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| Par Florence Klein | le 11/11/2010 |
| Eurêka j’ai une idée » ! Lancée en juin 2009, en support d’une démarche globale d’innovation, l’application interactive de l’institution de prévoyance ainsi nommée a enregistré près de 1.700 connexions par mois, pour 460 attendues, en six mois. Les 2.700 salariés de Réunica ne manquent en effet pas d’idées. Quelque 500 propositions ont été déposées, dont 20 % sont en cours de mise en œuvre et 30 % en cours de traitement. « Ceux qui émettent des idées peuvent gagner des points, indique François-Marie Geslin, directeur des ressources humaines (DRH). Plus l’idée avance, plus le nombre de points augmente. Ils sont ensuite convertissables en coffrets-cadeaux ou en dons à des associations soutenues par la Fondation Réunica Prévoyance. Ce type d’actions est un moyen de reconnaître la valeur des collaborateurs. » Dans les établissements financiers, la course à l’innovation n’est pas réservée aux spécialistes du marketing. Elle fait aussi s’engager l’ensemble des salariés. Dans un contexte où les évolutions technologiques comme les réseaux sociaux sur internet touchent le plus grand nombre, les banques déploient des dispositifs participatifs permettant ainsi de recueillir les suggestions de tous leurs collaborateurs.
La boîte à idées n’a désormais plus grand-chose à voir avec celle utilisée dans l’industrie depuis les années 50. Elle se pare des atours du « web 2.0 ». Chez Société Générale, où une direction spécifique a été créée en juillet 2009, les outils de ce type sont aussi utilisés pour promouvoir la capacité à inventer. « Wiki » (sites web dynamiques), boîtes à idées et réseaux sociaux sont expérimentés à différents niveaux : systèmes d’information, ressources humaines, direction de l’innovation. « Nous envisageons de passer d’initiatives autonomes à une plate-forme partagée par les 157.000 collaborateurs du groupe », dévoile Franck La Pinta, responsable marketing web et RH 2.0 à la direction des ressources humaines du groupe Société Générale. Depuis 2003, 500 « innovacteurs » relaient l’esprit de créativité auprès de tous les salariés. L’innovation se décline également dans les référentiels de compétences, enrichis en 2009 de nouveaux critères : « La contribution à la stratégie du groupe et le développement du capital humain », précise Franck La Pinta. Libérer la parole Chez BNP Paribas, le programme « Esprit d’innovation » existe depuis quatre ans. En 2010, le réseau des responsables dédiés a produit un plan d’actions mettant en lumière plus de 270 initiatives développées à travers le groupe. « Tout contribue à ce que les managers soient invités à investir dans le champ de l’innovation et à ce que les salariés soient convaincus que leurs idées seront prises en compte », souligne Bernard Lemée, ancien DRH du groupe, conseiller du président et sponsor du programme. Sans une véritable politique managériale, la plus belle des boîtes à idées risque néanmoins de se tarir. « Au départ, les urnes que nous avions mises à disposition ont suscité un fort engouement, mais après quelque temps, les contributions se sont réduites », témoigne Martine Carlu, directrice du développement commercial du groupe Inter Mutuelles Assistance. Il y a 18 mois, assisté par le cabinet Altenor, le groupe a lancé une nouvelle dynamique d’innovation, qui se concrétise aujourd’hui par le lancement de deux nouvelles offres. « Cela a commencé par une journée de ‘brainstorming’ au Futuroscope de Poitiers, se souvient Martine Carlu. Une quarantaine de personnes issues de métiers et de directions différents ont réfléchi sur le thème de la santé : techniciens d’assistance sur les plateaux, médecins, et même un membre du directoire étaient présents. » Mélange des points de vue et assouplissement des barrières hiérarchiques s’avèrent propices à la créativité. « Nous apportons un peu d’oxygène pour faciliter l’expression des idées et pour libérer la parole, sans que les liens de subordination viennent la contrarier », explique