Faire l’amour sans complexe à 80 ans. Acquérir des
objets sexuels d’une technicité inimaginable aujourd’hui. Réaliser
virtuellement les fantasmes les plus osés sur le Web… Tout cela, dans
vingt ans, fera peut-être partie de notre paysage familier.
Mais
cela n’est rien au regard de ce que prédit David Levy, chercheur
britannique en intelligence artificielle. Le titre de la thèse qu’il a
soutenue, en octobre 2007, à l’université de Maastricht (Pays-Bas), "Relation intime avec un partenaire artificiel", parle de lui-même. Et plus encore celui du livre que l’éditeur HarperCollins en a tiré, Love and Sex with Robots.
En clair : David Levy affirme qu’en 2050, les robots nous ressembleront
tant, sur le plan physique et comportemental, que certains en tomberont
amoureux et auront avec eux des relations sexuelles.
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Et si c’était vrai ? S’il ne leur manquait
plus que l’apparence humaine pour nous séduire ? Côté coeur, le succès
des Tamagotchi ou d’Aibo, le chien robot de Sony, montre que notre
besoin d’attachement peut fort bien se fixer sur des êtres virtuels,
parfois jusqu’à la déraison.
Côté sexe, la route semble plus
tracée encore : à l’heure où les sex-toys s’achètent dans le catalogue
de La Redoute et où le droit au plaisir s’affiche à tous les coins de
rue, l’obstacle ne semble pas tant d’ordre moral que technique. Et les
fabricants de love dolls rivalisent déjà d’ingéniosité pour
donner à ces poupées de silicone grandeur nature, qui n’ont plus rien
de "gonflables", l’apparence la plus réaliste. La preuve par le Net.
En quelques clics, vous y ferez connaissance avec Brigitte, squelette en aluminium articulé, poitrine 90 C, taille 1 m 67, "trois orifices fonctionnels" (Mechadoll, France, 6 990 euros). Avec Andy, qui "gémit lorsque vous la caressez", et Loly (tête interchangeable), dont les yeux "voient"
grâce à son logiciel de reconnaissance de formes (First Androids,
Allemagne). Avec une cohorte de Candy Girls asiatiques – de loin les
plus douces et les plus réalistes (Orient Industry, Japon). En
cherchant bien, on peut même y rencontrer Charlie, rouleur de mécanique
à la peau mate, yeux bruns et taille du pénis "moyenne" (RealDoll, Etats-Unis).
Pour
le moment, c’est vrai, ces poupées d’amour ne passionnent que quelques
milliers d’amateurs dans le monde. Des hommes pour l’essentiel,
célibataires, au compte en banque confortable mais au coeur en peine.
Mais qu’en serait-il si ces champions du safe sex à la peau satinée devenaient capables de se mouvoir "naturellement" ? S’ils faisaient preuve d’initiative, et, surtout, de ce "supplément d’âme" qui nous importe tant ?
C’est
précisément cette évolution que prévoit David Levy, pour qui la
question n’est pas de savoir si nous ferons un jour l’amour avec des
robots, mais quand. A l’appui de sa thèse : les progrès rapides des
recherches visant à doter ces machines de sentiments tels que
l’empathie. L’expert en intelligence artificielle en est convaincu, la
prochaine étape de leur développement sera de "répondre aux émotions d’une personne en émettant d’autres émotions, pour mieux interagir avec les humains".
Pour le moment, on en est loin : les humanoïdes les plus performants
sont à peine capables de distinguer deux individus l’un de l’autre.
Mais
les Japonais, très concernés par le vieillissement de leur population
et l’aide croissante qu’il faudra leur apporter, investissent
énormément dans ce domaine. Quant à l’Union européenne, elle finance, à
hauteur de 2,5 millions d’euros sur la période 2007-2010, le projet
Feelix Growing, qui vise à élaborer des robots capables d’interagir
avec les êtres humains et de ressentir des émotions. Pour mieux
appréhender le comportement des malades ou des personnes âgées dont ils
auront la charge, ces auxiliaires de vie truffés de caméras et de
capteurs sauront un jour analyser la façon dont marche une personne, le
ton de sa voix, les expressions de son visage. Et ils pourront lui
répondre de manière appropriée pour la calmer, la guider… ou la
morigéner.
Pourquoi, dès lors, ne pas imaginer mettre dans son
lit, en 2050, un androïde plus vrai que nature ? L’idée en fera frémir
plus d’un, pour qui le robot le plus réaliste, même doté d’une voix de
rêve susurrant "je t’aime" au creux de notre oreille, ne remplacera
jamais un partenaire humain. Il y aurait pourtant beaucoup à gagner à
ce compagnonnage, rétorque David Levy. Fidélité absolue, humeur
constante, jeunesse éternelle… Sans compter des performances
sexuelles à toute épreuve. Programmable à volonté, ce partenaire de
choc pourrait tout aussi bien être mis "en mode apprentissage" que partager "les positions et techniques érotiques du monde entier". Le tout sans panne ni migraine.
Que
deviendront le couple, la famille, si ces compagnons artificiels
envahissent le champ de l’intime ? Tromper son conjoint avec le robot
sera-t-il assimilé à l’adultère ? L’amour romantique pourra-t-il y
survivre ? A ceux qui s’inquiètent de telles perspectives, d’autres
évoquent un tout autre scénario. En 2050, affirment-ils, les enfants
pourront aisément être conçus en dehors de toute sexualité, et l’amour
physique tel qu’on le conçoit depuis la nuit des temps aura perdu une
bonne partie de son charme comparé à la réalité virtuelle. On ne fera
donc plus l’amour IRL (in real life), mais seulement par ordinateur interposé. Ou ce qui en tiendra lieu.
A
la base de cette hypothèse : les technologies "haptiques", qui simulent
la sensation du toucher. Une facette de la réalité virtuelle qui n’en
est qu’à ses balbutiements, mais dont les applications, dans le domaine
du jeu comme dans celui de l’industrie, sont considérables. Demain, la
mère d’un enfant qui pleure pourra peut-être le consoler, depuis son
bureau, d’une caresse sur la joue. Et l’amoureux en voyage déposer un
baiser sur les lèvres de sa belle.
Et après-demain ? Supposons
une combinaison ultramoulante, recouverte sur sa face interne de
microscopiques capteurs-stimulateurs. Un réseau à très haut débit
acheminant les volumineuses données inhérentes à la téléprésence
tactile. Des systèmes informatiques d’une puissance de calcul
suffisante pour traiter, en vitesse quasi instantanée, ces millions
d’informations…
Il suffira alors d’enfiler cette peau
"intelligente" et de se connecter au cyberespace pour émettre et
recevoir les sensations tactiles de notre choix. De quoi goûter, d’ici
à la fin du siècle, les plaisirs d’une relation sexuelle électronique "aussi satisfaisante que si elle était charnelle", affirme l’Américain James Hugues, sociologue au Trinity College de Hartford (Connecticut).
Assurément
porteur, ce marché pourrait toutefois être contrarié par un autre :
celui des phéromones, ces substances inodores émises par de nombreuses
espèces animales et que le cerveau détecte comme autant de filtres
d’amour. Si l’efficacité des phéromones humaines est prouvée – ce n’est
pas encore le cas -, si l’on parvient à les synthétiser à volonté pour
les incorporer à des parfums, ces aphrodisiaques risquent de faire
fureur. Et ce ne sont cette fois ni les robots ni les ordinateurs qui
les apprécieront…

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