Le fact checking, un symptôme entre perte de confiance et paranoïa

Shutterstock/Winui
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 Démêler le vrai du faux, déconstruire les pièges de
la communication politique, identifier la source d’une actualité… Jamais
l’obsession de la transparence dans la circulation d’une information
n’a autant marqué les médias, parfois bernés par les usurpateurs
patentés et les adeptes du “fake”. Comme si leur notoriété dépendait du
contrôle qu’ils effectuent sur eux-mêmes et sur la parole de ceux qu’ils
accueillent. Dans la foulée d’une tendance forte sur le net – le “fact
checking” -, les télés et radios se mettent au parfum de cet air de la
vérification en créant des rubriques ad hoc.

Tous les jours, Laurent Guimier se prête à l’exercice du Vrai/faux de
l’info sur Europe 1, à 8 h 15, à l’instar de Gérald Roux et de Gilles
Halais dans Le Vrai du faux sur France Info, à 5 h 50, 7 h 20 et 12 h 25, ou comme Cédric Mathiot, Sarah Bosquet et Catherine Petillon dans l’excellent Désintox, rubrique du journal Libération qu’ils déclinent sur Arte dans l’émission 28 minutes

La rigueur supposée des journalistes ne suffit plus, comme s’est
évaporée la confiance dans la parole des professionnels de la politique
ou des affaires : les mots, soumis aux règles du régime médiatique, ne
valent plus rien en dehors de processus de validation permanents. Si
l’on peut considérer ce nouveau règne du fact checking comme une
résistance du journalisme vertueux, il traduit aussi un trait de notre
époque : la perte de confiance, comme un nouveau mal du XXIe siècle, tel
que l’analysait la philosophe Michela Marzano dans Le Contrat de défiance
(Grasset, 2010). Le sentiment d’être abusé par tout ce qui nous
entoure, le fait de ne croire plus rien ni personne, sont le signe d’une
fébrilité généralisée dont les médias, en entretenant une paranoïa
constante, restent les porte-voix (et porte-flingues) privilégiés.

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