La montée en puissance mondiale des préoccupations écologiques depuis 1971 avait pris l’aspect d’une spirale en auto-accélération. Chaque année, l’opinion publique s’inquiétait davantage, les scientifiques tiraient plus fort les sonnettes d’alarme, les mesures prises par les responsables politiques étaient sans cesse plus radicales.
Ces derniers temps, le mouvement s’est encore accéléré. Principe de précaution inséré dans notre Constitution, cris d’alerte mondiaux de Jacques Chirac, impulsion non moins déterminée de notre actuel président… L’Union européenne, quant à elle, se veut rien moins que le modèle du monde. Des dispositions nouvelles s’ajoutent aux précédentes, toujours plus amples, plus exigeantes, plus coûteuses. Le cycle se déploie inexorablement, dans une progression que rien ne pourra arrêter. Le coût de la lutte contre le réchauffement global pour les Etats membres de l’Union européenne sera de 100 milliards d’euros par an.
Et voici que, soudain, il se produit un fait nouveau. Un grippage de la machine, subit, inattendu, et porteur d’une possible remise en cause fondamentale. Deux thèmes ont surgi à la une de l’actualité écologique, et – ce qui est remarquable – dans le sens opposé à celui de la spirale. D’abord les éoliennes. Elles étaient déjà critiquées depuis longtemps, mais ces réserves étaient prises comme rouspétances de râleurs ou manifestations Nimby (« pas dans mon arrière-cour »). Elles passaient peu le filtre des médias. Et voilà que, subitement, les objections se font techniciennes, logiquement articulées, mieux fondées économiquement et électriquement. Et la caisse de résonance des médias se met à les répercuter largement.
Puis, beaucoup plus fort : l’affaire des agrocarburants s’est tendue à un point extrême, très soudainement. Nous entendons maintenant sur ce sujet des discours inimaginables au début de l’année. Depuis quelques jours, il est devenu médiatiquement possible d’attribuer aux biocarburants une grande part de responsabilité dans les graves problèmes alimentaires mondiaux. Ce changement de pied est totalement nouveau, en complète opposition avec tout le discours dominant d’hier.
A peine les médias avaient-ils répercuté ces préoccupations que les organes de l’Union européenne décidaient d’agir. L’Agence européenne pour l’environnement, à travers son panel de scientifiques, a appelé à la suspension de l’objectif que s’est fixé l’Union européenne d’atteindre une proportion de 10 % d’agrocarburants dans les transports routiers en 2020. Il sera intéressant de voir ce que décideront la Commission et le Conseil européen…
Dominique Garrigues
Posté sur : le vide poches / planning stratégique
Posté par : Loïc Lamy
source : les échos

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