Francoscopie 2010 de Gérard Mermet, décrit et décrypte les attitudes, les comportements, les opinions et les valeurs. Il couvre tous les domaines de la vie quotidienne : santé, famille, vie sociale, travail, revenus, consommation, loisirs…

 Francoscopie 

 

Francoscopie a d'abord été un livre, publié chez Larousse pour la première fois en 1985. Treize éditions se sont succédé jusqu'à la dernière en date, millésimée 2010. Chacune offre un panorama des modes de vie, des valeurs, des opinions, attitudes et comportements répartis en six grands chapitres : individu; famille; société; travail; argent; loisirs.

L'ouvrage fournit de très nombreuses informations sur les caractéristiques individuelles et collectives des Français : apparence physique; hygiène; beauté; santé; culture; relation au temps; activités professionnelles; revenus; consommation; épargne; centres d'intérêt… Il identifie les changements, met en lumière les évolutions, fournit des comparaisons avec les autres pays développés, notamment ceux de l'Union européenne.

Depuis plus de vingt ans, Francoscopie raconte l'histoire de la France et des Français. Destiné à tous ceux qui cherchent à savoir, comprendre, se situer, agir, participer, anticiper, il est considéré comme un ouvrage de référence.

Le temps des ruptures

Extraits de la préface de Francoscopie 2010

Une première remarque s'impose : les Français n'ont pas découvert la " crise " en 2007, à l'occasion du scandale des subprimes et des " fonds toxiques ", puis du krach économique de septembre 2008. De nombreux signes montrent qu'elle était présente dans leur esprit depuis une quinzaine d'années. Leur conviction est ancienne, en effet, d'un emballement du monde, d'un déclin de la France, d'une baisse du pouvoir d'achat, d'un dévoiement du " progrès ", d'une accumulation des dettes et des menaces. Les Français détiennent depuis des années le record peu enviable du pessimisme, mesuré par les sondages. L'annonce " officielle " de la crise puis celle de la récession économique ont donc constitué un véritable traumatisme : on n'avait encore rien vu ; c'était maintenant que les difficultés commençaient vraiment ! Si l'on veut résumer par un mot les transformations intervenues au cours des dernières années, c'est celui de rupture qui vient à l'esprit.

Ruptures dans la vision de la vie

C'est la conception de la vie dans son ensemble qui a été bouleversée depuis quelques années, avec une accélération forte depuis 2007. La relation des Français au temps a été transformée : improvisation plutôt que planification ; mélange des activités ; temps morts détestés, temps forts recherchés… Le rapport à l'espace a connu la même évolution, avec le " don d'ubiquité " conféré par les outils technologiques (Internet, téléphone portable, GPS…), la multiplication des lieux de vie ou le nomadisme. Un nouvel espace-temps s'est ainsi construit, bousculant les habitudes, la culture, peut-être la nature humaine.

La relation qu'entretiennent les Français à leur corps a aussi changé : il est devenu moins " vitrine " et davantage " miroir ". Ils ne se nourrissent plus de la même façon (produits biologiques, retour au " fait maison " ; " alicaments "…). Ils attachent à la santé une importance croissante, qui se traduit par la hausse continue des dépenses.

La vie familiale reste prioritaire, mais elle est de plus en plus " accidentée ", avec là encore une multiplication des " ruptures " au sein des couples : séparations, divorces, recompositions… Le foyer joue un rôle primordial : lorsque c'est " dur dehors ", il faut que ce soit " doux dedans ". Si l'on ne peut attribuer le fort taux de natalité de la France à un optimisme concernant l'avenir du monde, on peut l'expliquer par la volonté de chacun de créer une " bulle " à l'abri des autres, qui donne un sens à sa vie. Faire des enfants, les élever, partager avec eux, c'est un moyen d'oublier l'extérieur, de s'en éloigner et de s'en protéger. C'est surtout créer son propre monde, que l'on peut comprendre, façonner, maîtriser. 61 % des Français estiment ainsi que " la famille est le seul endroit où l'on se sent bien et détendu " (Crédoc, janvier 2009).

