Avec l’idée du « care » (ou « société du bien-être »), Martine Aubry s’attire les railleries de la droite, mais aussi d’une bonne partie de la gauche. Le débat fait rage.

Les Américains donnent des idées à Aubry




Martine Aubry Martine Aubry

© SIPA

En lointain écho au célèbre « Yes, we can » d’Obama, le PS va-t-il opter en 2012 pour le « Yes, we care » ?
Alors que le Parti socialiste réuni en convention nationale doit
entériner aujourd’hui son projet de société pour la prochaine
présidentielle, Martine Aubry développe peu à peu l’idée d’une
politique du « care » (« soin » en anglais). Pour la première secrétaire, il s’agit de promouvoir « une société du bien-être et du respect », par opposition au « matérialisme »
et au « tout-avoir ». Une vision qui intrigue parfois, agace souvent,
mais fait en tout cas clairement débat depuis deux mois.

Le concept du « care » a surgi aux Etats-Unis en 1982, sous
la présidence du très libéral Ronald Reagan. Carol Gilligan, figure du
féminisme américain, développe alors l’idée d’une vision proprement
féminine des rapports sociaux, centrée autour de la notion de « prendre soin des autres ».
Joan Tronto, une autre universitaire américaine, reprend cette théorie
dans les années 1990. Le débat rebondit en France, via le laboratoire
d’idées du PS pour 2012 dirigé par l’ancien ministre Christian Paul.
Habituée de ces réunions, la philosophe Fabienne Brugère, enseignante à
l’Université Michel-de-Montaigne de Bordeaux et auteure de Le Sexe de la sollicitude (Le Seuil, 2008), fait le lien entre les travaux américains et la réflexion des socialistes français.

Le « triomphe des bons sentiments »

A peine esquissée par Martine Aubry, l’idée a provoqué à gauche une
avalanche de réactions critiques, ou goguenardes. Le député PS Manuel
Valls y voit ainsi une « erreur profonde », et un « recul pour la
gauche ». « Je n’ai rien contre un peu plus de tendresse entre
dirigeants socialistes », ironise Jack Lang, qui fait la fine bouche
devant le « goût un peu compassionnel 
» du « care ». « L’Etat doit-il être une sorte d’hôpital social général ? »,
s’interroge aussi Jacques Attali, ancien conseiller de François
Mitterrand et aujourd’hui néo-sarkozyste. A l’UMP, c’est la secrétaire
d’Etat à l’Economie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet, qui se
charge de fustiger « le triomphe des bons sentiments ».

« Je ne suis pas pour la compassion ou la charité, se défend Martine Aubry. Ma
conviction profonde est qu’avec le même niveau de revenu, même modeste,
ceux qui ont un réseau social, qui sont parents d’élèves, qui
s’occupent de leurs voisins, de leurs aînés, vivent mieux. Je l’observe
tous les jours chez moi, à Lille. Cela ne me vient pas des théories
américaines ! 
». La politique du « care » ne paraît par
ailleurs pas si éloignée de la « fraternité » agitée par sa rivale
Ségolène Royal depuis la campagne présidentielle de 2007. Reste encore
à lui donner un contenu.

Mais, même à droite, l’idée d’une politique plus douce, moins
individualiste, semble se développer. Generationfrance.fr, le think
tank du patron des députés UMP Jean-François Copé, s’intéresse ainsi de
près au « conservatisme compasionnel » prôné avec succès par le leader des tories britanniques David Cameron. Et Nicolas Sarkozy distille pour 2012 l’idée d’un « président protecteur » à la politique rassurante. Bien loin de la « rupture », et du « travailler plus pour gagner plus » qui datent, il est vrai, de 2007.

Laisser un commentaire