C'est fini. L'édition 2011 du festival interactif SXSW s'achève. Cinq jours d'incroyables conférences, rencontres, échanges autour de ceux qui font les médias numériques de demain à Austin, au Texas. J'ai tenté de rendre compte au fil de l'eau des conférences auxquelles j'ai assisté ici. Voici, en guise de synthèse, les grandes idées et tendances à retenir de SXSW'11.
Faites vos jeux. Après dix ans de social et de Web communautaire, nous entrons dans la décennie de la gamification, a affirmé Seth Priebatsch, fondateur de SCVNGR, lors de sa présentation samedi. L'idée : on utilise les mécaniques de jeu pour inciter les gens à agir. « Il s'agit de jouer sur la motivation individuelle des gens. Le jeu a la possibilité d'avoir dix fois plus d'influence que la dimension communautaire car elle joue sur nos motivations personnelles », a-t-il expliqué. C'est le sablier sur les offres Groupon qui vous incite à agir vite, un changement des règles du jeu à Princeton pour réduire la triche en examen, Foursquare qui inverse le principe de propriété exclusive du Monopoly pour en faire un principe de propriété inclusive ou encore le principe de niveaux débloqués par la fidélité sur une carte American Express ou les promotions offertes par LevelUp de SCVNGR.
Pour Heather Hollis, directrice artistique de l'éditeur de jeux vidéos Electronic Arts, cette approche va se transposer aux médias en ligne : « je pense que l'avenir est dans le jeu, les mécaniques de jeu. Dans un an, l'abonnement sera dépassé, a-t-elle indiqué dans une table ronde sur les péages des sites d'info. La question aujourd'hui est d'amener les gens à payer. Dans le modèle du free-to-play, on joue gratuitement et on a des incitations à payer pour progresser dans le jeu. ». Elle suggère aussi de transposer les points de loyauté et les mécaniques de récompense dans la consommation de contenus traditionnels.
Donner plus pour gagner plus. C'est la théorie au coeur de l'entreprise de Blake Mycoskie, fondateur de TOM'S Shoes, qui offre une paire de chaussures à des enfants défavorisés pour chaque paire de chaussure achetée. Depuis septembre 2010, 1 million de paires ont été distribuées. Il explique : « Donner est une très bonne stratégie économique. Quand vous intégrez le don dans votre activité, vos clients deviennent vos annonceurs. Vous aurez plus de facilité à recruter et retenir les talents car les gens veulent être partie prenante de quelque qui les dépasse. Quand les gens commencent à donner ensemble, ils oublient tout le stress et les petits problèmes, car ils oublient leurs propres problèmes pour s'intéresser à autrui. Et vous attirez les meilleurs partenaires. » Et c'est bon pour le business, assure-t-il.
Même son de cloche pour le blogueur, oenologue et auteur Gary Vaynerchuck, qui recommande aux marques, médias, gens de « penser à donner d'abord ». « Tout le monde dans le social marketing aujourd'hui se comporte comme un mec de 19 ans : il essaie de conclure trop vite. Il faut un peu de patience. Tout le monde ici paye trop cher pour quelque chose et le sait. Pourquoi ? Pour la relation. Les éléments humains comptent, ils compteront plus que jamais. »
Jouer sur le relationnel a réussi à Ben Relles, responsable de la programmation de Next New Network et créateur des vidéos virales Obama Girl sur YouTube « Il faut créer des amitiés en ligne » en s'adressant à son audience comme à ses amis, en l'écoutant et en lui offrant de quoi être fière, a-t-il expliqué.
Pourquoi donne-t-on ? Parce qu'on rend l'autre redevable, a souligné Guy Kawasaki dans son discours sur « l'art de l'enchantement ». Sa recette, pour prendre ce virage radical : « il faut penser comme un pâtissier, pas un mangeur : je peux faire un autre et plus grand gâteau, et pas je veux avoir la plus grande part du gâteau. »
La logique est au coeur de systèmes de promotions comme Groupon, LivingSocial et consorts. « En général l'offre initiale est à l'équilibre, mais c'est la fidélisation qui rendra l'offre profitable», soulignait Jim Moran, pendant une conférence sur les promos quotidiennes.
Pour Tero Ojanpero, vice-président chez Nokia, le don est facile car on a déjà acquis quelque chose. « J'aime la notion de donner en retour. Si vous donnez quelque chose, vous recevez quelque chose en retour. C'est ce que nous avons avec les cartes de navigation, où on collecte de la donnée d'info trafic que nous redonnons aux utilisateurs de Nokia Maps. »
La Web-réalité. La télé-réalité a voulu mettre des « vrais gens » dans le petit écran. Le Web est en train de ramener le monde réel dans nos pérégrinations virtuelles.
Cette année, la start-up révélée par SXSW, essentiellement par l'usage que les festivaliers en ont fait pendant l'événement, était ainsi GroupMe. Sa promesse est éloquente : « your real life network » ou comment remettre du réel et du privé dans des réseaux de contacts protéiformes. L'application de coordination permet d'envoyer des messages privés à des groupes de contacts par exemple pour organiser un rendez-vous simplement.
Dans le volet « futur du journalisme » de la conférence, Monika Bauerlein, du magazine Mother Jones, racontait comment une de ses journalistes a fait son reportage de la marée noire BP en temps réel sur Twitter. « Mieux, des gens lui renvoient des informations, des propositions pour rencontrer un pilote qui l'emmèrai survoler la marée noire etc.». Reportage en ligne ou reportage de terrain ? Qu'importe.
Les services de géolocalisation mobile comme Foursquare ou Gowalla sont évidement au coeur de cette Web-réalité. « Nous travaillons sur des outils qui font la passerelle entre ce qu'on fait en ligne et hors ligne, a résumé Dennis Crowley, cofondateur de Foursquare. Par exemple en cliquant sur les trucs qu'on veut faire, et cela crée une alerte la prochaine fois que vous passez dans une ville ou près du lieu qui le propose. »
Dernière pierre de cet édifice en pleine construction : les sites de promotions, comme Groupon, LivingSocial ou l'offre DailyCandy Deals, de la newslettter éponyme. « Nous cherchons à créer et promouvoir des super expériences pour nos utilisateurs, pas juste de leur offrir une promotion. Nous voulons que vous sortiez, avec vos amis, essayer un nouveau truc. On dit aux marchands : ces clients ne sont pas des chasseurs de coupons, ce sont de vrais consommateurs que vous pourrez fidéliser », a expliqué Tricia Han de DailyCandy.
Pour Dennis Crowley, ces deux approches sont complémentaires : « Les sites de deals visent les mêmes commerces que nous mais d'une autre perspective : Groupon est très concentré sur les nouveaux clients » quand Foursquare capitalise plutôt sur la loyauté des consommateurs acquis.
En s'ancrant davantage dans notre quotidien, ces services vont sans doute générer plus d'interactions de la part de l'utilisateur. Et avec elles, plus de données précieuses.
La donnée est le nouveau pétrodollar. Et l'argent c'est le pouvoir, donc celui qui a les données a le pouvoir. C'est le sens de la version 3.0 de Foursquare, largement promue par Dennis Crowley et Naveen Selvadurai pendant ce SXSW. « Quand nous avons commencé Foursquare en 2009, on devait créer tout le système de base de
données de zéro », rappelle Dennis Crowley. En nouant des partenariats avec des journaux comme le New York Times, Foursquare étoffe sa base de donnée de lieux et d'informations suggérées par les tiers. «L'idée n'est pas de siphonner des données mais d'harmoniser les contenus. Nous voulons réunir les données pour les rendre accessibles à d'autres », souligne le roi du check-in.

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