cartographie = les 886 sites les plus influents du web politique anglais

A linkfluence, depuis 2005 et le référendum sur le traité constitutionnel européen, nous avons mené plusieurs campagnes de cartographie du web social politique pendant les périodes de grande votation. Les présidentielles de 2007 en France avec la « blogopole » et Ségosphère, celles de 2008 aux Etats-Unis, celles de 2009 en Allemagne avec WahlRadar (voir l’atlas linkfluence pour retrouver tous ces projets).

En 2010, c’est aux anglais de passer par l’isoloir pour des élections législatives. Comme nous travaillons actuellement sur la cartographie du web social anglais, nous ne résistons pas à l’envie de vous présenter la première cartographie du web social des élections au Royaume-Uni.

Cette carte se compose des 886 sites les plus influents du web politique anglais. Nous avons sélectionné ces sites en nous appuyant sur le nombre de liens hypertextes qu’ils reçoivent d’autres sites politiques, permettant ainsi de mesurer la centralité et donc l’autorité de ces sites dans le « paysage » numérique anglais. Chacun de ces sites a été catégorisé en fonction de son appartenance politique ou comme commentateurs quand il s’agit de blogueurs, journalistes, analystes, chroniqueurs qui traitent de politique. Sur cette carte chaque point représente un site dont la taille est fonction de son niveau d’influence, de sa centralité ; et chaque arc reliant ces points représente un lien hypertexte.

Visualisation issue du nouveau module d’exploration de cartes développé par linkfluence qui viendra remplacer sous peu toutes nos cartes interactives actuelles

Commençons par décrire les forces en présence. 5 communautés politiques sont présentes. La plus importante, qui représente 14% des sites présents, le « labour » en bleu ; on trouve ensuite les « libs dems » (libéraux démocrates) avec 11% des sites et derrière, les conservateurs avec 9,5% des sites présents. Les deux derniers partis sont les verts et le British National Party avec 5% de sites chacun. La géographie qui se dessine sur le web en terme « d’offre » de sites politiques est donc bien différente de celle des intentions de vote telles qu’exprimées actuellement (les conservateurs font la course en tête). Enfin les 55% de sites restants sont ceux de commentaire et d’analyse, ils sont les plus nombreux mais aussi les plus centraux sur la carte, assurant ainsi leur rôle de passerelle, d’arbitres des communautés politiques (phénomène que nous avons pu observer dans la plupart des pays à l’exception des Etats-Unis où cette catégorie n’existe pas car tout le monde assume explicitement son positionnement démocrate ou républicain).

Si on supprime de la carte la communauté la plus nombreuse, la partition « compétitive » devient beaucoup plus visible et on observe bien le phénomène classique sur le web comme dans tous les réseaux sociaux d’homophilie (les sites d’une couleur politique échangent principalement avec des sites de la même couleur politique).

Voici maintenant une galerie de chacune des communautés présentes, de leurs sites les plus centraux et des liens qu’ils entretiennent avec le reste du territoire.

Les travaillistes

129 sites situés dans le sud est de la carte en proximité des verts (cet observable l’est aussi sur le web politique français où les écologistes sont situés en proximité des partis de « gauche »).

5 sites les plus centraux :

Les liens jaunes représentent les liens sortants (liens hypertextes envoyé par le site considéré), les liens rouges représentent les liens entrants (liens venant d’autres sites)

 

  1. http://labour.org.uk/
  2. http://labourlist.org/
  3. http://number10.gov.uk/
  4. http://tomharris.org.uk/
  5. http://hopisen.wordpress.com/

 

Les libéraux démocrates

96 sites au nord est de la carte, entretiennent principalement des liens avec les sites de commentaires et d’opinion.

5 sites les plus centraux :

 

  1. http://liberalconspiracy.org/
  2. http://libdemvoice.org/
  3. http://libdems.org.uk/
  4. http://liberalengland.blogspot.com//
  5. http://charlottegore.com/

 

Les conservateurs

84 sites au nord de la carte, communauté la plus « fondue » à la communauté de commentaire et d’opinion

5 sites les plus centraux :

 

  1. http://iaindale.blogspot.com/
  2. http://order-order.com/
  3. http://conservativehome.blogs.com/
  4. http://www.spectator.co.uk/coffeehouse/
  5. http://conservatives.com/

 

Le British National Party

44 à l’ouest de la carte, de loin la communauté la plus autarcique ou plutôt ostracisée, en effet elle envoie de nombreux liens vers l’extérieur mais n’en reçoit pas (c’est une particularité partagée à tous les sites d’extrême droite que nous avons déjà observée en France et Allemagne)

5 sites les plus centraux :

 

  1. http://bnp.org.uk/
  2. http://newportcity.blogspot.com/
  3. http://callingengland.blogspot.com/
  4. http://simondarby.blogspot.com/
  5. http://thegreenarrow.co.uk/

 