Enfin, l'argent a été placé au centre de tout. Longtemps tabou, il est devenu omniprésent dans les conversations, les médias. Le plus souvent pour dénoncer les abus qu'il engendre chez les " riches ", les inégalités et injustices qu'il induit parmi les " pauvres ". Dans l'imagerie populaire, l'argent apparaît comme à la fois nécessaire et toujours insuffisant. On se défend d'y attacher de l'importance, mais on se bat pour en avoir davantage. Il est plus porteur de frustrations que de satisfactions.

Ruptures dans la vie sociale

La vie en société s'est globalement désagrégée, au profit des appartenances familiales, mais aussi de plus en plus tribales, claniques, communautaires, souvent virtuelles et éphémères. Pour beaucoup de Français, la collectivité nationale a perdu du sens et le mot citoyen du contenu. Le " modèle républicain ", globalisant et uniformisateur, apparaît obsolète à une époque où chacun veut être reconnu pour lui-même et vivre avec ceux qui lui ressemblent.

La France vit ainsi de plus en plus en anomie. À défaut d'un système de valeurs commun au plus gra
nd nombre et permettant de conduire sa vie en participant à celle des autres, d'autres systèmes apparaissent et se diversifient. Dans un contexte de " chacun pour soi " et de rejet des acteurs sociaux, des accommodements sont pris avec la " morale ". Les codes traditionnels de la politesse sont cassés, des limites autrefois implicites sont franchies. Ils sont remplacés par d'autres, plus restreints dans leur champ d'application, moins contraignants, souvent provisoires. Les " barrières invisibles " n'ont pas disparu, elles ont été déplacées.

La relation aux autres a été bouleversée par l'usage croissant des outils de communication, qui permettent à la fois de parler à tous et de sélectionner les interlocuteurs. Les fractures sociales se sont diversifiées. Le fossé s'est élargi entre les groupes sociaux (ci-après).

Ruptures dans le travail

Dans une société où il est redevenu incertain et précaire, le travail est de plus en plus mal vécu. Il est générateur d'un stress qui atteint désormais la plupart des actifs. La vie professionnelle est moins considérée comme un moyen de s'épanouir ou de s'accomplir. Le travail est pour beaucoup de Français une obligation ; il est pour certains une malédiction. Même s'il occupe de moins en moins de temps, il prend de plus en plus de place. Il est l'illustration de la dépendance des uns (exploités, harcelés, mal rémunérés…) par rapport aux autres (exploiteurs, profiteurs, privilégiés…).

Une nouvelle lutte des classes se développe ainsi. Elle n'est plus alimentée par la frustration des ouvriers et des sans-grade, mais par celle des " classes moyennes ", qui se sentent oubliées de la croissance et du " progrès ". La bipolarisation, que l'on observe dans de nombreux secteurs (consommation…), a gagné l'ensemble de la pyramide professionnelle. On est privilégié en haut et assisté en bas, mais peu pris en compte au milieu. Ce malaise de la " moyenne " fait des ravages. Il met en cause le modèle de développement sur lequel était fondée la société, notamment pendant les Trente Glorieuses : la promesse faite à chacun qu'il peut, en montant dans l'ascenseur social, accéder aux étages supérieurs.

Ruptures dans la consommation

Les transformations en cours sont particulièrement apparentes dans les attitudes et les comportements des consommateurs. Les Français s'interrogent sur l'importance qu'il faut donner à la consommation, qui leur est de plus en plus présentée comme une arme de destruction massive. Ils savent cependant qu'elle leur apporte des satisfactions au quotidien. Ils savent aussi qu'elle est essentielle au maintien de l'activité, donc de l'emploi et des revenus. Mais ils cherchent aujourd'hui un modèle qui pourrait la remplacer. Ils sont en train d'en essayer plusieurs, concurrents et complémentaires : frugalité ; prime au qualitatif ; achats responsables ; recherche du moins cher ; " déconsommation "…

