eBay déçoit ses fidèles utilisateurs, par Cécile Ducourtieux
site d’enchères le plus utilisé au monde – 83 millions de membres
actifs au 31 décembre 2007 – protestent contre l’annonce faite par la
société fin janvier, de renoncer en partie à son système d’évaluation.
A partir de mai 2008, les vendeurs sur eBay ne pourront plus laisser de
commentaires négatifs ou neutres sur les acheteurs.
Chez eBay, on assure qu’il s’agit d’améliorer
un système qui, ces derniers temps, a connu des dérives. Beaucoup
d’acheteurs éviteraient en effet de poster des commentaires négatifs
après une expérience malheureuse, de peur de recevoir en retour une
évaluation négative "de représailles" du vendeur. "Notre objectif est de renforcer la loyauté, la transparence et la confiance sur eBay", le site d’enchères.
Sur
les forums de discussion américains sur Internet, certains "eBayeurs"
menacent d’intenter une action en justice contre la société. D’autres
appellent à une "grève" des vendeurs sur le site. Sur le forum mis en place par eBay France, les protestations sont également vives. "Une
fois de plus, eBay nous assène ses décisions "pensées sous un
ventilateur" comme disent les Africains : sans aucun rapport avec la
réalité du terrain, nées du cerveau d’énarques à la sauce américaine
qui ne connaissent pas le site", assène un internaute.
Le
système d’évaluation d’eBay est presque aussi ancien que la société,
fondée en 1995 par Pierre Omidyar, un jeune informaticien de la Silicon
Valley, et il explique en partie son exceptionnel succès. Pendant
quelques années, il a suffi à créer le climat de confiance nécessaire
pour que des internautes qui ne se connaissent pas, ne disposent que
d’une description a minima l’un de l’autre et d’une photo pas toujours
précise de l’objet à vendre, fassent affaire ensemble.
Ce
système d’évaluation a aussi contribué à l’efficacité du modèle
économique d’eBay. La société, qui fut rentable presque dès son
lancement, n’est en effet qu’une plate-forme d’intermédiation proposant
un système d’enchères plutôt astucieux et se rémunérant grâce à des
commissions prélevées auprès du vendeur. Ce sont les internautes qui
font leur propre police.
Mais le site prenant de l’importance,
cette forme d’autorégulation par les internautes – aujourd’hui
regrettée par une partie d’entre eux – a atteint ses limites. La
plate-forme a fait figure d’aubaine pour les faussaires, mauvais
payeurs et autres contrefacteurs, trop heureux d’avoir accès à moindre
risque à autant de "victimes" potentielles.
EBay a dû mettre en
place des moyens de contrôle : 2 000 salariés (sur presque 13 000)
selon la direction, chargés de veiller à la sécurité des transactions.
Mais les contrôles sont surtout effectués a posteriori. Du coup, eBay
est accusé de négligences, et poursuivi en justice par les géants du
luxe LVMH et L’Oréal.
Mais aller plus loin et instaurer un
contrôle systématique avant les transactions exigerait des moyens
financiers considérables étant donné le nombre d’objets mis en vente
sur le site (637 millions au quatrième trimestre 2007…). La société,
qui est en bute depuis quelques trimestres à un ralentissement de sa
croissance, n’est peut-être pas prête à y consentir.

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