Benoît Lassara, directeur général d’Altenor. Et Olivier le Grand, responsable de BNP Paribas Personal Investors, complète : « Nous essayons d’organiser les choses, mais sans que cela devienne une contrainte. Ce n’est pas avec une armée de personnes au garde-à-vous que l’on peut innover. » « Dans mon entreprise, la hiérarchie est relativement plate et les idées sont encouragées, confirme Nicolas Blaizot, collaborateur de Cortal Consors, filiale de BNP Paribas. Lors des réunions de ‘brainstorming’, il n’y en a pas de mauvaises. Cet état d’esprit permet d’exprimer ses idées en confiance. » Son projet baptisé « L’Or en ligne » a remporté le Prix de l’innovation 2009 du Forum de l’investissement. L’idée de dématérialiser les achats d’or lui était venue quelques années auparavant en discutant avec le responsable d’une société de gestion. Pour Olivier Le Grand, « la finance n’est pas séparée du monde. Nous encourageons nos collaborateurs à s’intéresser à ce qui, à première vue, ne nous ‘intéresse’ pas ». C’est ainsi que Cortal Consors organise des rencontres avec des entreprises évoluant dans d’autres domaines que la finance, ou encore des séminaires de réflexion avec des scientifiques et des philosophes. Le projet de Nicolas Blaizot a été récompensé par le groupe, et à cette occasion, il a pu faire un voyage dans des universités scandinaves spécialisées dans le design des services. « Les innovateurs sont à l’intersection de plusieurs sujets qu’ils parviennent à cristalliser, observe Benoît Lassara. Il faut conjuguer imaginaire et connaissances techniques et juridiques très aiguisées pour qu’une idée soit réalisable. » Pour l’heure, aucune banque n’a encore imité l’exemple d’un Google où les ingénieurs ont carte blanche pour consacrer jusqu’à 20 % de leur temps à des recherches personnelles… « Pour un manager, ce n’est pas forcément évident de pousser des collaborateurs à visiter des salons, à s’ouvrir sur l’extérieur, à consacrer du temps Expérimentation Autre ingrédient stimulant l’inventivité, « la présence de ‘lounges’ ou ‘show-rooms’ est très fréquente dans le monde industriel, en particulier dans le secteur des télécoms », note Isabelle Denervaud, chargée de l’offre à destination des fonctions innovation et R&D du cabinet de conseil BearingPoint. Du fait de l’accélération technologique des dernières années, cette logique se propage dans les établissements financiers. Preuve en est, le tout nouveau TechnoLab du Crédit Agricole, lieu d’échanges et de démonstration technologique réservé aux collaborateurs de l’entreprise. Pour Emmanuel Papadacci-Stephanopoli, responsable de l’innovation à la Fédération nationale du Crédit Agricole, « le TechnoLab est un levier puissant de créativité et de motivation ». Marc Blanvillain, responsable du laboratoire, ajoute : « 92 % des visiteurs ont estimé que leur visite avait été utile d’un point de vue professionnel. Plusieurs cadres de direction sont revenus faire découvrir le laboratoire à leurs équipes. Les visites sont programmées jusqu’à l’année prochaine. » Le TechnoLab a également vocation à tester les nouvelles idées, à l’instar d’un incubateur. De son côté, Société Générale a également créé un laboratoire, « Lab by Société Générale », destiné à détecter et expérimenter les innovations de rupture. « Ingénieurs et spécialistes du marketing bancaire se consacrent à monter des projets pilotes et des partenariats avec des centres de recherche ou des PME innovantes », explique Richard Hababou, directeur de l’innovation du groupe. Reste que pour les grands établissements, le prochain défi en termes de ressources humaines sera d’accueillir des profils plus diversifiés : « Pour faire varier les points de vue, ils devront faire appel à des anthropologues, designers, sociologues… », estime Isabelle Denervaud. Or, pour l’heure, « banques et assurances sont des entreprises très normées. Elles devront accueillir des profils capables de bousculer leurs dispositifs », pense aussi Pascal Gustin. |
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