Si Luc Boltanski s’est nourri à l’école de Pierre Bourdieu, il se détache de la sociologie du « dévoilement » (issue de la tradition marxiste), qui enquête sur les « vraies » contraintes pesant sur les agents, pour se pencher davantage sur les éléments communicationnels, relationnels et pratiques qui rendent l’accord possible.
Par contre, voir quels sont les éléments qui rapprochent ou divisent
les personnes autour d’un même objet, et l’analyse des processus par
lesquels elles arrivent in fine à un accord perçu, reconnu et
voulu consciemment comme tel, voilà une des caractéristiques de
l’approche de Boltanski. Contrairement à la méthode bourdieusienne, qui
accorde une place importante à la trajectoire, la méthode boltanskienne
ne s’intéresse pas au passé des acteurs, encore moins à leurs habitudes
ou à leurs caractéristiques socioculturelles. Au contraire, chaque
acteur possède un « libre arbitre » qui lui permet, lors des épreuves
(et de ses mises à l’épreuve), de faire valoir ses arguments et ses « justifications ». Celles-ci s’appuient sur une grammaire spécifique, mais non infinie, suivant les situations. Nous pouvons dès lors dire que ces deux sociologies sont opposées quant aux buts à atteindre par leur démonstration.
Dès lors, sociologie critique telle que pratiquée par
Bourdieu (celle qui dénonce les mécanismes sous-jacents et inconscients
de l’exploitation) se confronte à une sociologie de la critique
(celle qui analyse les conditions et les conséquences de la
critique…). Pour Bourdieu, en quelque sorte, toute dénonciation qui
n’est de l’ordre de l’analyse sociologique, est une dénonciation
aveugle et sourde quant à ses véritables motivations : toute tentative
de critique « spontanée » est suspecte. Par contre, pour Boltanski, les
personnes sont parfaitement à même de comprendre leurs motivations. En
effet, s’ils sont « sous le voile », ils en ont conscience. Ils le
palpent et se le disputent, si l’on peut dire. Ce sont les conditions
de ce jeu qui intéressent Boltanski.
Cependant, ces enjeux intellectuels sont bientôt redoublés et
prolongés par des enjeux institutionnels lorsque Boltanski fonde avec Laurent Thévenot le Groupe de sociologie politique et morale (GSPM) en 1984.
Boltanski est alors l’un des principaux représentants de la sociologie pragmatique
français, considérant que l’homme fait la « société » et que les
acteurs sont compétents pour prendre position, juger, dénoncer,
critiquer, en rendre compte… Cette sociologie s’oppose à la
sociologie critique (seul le sens savant peut être critique et c’est la
société qui fait l’homme) représentée entre autres par Bourdieu. Avec
Thévenot, il écrit De la justification (1991), ouvrage qui prolonge « La dénonciation » (Actes de la recherche en sciences sociales,
51, mars 1984, avec Y. Darré et M.-A. Schiltz) puisqu’il montre qu’il
existe non pas, comme il l’explique dans l’article « La dénonciation »,
une seule façon d’être « grand » dans le monde social, à savoir : par
un travail de dé-singularisation, mais bien différents moyens de
devenir grand (« échelles de grandeur »).
La rencontre de Boltanski avec Ève Chiapello et leur collaboration pour Le Nouvel esprit du capitalisme (1999) a permis au sociologue d’élargir le cercle autour de la sociologie de « l’économie des grandeurs ». En effet, Le nouvel esprit du capitalisme
apparaît comme une configuration illustrative, à portée générale et
pratique, de la typologie des cités. L’écho qu’a eu ce livre dans les
media, notamment dans le champ des gestionnaires eux-mêmes, tend à
prouver l’importance de sa portée.
Il a récemment publié un livre intitulé La condition fœtale
(2004) qui a ouvert un débat autour de l’usage de la notion de
contradiction dans les sciences sociales et de la possibilité
d’articuler structuralisme et phénoménologie dans une approche historique.
Publié par : jérémy dumont
Publié sur : le vide poches / planning strategique
Source : wikipedia

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