phénomène de pathologie professionnelle, corollaire du stress, avec un vocable anglais désormais bien connu, le « burnout ». Littéralement, ce terme anglo-saxon signifie « brûler, se consumer de l’intérieur » et ce jusqu’à épuisement de tout

Dossier du mois : Quand le burnout vide le travail de son sens

                                                                                                
Partie 1 : La mécanique infernale du burnout

Depuis au moins une décennie, la presse a sensibilisé le grand public à un phénomène de pathologie professionnelle, corollaire du stress, avec un vocable anglais désormais bien connu, le « burnout ». Littéralement, ce terme anglo-saxon signifie « brûler, se consumer de l’intérieur » et ce jusqu'à épuisement de toute énergie. Il est également connu sous son acception japonaise, le « karoshi » qui signifie « mort par la fatigue au travail ». En France, les spécialistes parlent plutôt de « syndrome d'épuisement professionnel ». Voyons quelle en est sa mécanique pour mieux l’identifier.

Loretta Bradley, psychologue américaine, est la première en 1969 à nommer ce syndrome sous le vocable de « burnout ». Il est défini et décrit pour la première fois par le psychiatre Herbert Freudenberger en 1974, comme un état d’épuisement ou de fatigue chronique dans lequel se trouve un individu, très investi professionnellement et émotionnellement. Cet état est lié à la perte d’implication de l’individu pour son travail qui n'a pas produit les résultats désirés, malgré ses efforts. Cette perte d’implication est d’autant plus forte que l’individu a été très investi dans son travail. L’épuisement est tel que l’individu ne semble plus avoir aucune réserve physique pour faire face à son quotidien professionnel. Ce syndrome touche particulièrement les individus qui s’investissent beaucoup dans leur travail et qui parallèlement en attendent beaucoup.

Cette première approche du psychiatre Herbert Freudenberger est complétée par les psychologues américaines Christina Maslach et Susan Jackson qui mettent en exergue l’aspect tridimensionnel du syndrome ; elles définissent le burnout comme « un syndrome d'épuisement émotionnel, de dépersonnalisation et de réduction de l'accomplissement personnel qui apparaît chez les individus impliqués professionnellement auprès d'autrui ». L’encadré ci-dessous précise quelles sont ces trois dimensions, schématisées par la figure qui suit et qui permet d’en mieux comprendre ses ressorts.

Comme l’illustre le schéma ci-dessous, l’approche de Christina Maslach et Susan Jackson montre que les stresseurs professionnels affectent l’individu, soit progressivement soit rapidement. La différence jouant sur l’intensité et la fréquence des stresseurs et la sensibilité personnelle des individus. Progressivement : les stresseurs « s’attaquent » à l'individu en accroissant son épuisement émotionnel puis en entraînant de ses relations la dépersonnalisation et enfin en réduisant son accomplissement personnel. Rapidement : les stresseurs affectent directement l’individu en réduisant drastiquement son accomplissement personnel : l’individu perd pied en quelques mois, voire en quelques semaines.

L’approche tridimensionnelle de Christina Maslach et Susan Jackson a été complétée par celle d’autres psychologues ; Nous nous focalisons ici sur celle d’Ayala Pines qui nous parait l’une des plus éclairantes du point de vue de la question du sens du travail.

Ayala Pines s’attache à développer l’aspect existentiel que peut représenter le travail pour nombre d'individus qui en font une quête personnelle de réalisation de soi. Si cette quête échoue, le burnout survient. Ayala Pines argumente de la façon suivante : « Pour être ‘consumé’, il faut d'abord avoir été enflammé. La surcharge de travail, les contraintes administratives, la résistance des clients, n'engendrent pas du syndrome d'épuisement professionnel simplement parce qu'il entravent l'utilisation des compétences, mais pour une raison plus profonde : l'impossibilité d'utiliser ses compétences prive l'individu de la signification qu'il recherche dans son travail. ».

L’approche d’Ayala Pines cherche à dépasser les définitions traditionnelles du burnout qui n’en font qu’un état d'épuisement émotionnel ou qui ne présentent que l'état final d'un processus de désillusion succédant à un état initial d'implication élevé. Selon elle, ces aspirations existentielles peuvent être considérées comme universelles, car elles sont partagées par la plupart de ceux qui entrent et évoluent dans la vie professionnelle. Ces aspirations alimentent l’image de soi et l’estime de soi : être apprécié pour ce que l’on fait, avoir une influence significative dans l’organisation du travail ou pour autrui, etc. Le plus souvent, ces aspirations ne se réalisent que si l’environnement de travail leur est propice.

En effet, ces aspirations sont dépendantes de variables organisationnelles : bénéficier d'une autonomie suffisante, trouver du soutien social auprès de ses collègues, avoir des activités diversifiés ou non répétitives dans son poste, participer aux prises de décision de l’entreprise. Autant de facteurs de bien-être et d’épanouissement quand l’organisation du travail les favorise, autant de stresseurs quand l’organisation du travail ne les favorise pas. Lorsque l'individu se confronte à un environnement organisationnel et à des conditions de travail défavorables – une surcharge de travail quantitative et qualitative, des pressions bureaucratiques, des exigences contradictoires… elles ne lui permettent pas de réaliser ses aspirations existentielles. Cette impossibilité à réaliser ces aspirations entraîne l’individu vers le syndrome d'épuisement professionnel. Mais ce n'est pas l’impossibilité à se réaliser sur le plan existentiel en tant que tel qui provoque le syndrome d'épuisement professionnel mais plutôt le sentiment, la croyance que quels que soient ses efforts, l’individu ne pourra jamais avoir un impact significatif sur son destin, sur sa quête existentielle, dans l’organisation qui l’emploie.

Pierre-Eric SUTTER

 

 

source http://blog.mars-lab.com/Dossiers/2011/mai11burnoutvolet1.php

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