Mensonges tenus pour les JO de Pekin

Stade_olympique_pekin

 

Les promesses du gouvernement chinois ne seront pas tenues !
Quelle surprise ! Personne ne pouvait pourtant ignorer que le régime
totalitaire de Pékin ne lâcherait pas prise, mais utiliserait au
contraire les Jeux pour renforcer sa chape de plomb répressive :
dissidents harcelés et systématiquement arrêtés, camps de travail et
centres de torture fonctionnant à plein régime, exécutions capitales à
la chaîne, libertés de circulation et d’expression des Chinois et des
étrangers réduites à portion congrue.

L’Etat militaro-policier, qui fait régner un ordre
implacable avec la complicité ouverte du CIO, distille les mensonges
sur la pollution de l’air et de l’eau, place sous étroite surveillance
Internet et bloque carrément l’accès à certains sites sensibles,
censure et muselle les médias tenus de chanter la gloire du Parti
unique, et, cerise sur le gâteau, multiplie les menaces à peine voilées
contre les intérêts français dans l’intention évidente de venger
l’affront des protestations lors du passage parisien de la flamme.

Bref, à quelques jours de l’ouverture du plus grand show sportif
international, aucune des contreparties politiques, écologiques,
économiques et sociales qui, aux dires des membres influents du CIO,
conditionnaient l’organisation des Jeux olympiques par la ville de
Pékin, n’a donc été concrètement réalisée. Tous les naïfs idolâtres de
l’idéal olympique qui croyaient que les JO permettraient "l’ouverture"
et la "démocratisation" et qui se sont ridiculisés à faire des excuses,
courbettes et concessions sont à présent à leur tour bernés. L’arroseur
arrosé !

Certes, même en Chine le ridicule ne tue pas et si la dictature de Hu
Jintao "garde la face" comme prévu, le CIO traverse malgré tout une
grave crise en couvrant ouvertement les méthodes d’un régime cynique et
manipulateur. Alors les belles âmes du "développement par le sport" ou
de "la globalisation sportive heureuse" s’en offusquent un peu : on
nous aurait menti, à l’insu de notre plein gré, lancent-ils tout
penauds ! Sur des airs différents, telle est bien la dernière chanson à
la mode chez tous les indéfectibles partisans des "Jeux de l’harmonie
sociale" et d’un "monde meilleur".

Des géostratèges autoproclamés qui, tel Pascal Boniface, vantent les
mérites des JO supposés "constituer une étape sur le long chemin vers
un meilleur respect des libertés essentielles" ("La Croix",
31 juillet), aux affairistes amis de la Chine, des journalistes
sportifs au président de la République française, tous maintiennent
contre l’évidence aveuglante que l’alchimie olympique transformera la
dictature de Pékin en démocratie libérale où il fait bon vivre, où "les
débats sont plus nombreux qu’on ne le croit", où la "société civile
bouge", où les stades sont fleuris et tous les enfants contents !

Malgré la propagande éhontée et les manœuvres grossières de Pékin, on
nous explique qu’il ne faut pas "gâcher la fête", même si celle-ci est
destinée à faire oublier la sanglante répression au Tibet. "Positive
attitude olympique" ? L’état de guerre, une cérémonie d’ouverture à la
gloire de la Chine éternelle, bien dans l’esprit des Jeux de Berlin
1936 et de Moscou 1980, les défilés glorieux, la chute des records,
l’orgie nationaliste des hymnes et des drapeaux, les larmes de bonheur
et la dramaturgie de la gagne à tout prix, voilà de quoi passer un bel
été en toute sérénité zen ! Pour tous les thuriféraires des «passions
sportives» et de la "métaphysique olympique", il n’est pas question de
boycotter les promesses de bonheur qui se cachent derrière les
promesses non tenues ! Après tout, le village olympique est flambant
neuf, l’eau pure y coule à flot, l’alimentation y est parfaitement
saine, la literie confortable et douillette, aucune "perturbation
extérieure" ne viendra troubler la sécurité de ce "Club Med" de luxe.
Parqués dans leur Disneyland, les figurants de la "fête de la jeunesse
et de la paix olympique" pourront continuer à se gaver de "vitamines de
l’effort", de "reconstituants hormonaux" et de "compléments
alimentaires".

Par Jacques Ardoino, Jean-Marie Brohm, Claude Javeau et Marc Perelman

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Posté sur : le vide poches / planning stratégique
Posté par  : Loïc LAMY
Source : Libération

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