Manifestation 2.0 : un changement de paradigme. Par Manuel Atréide sur minorités

  

Le web permet d'augmenter la part de l'individu au détriment d'une
direction centralisée et « autoritaire ». C'est le conflit entre une solution et des
solutions. Je pense que le web va avoir comme tendance à de plus en
plus démolir l'exclusif au profit de l'inclusif. Ce que je vois, c'est
non plus une manif unitaire avec un seul mode de fonctionnement mais
plutôt une multitude de petites manifs, attirant chacune les bonnes
volontés au gré des humeurs et des envies. Il faudra sans doute plus
proposer qu'imposer, fédérer plus que centraliser. Moins d'ordre ou de
monolithisme mais plus d'encouragement aux initiatives. 

Dès lors, on peut comprendre le découragement ou la lassitude de
certains des vieux briscards des manifestations et sit-ins coup de
poing que la lutte contre la guerre du Vietnam, pour la progression des
droits des femmes, des gays, des minorités de toutes sortes ont
contribué à faire émerger et à « populariser » durant les 30 ou 40
dernières années. Les réseaux sociaux signent-ils la mort des
rassemblement géants comme la Marche sur Washington d'aout 1963, les premières manifestations relayant les émeutes de New York en 1969, les « stonewall riots » ? Les diverses gay-prides vont elles finir par avoir du plomb dans l'aile ?

L'immersion dans les réseaux sociaux permet l'affichage simple et
rapide des adhésions à une multiplicité de causes et de luttes. Cela ne
se traduit pas forcément par l'abandon des actions sur la voie
publique, comme tend à le montrer l'extraordinaire et fulgurant succès
des « kiss-ins », des « flash-mobs » et autres « lip dubs ».
Il y a certes dans ces mouvements ou happenings un noyau dur qui
structure l'action et le mouvement des autres, mais le passage à
l'action se fait, je pense, sur d'autres valeurs.

La motivation profonde est peut-être en train de changer de polarité : alors qu'auparavant, on manifestait contre quelque chose, on tend de plus en plus à se bouger pour
une cause. Plus les motivations sont positives, plus un mouvement est
perçu comme festif ou ludique, plus les individus s'y retrouvent,
assimilant peut être ce « positif » à quelque chose de valorisant.
L'exemple des kiss-ins est frappant : loin de dénoncer quoi que ce soit
de front, en heurtant les convictions ou opinions des passants, ce
mouvement se fait dans une bonne humeur généralisée qui n'exclue pas
une certaine moquerie ou ironie mordante ou bonne enfant. Après tout,
il est plus difficile de mettre un pain à un couple qui s'embrasse qu'à un manifestant en colère et vitupérant, non ?

Alors ?

Cela dit, tout cet argumentaire ne saurait être ni « parole d'évangile » ni « vérité révélée ».

Après tout, le kiss-in parisien de la Saint Valentin,
initialement prévu sur le parvis de Notre Dame sur l'île de la Cité,
vient d'être « délocalisé » place Saint Michel, à  quelques centaines
de mètres de là, à la demande de la préfecture de police. Cette
décision fait suite aux appels d'un certains nombre de blogueurs
« catho-tradis » à venir troubler ou empêcher ce rassemblement, quitte
à user de la violence. Je ne connais pas les raisons qui ont motivé les
organisateurs de ce kiss-in à prendre cette décision. Les motivations
de la Préfecture de Police (telles que rapportées dans l'article)
faisant état de possibilité de "dérapages dangereux" sont quand même
croquignolesques car elle annonce ne pas pouvoir protéger un
rassemblement fait sur le parvis de Notre Dame, c'est à dire juste sous
ses fenêtres ! 

Plus sérieusement, les organisateurs du kiss-in ont peut être voulu
éviter qu'un rassemblement « fun et joyeux » ne dégénère en bataille
rangée avec certains militants « cathos-tradis ». Si tel est le cas,
cela signifie que les manifestations positives ne sont sans doute
jamais à l'abri d'un retour aux foires d'empoigne d'antan…

Quoi qu'il en soit, je suis partagé — comme pas mal — vis-à-vis de
cette décision : est-ce faire preuve de sagesse que de refuser la
confrontation et de rester dans un cadre bon enfant, ou est-ce faire
preuve de faiblesse en laissant le terrain libre aux extrémistes de
tout poil ? Peut-on en 2010 librement se rassembler sur une place
publique, fut-elle parvis d'une cathédrale ? Jusqu'où peut-on pousser
la provoc', même empreinte de bonne humeur ? J'avoue ne pas avoir fait
ma religion sur ce point. 

Tout de même, j'entends quand même une chose dans le discours — par
ailleurs assez dégueu — des opposants : ce kiss-in doit-il mettre en
lumière les tendances homophobes de la seule religion catholique ? Car
enfin, les mouvements religieux à la manœuvre en Ouganda sont
américains, protestants de la mouvance évangélique ! Et que dire des
exécutions d'homosexuels en Iran ? Là, c'est le Coran qui est pris
comme base du discours et des actes… Et le judaïsme n'est pas plus
épargné par ces délires homophobes : j'en veux pour preuve l'attaque d'un centre LGBT à Tel Aviv l'été dernier qui a mis en lumière le comportement de rejet profond et violent de
l'homosexualité par certains mouvements religieux extrémistes. Bref,
faire un kiss-in devant la cathédrale de Paris pour pointer du doigt
les catholiques et leurs discours plus qu'ambigu, c'est bien. Mais ils
ne sont pas les seuls, et surtout sans doute pas les plus violents. 

Alors que faire ? En faire un devant la grande mosquée de Paris ?
Devant une synagogue ? Ou accepter de se rassembler dans un lieu moins
symbolique pour éviter de dénoncer les agissements de certains, faute
de pouvoir dénoncer les agissements de tous ? Comme quoi, passer du
coté "lumineux" de la force n'est pas aisé … 

En tout cas, si le monde change, et si le web bouleverse la donne en
matière de manifestations, cela ne démolira pas complètement les vieux
réflexes de violence pour s'insurger contre quelque chose jugé comme
insupportable. C'est aussi cela le mode « inclusif » du web : il ne
remplace pas, il enrichit.

Paradoxal ? Pas tant que cela.

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