pour la santé des
consommateurs, ni pour la vitalité des territoires ruraux, ni sur le
plan écologique. Il existe encore des systèmes alimentaires
traditionnels équilibrés mais il est probable qu’ils ne résisteront pas
longtemps aux ­sirènes du secteur agroalimentaire et aux conséquences
de la mondialisation.
Il y a urgence, déjà
une industrialisation mal conçue de l’alimentation a provoqué une
épidémie d’obésité. L’Amérique a exporté son modèle de mal-bouffe dans
le monde entier si bien que dans certains pays du Sud, les deux types
de malnutrition par carence ou par excès calorique se côtoient dans les
mêmes familles ou quartiers défavorisés. Les Français, un peu naïfs, se
sont crus protégés contre les excès de l’industrialisation alimentaire
à l’américaine par la force de leur tradition culinaire, mais sont ou
seront touchés comme les autres peuples. Sur le terrain, une
agriculture de plus en plus industrialisée a contribué à déstabiliser
des centaines de millions de paysans de moins en moins encouragés à
développer des cultures vivrières, accélérant ainsi l’exode rural et le
développement de mégapoles de plus en plus difficiles à nourrir.
Le premier socle d’une
alimentation durable serait d’organiser la production alimentaire en
fonction de la nutrition préventive. Celle-ci définit la manière la
plus universelle de bien s’alimenter pour assurer un bon fonctionnement
de l’organisme et préserver la santé ; elle nous enseigne que la seule
façon pour l’homme de bien se nourrir est d’utiliser une large gamme de
produits végétaux naturels (produits céréaliers, légumes secs,
féculents divers, fruits, légumes, graines et fruits oléagineux)
complétée par des apports modérés de produits animaux et d’huiles
végétales. En exploitant la diversité et la qualité nutritionnelles de
ces aliments, on peut composer des milliers de recettes correspondant à
une grande partie des cuisines du monde et surtout cela facilite
l’adoption de régimes équilibrés protecteurs.
Partout de par le
monde, il y a donc la nécessité d’adapter les productions agricoles aux
besoins nutritionnels de l’homme en utilisant l’immense diversité du
monde animal et végétal en produits comestibles. Encore faudrait-il
donner à l’agriculture la mission d’exploiter ce potentiel alimentaire
plutôt que celle d’assurer une sécurité alimentaire basée sur le
productivisme et la réduction du nombre d’espèces, de variétés ou des
races exploitées. Dans le système actuel, ce sont seulement un petit
nombre de matières premières majeures qui sont utilisées pour la
confection d’une multitude de produits transformés (blé, maïs, riz,
amidon, sucre, soja, matières grasses, ingrédients ­laitiers), alors
que les cuisines asiatiques ou méditerranéennes comprennent une grande
diversité de produits végétaux. Difficile dans ces conditions de
bénéficier du potentiel protecteur des produits végétaux caractérisés
par leur grande diversité des micronutriments.
La nécessité de
préserver la complexité des aliments au cours des transformations
alimentaires n’a pas été inscrite au fronton de l’industrie
agroalimentaire. Une utilisation ­assez systématique d’ingrédients
purifiés a conduit à multiplier les sources de «calories vides»
(dépourvues de nutriments d’intérêt) et ­ceci aura été l’erreur la plus
grossière commise par l’industrialisation alimentaire ­depuis plus de
cinquante ans. Finalement le succès de la grande distribution et son
pouvoir sur le fonctionnement de la chaîne alimentaire à travers sa
maîtrise des marchés et de la consommation montrent à quel point le
système alimentaire est géré en dehors de tous les objectifs
nutritionnels et écologiques auxquels une majorité des citoyens est
prête à ­adhérer.
Le système actuel doit
évoluer vers plus de diversité des modes d’approvisionnement, vers de
nouveaux marchés de proximité, vers une offre alimentaire plus
respectueuse des équilibres nutritionnels. Nous sommes donc loin de
savoir bien faire les choses : nous alimenter sainement, produire
proprement et durablement, transformer et distribuer sans dénaturer,
bien gérer nos ressources de proximité. La sécurité à long terme de nos
approvisionnements alimentaires ne pourra être conservée qu’en
préservant nos espaces naturels et la complexité des aliments qui en
sont issus. A l’homme le soin d’organiser la chaîne alimentaire en
conséquence, d’adopter de bons comportements alimentaires, de
développer une éducation nutritionnelle fondée sur une vision globale
et durable de l’alimentation.
Il est temps de se
mobiliser dans notre vie quotidienne par exemple en privilégiant la
consommation de produits naturels ou en réduisant celle de produits
transformés sous emballage. Il est temps aussi d’interpeller nos
politiques sur ce sujet. Autre suggestion : la tenue des états généraux
de l’alimentation durable, sachant que cette question dépasse et de
beaucoup les intérêts nationaux.

http://www.liberation.fr/rebonds/271584.FR.php

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Pour aller plus loin, tu peux voir et télécharger le rapport d’innovation courts circcuits consacré à l’alimentation (mars 2008)
Ce rapport a été présenté lors de les aperos du jeudi du mois de mars : LA SOIRÉE VERTE

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