Le ciblage 2.0 et contexte de vie : retour sur la conférence Paris 2.0 du 24/09/09
L’entretien semi-directif qualitatif en sociologie présente deux biais:
– d’abord, la retranscription à l’écrit des pratiques énoncées oralement qui peut entraîner une déperdition d’information. Biais basique mais difficile à éviter totalement, dans la vie concrète des études et la pression qu’elle fait peser sur ses différents intervenants.
– ensuite, l’orientation de l’entretien par l’enquêteur, qui est plus difficile à saisir et à contourner. En effet, un sujet d’intérêt est fixé à l’avance par ce dernier et oriente nécessairement le débat, par des relances neutres mais jamais innocentes. C’est le talent et l’expertise de l’enquêteur de « neutraliser » autant que possible ses propres centres d’intérêt. Mais de là à ce que l’enquêté lui-même ose/puisse lui demander de substituer une orientation d’entretien qu’il juge plus pertinente à celle qui lui est proposée – en d’autres termes, qu’il parle de ce qui l’intéresse lui d’abord – il y a un pas qui n’est jamais franchi.
Le web 2.0 tel que nous le présente ici Xavier Charpentier est un moyen de s’affranchir de ces contraintes pratiques et méthodologiques. Pratiques parce que dès lors, il n’est plus besoin de passer des dizaines d’heures à retranscrire ce qu’a dit un enquêté, avec ce risque évident et déjà évoqué de perdre en cours de route de précieuses informations, notamment lors du passage de l’oral (vivant, et surtout fait d’intonations, de ruptures de ton, de nuances orales pas forcément faciles à retranscrire), à l’écrit, travail de médiation fait par l’enquêteur donc forcément (un peu) subjectif.
Méthodologiques parce que le temps passé à objectiver des informations obtenues lors d’un processus comportant de multiples biais est également économisé. Ecartées également, les difficultés à trouver un panel d’informateurs fiables, disponibles, n’ayant pas toujours envie de rendre des comptes à un tiers figure d’autorité intellectuelle ou d’ascendance sociale. Le web 2.0 réintroduit la notion d’autonomie. Autonomie de penser, autonomie de se penser, autonomie de témoigner. Liberté aussi. Liberté de prendre la parole sans risquer la pression sociale induite par le regard direct de l’enquêteur.
Cibler les consommateurs dans leur vie quotidienne, leur contexte de vie comme nous le rappelle Xavier Charpentier, c’est s’affranchir de ce piège de l’oral en allant puiser dans des sources d’informations déjà construites, et objectivées, à l’écrit et pour l’écrit. C’est ainsi aller plus vite sur le plan de la méthode, en économisant du temps et des moyens de recherche mais c’est aussi aller plus loin, en allant chercher à la source des discours écrits les faits tels qu’ils sont vécus et retranscrits par ceux qui les exposent.
Q.Dubernet

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