Pourtant, pendant la crise, la consommation continue, même si elle est plus hésitante, plus dépendante de l'actualité, voire du temps qu'il fait. Contrairement au sentiment général, le pouvoir d'achat de la grande majorité des Français n'a pas diminué, mais il est fragilisé par la montée du chômage et les difficultés de nombreuses entreprises. Le vouloir d'achat demeure, mais il prend d'autres formes, plus responsables : la consommation est une forme de consolation. Le savoir d'achat s'est en tout cas considérablement accru. La course à la " bonne affaire " est un sport national, facilité par les conseils des médias et, surtout, les échanges entre " pairs ", au moyen des forums, blogs et autres outils de buzz (bouche-à-oreille électronique). En attendant, peut-être, l'apparition d'un " devoir d'achat ", contribution volontaire ou subie de chacun à la poursuite de l'activité économique.

On n'observe donc pas seulement l'apparition d'une " consommation de crise ", mais aussi et surtout d'une crise de la consommation. L'enjeu est de concilier les nécessités de développement économique et les contraintes écologiques. La " consommation durable " est l'une des conditions de la survie de la société et de la planète, le défi majeur pour les décennies à venir. La " quadrature du siècle ".

Ruptures dans les loisirs

Le temps libre représente l'essentiel de la vie, tant sur le plan quantitatif que qualitatif. On s'exprime, on se valorise, on se divertit (au sens pascalien) avec les innombrables possibilités de loisirs. Mais on cherche à rester maître de son temps. Les médias sont ainsi de plus en plus consommés " à la demande ". Il en est de même de la musique, des activités sportives ou artistiques. La plupart sont pratiquées en amateur, à son propre rythme, sans esprit de compétition. C'est plus en tant que spectateurs que les Français s'intéressent à la compétition, qu'elle se déroule dans un stade, une émission de téléréalité ou l'arène politique. Elle est pour eux un jeu, un moyen de défoulement, un outil de rêve et de projection, une façon aussi de vivre " par procuration ".

Même les vacances, qui sont déjà censées permettre une " rupture " avec le quotidien, connaissent des transformations dans les pratiques. Les vacanciers partent plus souvent, moins longtemps, de préférence pour moins cher. Mais ils ne sont pas plus nombreux à partir, le processus de la démocratisation s'étant interrompu depuis quelques années.

Ruptures idéologiques

Les Français avaient déjà pris leurs distances avec le système économique et politique d'essence libéral-capitaliste-mondialiste. Le divorce est désormais consommé. Ils le jugent en effet responsable des dérives financières, économiques, sociales, environnementales qui se sont produites et qui ont placé le monde devant de grandes difficultés.

La rupture est apparente avec les auteurs de ces déviations. La " détestation des élites ", sensible déjà depuis quelques années, a été fortement amplifiée par les agissements coupables de spéculateurs et profiteurs avides, cupides. Parfois stupides, aussi, si l'on en juge par leurs comportements irrationnels (et mimétiques). D'autant que leurs réactions, sous la pression de la vindicte publique, ont montré qu'ils ne vivaient pas dans le " vrai monde ". Ce qu
i ne laisse pas d'inquiéter ceux qui y sont plongés.

La " crise " actuelle est sans doute la conséquence d'erreurs individuelles et collectives. Elle peut être regardée principalement comme une crise de la confiance, qui en est à la fois cause et conséquence. Elle pourrait déboucher sur d'autres crises, notamment sociale et budgétaire. Des risques majeurs apparaissent donc pour l'avenir de la France, lequel n'est évidemment pas dissociable de celui du monde. Heureusement, l'avenir n'est pas à découvrir mais à inventer.

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Fleche SOURCE : francoscopie.fr Fleche PAR: alexis mouthon Fleche ACCÈS DIRECT A LA PLATEFORME: PSST.FR

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