Les mots de la crise, par Nathalie Kosciusko-Morizet

Un commentaire très intéressant de NKM, notre secrétaire d'Etat à la prospective et au développement de l'économie numérique, sur un colloque concernant "les mots de la crise" :

Crise

"La semaine dernière, j’ai présidé un colloque sur la crise. Plus
exactement sur les mots de la crise. Il ne s’agissait pas de refaire un
énième débat sur la gravité de la situation économique et sur les
moyens de sortir du tunnel. En organisant cette rencontre je voulais
comprendre le ressenti des Français. Pour cela nous avons fait appel à
un institut qui se sert des mots pour cerner les valeurs des français,
leur état d’esprit face à la crise, leurs doutes, leurs espoirs, leurs
craintes… La méthode de cette enquête est assez originale: on soumet à
1500 personnes le même échantillon de plus de 200 mots. On leur demande
ce qu’évoquent ces mots. Par exemple est-ce que «richesse», «morale»,
«marché», «justice», «souplesse», «attachement»…évoquent pour vous
quelque chose de positifou de négatif ? D’agréable ou de désagréable?

Ce qui ressort de cette enquête sort plutôt des idées reçues. En fait
les Français sont loin de partager les mêmes sentiments sur la nature
de cette crise, sa gravité et les craintes qu’elle suscite. Il y a des
«repliés», ceux qui ont tendance à ne pas sortir de leur travail et de
leur famille. Il y a des «battants», des Français qui se sentent prêts
à affronter les difficultés et qui voient dans la crise une occasion de
rebondir; des «réformateurs», ceux pour qui la crise est l’occasion
d’améliorer le fonctionnement de notre modèle économique contrairement
aux «rebâtisseurs», qui estiment que notre société doit être changée
radicalement. Il y a enfin les «sinistrés», les personnes les plus
pessimistes, en général les plus exposées aux conséquences de la crise.

Reste un sentiment communément partagé: la crise est très grave et elle
sera longue: pour 42% des Français, elle est aussi grave que celle de
1929; elle est même pire encore selon 31 % des personnes interrogées.
Seuls 3 % pensent que nous en sortiront en 2009, le bout du tunnel ne
viendra qu’en 2010, selon 30 % des Français, en 2011 pour 33 % et même
plus tard selon 34 % des sondés.

Pour évoquer le ressenti de cette crise et les mots qui sont les plus
significatifs dans ce contexte, plusieurs tables rondes avaient été
organisées. Les débats ont été très vivants car à dire vrai les
intervenants étaient rarement d’accord entre eux. Le politologue
Dominique Reynié a estimé que nous vivons une vraie crise de
civilisation ce que ne partage pas l’économiste Jean-Hérvé Lorenzi et
encore moins l’historien Jacques Marseille pour qui, au fond, cette
crise ressemble à beaucoup d’autres du passé. L’avocat Michel Guénaire
a tenu des propos qui ont pu froissé les plus européens d’entre nous.
Car pour lui la France est en quelque sorte empêchée d’agir face à la
crise en raison des contraintes européennes.

Bien différente était la dernière table ronde dans laquelle Michel
Datchary de Pages jaunes, Arnaud Mitre et Sébastien Badault de Google,
nous ont parlé des requêtes actuelles dans les annuaires et les moteurs
de recherche. C’est un révélateur très intéressant des comportements,
des modes d’achat et centres d’intérêt en temps de crise. On découvre
par exemple que les Internautes sont très à l’affût des bonnes
affaires, que le nombre de petites annonces pour vendre des objets
entre particuliers explose ou encore que les consommateurs achètent de
plus en plus sur le net avec en tête la perspective de revendre plus
tard leurs acquisitions. Voir, par exemple, les recherches Google à
partir du mot «économiser »."

Auteur : Nathalie Kosciusko-Morizet
Source : facebook
Publié par : Nicolas Marronnier
Publié sur : le vide poches

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