Baromètre 2010 des priorités sociales des Français par Guénaëlle Gault et Pierre Jougla de TNS Sofres

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Dans un contexte de crise durable, de climat social délétère et d’inégalités perçues comme allant s’accroissant, le besoin de faire le point sur les véritables priorités sociales des Français telles qu’ils les constatent pour eux-mêmes est fondamental. En effet, si de nombreuses enquêtes s’intéressent à la perception globale que peuvent avoir les citoyens de la marche de leur pays, rares sont celles qui passent au tamis chacune des préoccupations sociales qu’ils peuvent avoir individuellement, et des priorités qui en découlent. Dans cette optique, TNS Sofres a réalisé pour le Mouvement des Entrepreneurs Sociaux (MOUVES) la première vague du Baromètre des Priorités Sociales des Français.

Un Français sur cinq en situation de fragilité sociale

Les résultats sont édifiants : c’est environ 1 Français sur 5 qui se vit dans une position de fragilité sociale, insatisfait de sa situation sociale personnelle, au global comme dans le détail. En d’autres termes, la précarité touche non seulement les besoins fondamentaux (sécurité, accès aux soins, logement), comme le montrent régulièrement les enquêtes portant sur la précarité, mais aussi les besoins économiques (épargne, capacité à emprunter, à prendre en charge un proche en situation de dépendance…) et enfin les besoins personnels (satisfaction dans le travail, loisirs…). En outre, les personnes fragilisées disent ne pas contrôler la manière dont leur vie se déroule sur le plan individuel, et pensent, comme l’immense majorité de la population, qu’ils ne peuvent pas vraiment faire bouger les choses au plan national.

Des Français individuellement mobilisés mais collectivement résignés

Interrogés sur le plan individuel, 76% des Français disent avoir le contrôle de leur vie, tandis que 6 Français sur 10 estiment que leur situation personnelle reste à peu près stable (61%), et 11% qu’elle s’améliore. Mais parallèlement, sur un plan collectif,  71% pensent que la situation des Français en général a plutôt tendance à se détériorer et 80% pensent ne pas pouvoir, à leur niveau, faire bouger les choses en France.

La perception de la situation sociale du pays : un contexte particulièrement anxiogène

En septembre 2010, 71% des Français estiment que la situation sociale des Français en général a plutôt tendance à se détériorer. 22% estiment qu’elle reste à peu près stable, et 4% seulement qu’elle a plutôt tendance à s’améliorer. Fait notable, ce constat est partagé par l’ensemble des catégories de population ; la perception d’une dégradation de la situation sociale des Français est donc homogène, quels que soient les catégories socioprofessionnelles, l’âge ou le niveau de revenu.

La situation sociale personnelle : un climat moins pessimiste

En revanche, les Français sont moins pessimistes lorsqu’on les interroge sur l’évolution de leur propre situation personnelle. 61% déclarent qu’elle reste à peu près stable, 27% qu’elle se détériore et 11% qu’elle s’améliore. Un découplage que l’on peut attribuer à une forme d’adaptation personnelle, dans un contexte anxiogène. Les Français semblent aujourd'hui manquer de grille de lecture politique référente pour décrypter la situation politique et économique, et restent persuadés que la crise est loin d’être terminée, ce dont les médias se font la caisse de résonance. Pour autant, sur le plan individuel, ils ont aujourd'hui décidé de faire avec.

La situation sociale des Français à travers une nouvelle nomenclature des besoins sociaux : un Français sur cinq en situation de fragilité sociale

Afin d’analyser le plus finement possible le vécu des Français et d’en tirer des enseignements à l’échelle nationale, le MOUVES et TNS Sofres ont choisi de décrypter leurs situations sociales individuelles à travers 18 thématiques de leur vie quotidienne.

Sur chacune de ces situations, les Français ont été interrogés pour savoir si elle leur correspondait tout à fait, plutôt, plutôt pas ou pas du tout. La moyenne des réponses plutôt pas ou pas du tout a permis de construire un indice de fragilité sociale, qui s’établit en septembre 2010 à 19,3%. En d’autres termes, ce sont près d’un Français sur cinq qui se trouvent en difficulté sur l’ensemble des situations étudiées.

Ces thématiques ont ensuite été regroupées en 3 catégories : 
  – En premier lieu, les besoins fondamentaux, qui comportent le sentiment de sécurité, l’accès aux soins de qualité, le fait de disposer d’un logement stable et satisfaisant, la capacité de faire face aux charges courantes du logement, la capacité à se nourrir comme on le souhaite et l’accès aux moyens de communication. L’indice de fragilité sur ces besoins fondamentaux s’établit à 12,3% en moyenne (16% chez les employés, 17% chez les ouvriers, 21% dans les familles monoparentales et 24% chez les chômeurs). 
– En second lieu, les besoins économiques, qui comprennent la capacité à prendre en charge un proche en situation de dépendance, la possibilité d’emprunter pour financer ses projets, le fait d’avoir des ressources ou de l’argent de côté, la capacité à se déplacer de manière satisfaisante et à un coût raisonnable, et le fait de disposer d’un pouvoir d’achat décent. L’indice de fragilité sur ces besoins économiques s’établit à 34,8% en moyenne (44% chez les employés, 43% chez les ouvriers, 51% dans les familles monoparentales et 57% chez les chômeurs).
 - Enfin, les besoins personnels, qui comportent le fait d’avoir un travail qui apporte satisfaction et perspective, une vie sociale et des loisirs satisfaisants, la possibilité de s’exprimer et participer à la vie citoyenne et publique, la possibilité de se faire plaisir de temps en temps, le fait d’être respecté tel que l’on est (quelles que soient ses origines, ses orientations, ses différences), le fait d’habiter dans un cadre de vie agréable, et la capacité à subvenir à l’éducation et à l’épanouissement de ses enfants. L’indice de fragilité sur ces besoins personnels s’établit à 14,3% en moyenne (17% chez les employés, 19% chez les ouvriers, 19% dans les familles monoparentales et 22% chez les chômeurs).

In fine, lorsqu’on les interroge sur le bilan qu’ils dressent eux-mêmes sur leurs situations sociales individuelles, au regard des 18 dimensions étudiées, ce sont  81% qui s’en disent satisfaits, contre près d’un Français sur cinq (18%) qui s’en disent pas satisfaits.

Un Français sur cinq dit avoir perdu le contrôle de sa vie

Si cette insatisfaction sociale découle des 18 dimensions précédemment analysées, un autre facteur semble y contribuer : le contrôle que l’on a sur la manière dont sa vie se déroule. En effet, en septembre 2010, un ratio quasi semblable d’un Français sur cinq (22%) déclarent que de manière générale ils ne contrôlent pas la manière dont leur vie se déroule.

Des Français individuellement mobilisés mais collectivement résignés

A l’inverse, 76% des Français disent contrôler leur vie. Une proportion à rapprocher des 6 Français sur 10 qui estiment que leur situation reste à peu près stable (61%), voire s’améliore (11%).

Mais au-delà de ces clivages et de l’influence que chacun peut avoir sur sa propre vie, deux  sentiments rassemblent une large majorité de Français vis-à-vis de la situation de leur pays : l’impression – déjà mentionnée – que sa situation se dégrade, et surtout la perception d’une impuissance à faire bouger les choses. La moitié d’entre eux (49%) estiment en effet ne pas pouvoir, à leur niveau, faire bouger les choses du tout dans la société, 31% pensent pouvoir le faire très peu, 18% un peu et 1% beaucoup.

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