Les Verts

43 sites au sud de la carte, passerelles avec commentaire et opinion et avec les sites travaillistes

5 sites les plus centraux :

 

  1. http://greenparty.org.uk/
  2. http://twodoctors.org/
  3. http://petercranie.blogspot.com/
  4. http://anglobuddhistcombine.blogspot.com/
  5. http://gaianeconomics.blogspot.com/

 

Les analystes et commentateurs

Plus de la moitié du corpus, ils sont le poumon du web social politique anglais, ils entretiennent des relations avec les 3 principaux partis et très peu avec les Verts et le British National Party

5 sites les plus centraux :

 

  1. http://guardian.co.uk/commentisfree
  2. http://politicalbetting.com/
  3. http://independent.co.uk/opinion
  4. http://ukpollingreport.co.uk/
  5. http://bbc.co.uk/blogs/nickrobinson

 

Focus : les trouble-fêtes du libdem

Si cette élection suscite un intérêt important à l’intérieur et à l’extérieur des frontières anglaises, c’est assurément à cause de la Cleggmania et de la position inédite des libéraux démocrates. Ils bouleversent l’habituel bipartisme du système électoral anglais et profitent du déficit d’image des partis historiques qui ne se sont toujours pas remis de l’affaire des notes de frais de la chambre des communes. A condition qu’ils ne réussisse pas à évincer Brown ou Cameron, c’est par son choix d’alliance pour former un gouvernement de coalition qu’il décidera au final de qui des travaillistes ou des conservateurs dirigeront le pays.

Il est alors intéressant d’observer les relations entretenues entre ces trois communautés et la sphère de commentaires et d’opinion. Pour cela, nous devons utiliser un autre type de visualisation qui nous permet d’agréger l’ensemble des liens envoyés et reçus par chaque communauté et d’ainsi prendre connaissances de l’intensité des échanges entre celles-ci. Cette nouvelle visualisation, tout comme la précédente fera partie de notre nouvelle cartographie flash qui viendra d’ici peu remplacer l’ensemble des cartographies linkfluence !

Sur cette carte les sites sont rassemblés en fonction de leur appartenance communautaire, chaque communauté représente une bulle, les sites sont y sont placés en fonction de leur influence (les plus influents au centre). Les liens entre communautés sont rassemblés en un seul « faisceau » dont l’épaisseur est fonction du nombre de liens. Les « faisceaux » portent la couleur de la communauté qui envoie les liens hypertextes ; il y a donc deux faisceaux existants entre chaque couple de communautés permettant de manifester les relations de l’une à l’autre et inversement.

Un tripartisme ancré dans les pratiques communautaires

Si l’on observe les relations des travaillistes et des conservateurs avec les libéraux démocrates (faisceau bleu et faisceau violet allant vers la communauté rose), on constate un équilibre quasi parfait, les deux faisceaux ont la même taille, chaque communauté porte un intérêt équivalent aux contenus publiés par les libéraux démocrates. A l’opposé, si l’on regarde les liens envoyés par les libéraux démocrates à ces deux communautés (faisceau rose vers communauté bleue et faisceau rose vers communauté violette), on remarque un nombre de liens légèrement supérieur envoyé vers les conservateurs malgré leur infériorité numérique. Si l’on rajoute à cela que les relations entre conservateurs et travaillistes sont elles aussi à peu près symétriques, on ne peut que constater la réalité du tripartisme au niveau de la structuration des communautés politiques sur le web anglais.

La communauté des commentateurs comme arbitres

Regardons maintenant les relations entretenues par la communauté de l’opinion (communauté principale de la carte) avec ces trois acteurs. Les enseignements tirés nous donnent à lire cette carte sous un jour nouveau. C’est aux conservateurs que cette communauté porte le plus d’intérêt. Ceux-ci sont pourtant moins nombreux mais la taille du faisceau reçu est de loin plus important de cette visualisation (faisceau rouge vers communauté violette). Viennent ensuite les travaillistes et en dernière position les libéraux démocrates qui au regard des deux partis principaux sont moins imbriqués au poumon qu’est la communauté de l’opinion. Les conservateurs réussissent donc à produire des contenus qui suscitent le débat et animent l’espace numérique contrairement aux libéraux démocrates qui peinent sur ce sujet.

Au delà du nombre de sites existants -exercice de simple occupation du territoire numérique pouvant être mené dans le seul but de tromper les moteurs de recherche et autres algorithmes de création de hiérarchies- c’est clairement dans ces faisceaux de liens que doit se porter le travail d’interprétation réalisé. Par ces « autoroutes » dessinées, c’est bien les flux d’attention des communautés que nous touchons du doigt, leurs dynamiques de consommation d’information, l’agrégation de leurs intérêts cumulés. Et c’est dans le suivi continu de ces dynamiques que l’observation des espaces politiques peut fortement enrichir notre compréhension du champ politique et in fine de tout le champ social.

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