L’innovation sociale
désigne un ensemble de stratégies, de concepts, d’idées et de formes
d’organisation qui cherchent à étendre et renforcer le rôle de la
société civile dans la réponse à la diversité des besoins sociaux
(éducation, culture, santé…). Dans ce vaste creuset, le terme désigne à
la fois des techniques et processus d’innovation et des innovations
elles-mêmes (comme le microcrédit, l’apprentissage à distance…) ainsi
que tout le champ d’action que cette innovation recouvre :
entrepreneuriat social, mouvement coopératif, et plus généralement l’économie sociale et solidaire,
comme on l’appelle plus traditionnellement en France ; un terme qui
désigne à la fois les organisations qui jouent ce rôle et les processus
qui expérimentent de nouveaux “modèles” de fonctionnement de l’économie
(comme le commerce équitable ou l’insertion par l’activité économique).
Le périmètre de l’innovation sociale est à la fois plus vaste et plus
précis que celui de la démocratie participative à la française, qui concerne surtout le moment de la prise de décision politique.

Image : L’un des slogans du cabinet Think Public, tiré de leur plaquette de présentation : “Nous pensons que les gens qui utilisent et délivrent des services ont l’expérience et les idées pour les améliorer”.
L’innovation sociale est un mode de pensée qui met l’accent sur la
personnalisation et la cocréation, explique Catherine Fieschi
directrice de CounterPoint, le think tank du British Council, l’agence britannique internationale chargée des échanges éducatifs et des relations culturelles (et ancienne directrice de Demos, un think tank britannique lui aussi spécialisé sur ce sujet, comme elle nous le confiait en mai 2008).
C’est-à-dire que l’individu est appelé à cocréer les biens et services
collectifs qu’il veut utiliser et ne pas en être seulement
consommateur. Le projet consiste à redonner du pouvoir à l’utilisateur,
l’aider à s’émanciper, développer ses “capacités” ou plus précisément
encore développer sa “capacitation“,
c’est-à-dire faire que chacun exprime et cherche des solutions à ses
demandes individuelles tout en créant de nouvelles formes de
sociabilité pour éviter de se diriger vers une société trop fragmentée.
L’idée qui sous-tend le principe de l’innovation sociale est
d’autonomiser l’individu tout en renforçant le lien social, en mettant
l’accent sur l’analyse des comportements pour mieux y répondre. Pour Charles Leadbeater de Participle – qui travaille notamment à construire des solutions sociales pour les plus âgés -, si nous concevons l’innovation sociale comme nous concevons un bien de consommation, nous allons rater l’essentiel. “Les
professionnels ont tendance à penser que les solutions aux problèmes
passent toujours par l’augmentation des moyens consacrés aux solutions
traditionnelles et professionnelles : si nous voulons plus de sécurité,
il faut plus de policiers, si nous voulons une meilleure école, il faut
plus de professeurs, si nous voulons un meilleur système de soin, il
faut plus de services et de personnels… Quand on a un problème de
service public, on a tendance à vouloir y répondre par plus de services
publics, alors que bien souvent les solutions sont ailleurs.” Et
de prendre l’exemple de la diminution des incendies domestiques.
Faut-il mieux équiper les pompiers pour qu’ils puissent maîtriser les
incendies ou développer des programmes d’installation de détecteurs de
fumée ou de raccordement des appareils ménagers au gaz de ville… ou
encore convaincre les gens d’arrêter de fumer ? “La solution ne
consiste pas toujours à réorganiser les services, mais plutôt de
regarder les besoins et les demandes des gens. Portons le regard sur
les utilisateurs plutôt que sur le système en place”, assure le consultant.
Pour l’agence de design social Think Public,
l’innovation sociale consiste à impliquer les gens dans les processus
d’amélioration, de rénovation et de création des services publics. Là
encore, il s’agit de déplacer le regard, de changer l’angle de vue,
d’engager une conception centrée sur l’utilisateur. Le codesign (la
coconception) dont se revendiquent ces consultants consiste à capter
différentes perspectives pour comprendre comment les gens veulent ou
peuvent utiliser un service public. Car l’objet du design, ici, n’est
pas la conception d’un produit, mais bien celle d’un service, dans le
but de transformer le service et le coproduire pour que les gens se
l’approprient mieux. C’est d’ailleurs ce qui est intéressant dans le
codesign : l’implication des usagers, qui n’est pas un alibi
participatif, mais qui doit être au coeur de la transformation.
Pour Ivo Gormley, anthropologue à Think Public, vidéaste et consultant sur ces questions : “la
participation est la clef de la transformation, parce qu’elle amène la
confiance, l’excellence et l’efficacité. Plus vous comprenez un système
et mieux il fonctionne. Plus vous en impliquez les utilisateurs, et
plus le service s’améliore et se rapproche d’eux. Plus il est proche
des utilisateurs et plus il a des chances d’être efficace”.
“Le plus important est de faire découvrir aux gens, par eux-mêmes, les problèmes qu’ils cherchent à résoudre”explique Robert O’Dowd du Design Council, l’organisme de promotion du Design sous toutes ces formes en Grande Bretagne. “Toutes les initiatives qui tombent d’en haut risquent surtout de ne pas fonctionner. A Dott”, un programme d’innovation sociale qui se déroule tous les trois ans dans une région anglaise différente, “on
conçoit avec les gens, plutôt que pour eux. Tout doit être transparent,
en impliquant les gens dans tout le processus, même si cela ne marche
pas toujours. L’important n’est pas le prototype que nous allons
réaliser avec eux, mais de laisser la communauté avec de nouveaux
talents, de nouveaux outils, de nouvelles approches et de nouvelles
envies qui vont donner du pouvoir au gens.”
Changer les pratiques et les méthodes
Face à des problèmes sociaux complexes, à l’image de comportements
antisociaux que dénonçait un récent rapport britannique, il y a besoin
de tester de nouvelles approches, explique Sophia Parker du Silk, le Laboratoire d’innovation sociale
du comté de Kent, créé en 2007. Les méthodes et les outils ne
fonctionnent que si elles sont associées aux gens, rappelle-t-elle. Il
faut voir les utilisateurs comme des contributeurs aux solutions que
l’on recherche et non pas comme des problèmes, tout en gérant la
complexité, sans la simplifier. “La façon dont on implique les
gens est importante. Le design permet de valoriser ce que les gens font
et d’utiliser du matériel professionnel qui assure du sérieux de ce que
l’on attend d’eux”, explique Sophia Parker. Le design est un
processus qui a pour fonction d’impliquer les gens dans la conception
des services, en rendant les supports, les projets, les séances de
travail plus accessibles aux usagers de base. Est-ce que l’approche
consiste alors seulement à rendre les supports jolis, agréables,
communicables ? C’est parfois peut-être un peu le cas, en tout cas
c’est une critique qu’il faut entendre. Il n’empêche que l’équipement
participe aussi de la transformation de la relation. Il valorise ce que
font les gens. Il encode la communication comme un principe
d’accessibilité.
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Auteur : Hubert Guillaud
Source : Internet Actu
Publié par : Nicolas Marronnier
Publié sur : le vide poches

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