Il y a 20 ans naissait le web libre et ouvert

 

 

D’après la photo de anemoneprojectors, CC BY SA

 

Il y a 20 ans, le 30 avril 1993, sonnait l’heure de l’ouverture du web au grand public. Et même si c’est un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, c’est surement l’invention qui a le plus influencée leurs usages d’Internet. Comment ça, Internet n’a que 20 ans ? Mais non ! On ne parle pas d’Internet, mais bien du web, et en particulier du premier « site web ». Une page blanche, avec du texte noir, et des liens tout bleus pour passer d’une page à l’autre. Magie !

Mais tout d’abord, quelques précisions techniques. La naissance de ce qu’on appelle Internet remonte à 1972 : sous le nom d’« Arpanet » à l’époque, le projet — militaire — permettait à des ordinateurs distants de communiquer entre eux. Mais la notion de sites n’est apparue que bien plus tard. Leur invention a été particulièrement cruciale, car elles permettent au grand public de consulter des informations sous forme de « pages » grâce à un logiciel appelé « navigateur ». Cette page web est un fichier multimédia, qui peut afficher plusieurs sortes de contenus : texte, images, symboles, et même des liens hypertextes qui relient les pages entre elles. D’où la métaphore de la toile d’araignée, qui se dit web en anglais.

Finalement, le web, c’est une façon d’utiliser le réseau Internet. Et il en existe plein d’autres ! Chacune utilise son propre protocole numérique pour transmettre les données : quand le web s’approprie le protocole HTTP pour afficher des pages, les e-mails s’envoient par protocoles POP, SMTP ou IMAP, le transfert de fichiers sur des serveurs se fait par FTP, et certains téléchargements plus ou moins légaux utilisent le P2P (peer-to-peer, ou échange de poste à poste).

 

Premier navigateur www où les pages se superposaient. Photo Wikipédia

 

Le web, donc, est né à Genève en Suisse — scoop : il y aurait même un compte ! — au Cern, Centre Européen pour la Recherche Nucléaire. Au départ dans le domaine privé, le réseau est utilisé par des chercheurs pour pour échanger des fichiers via le protocole FTP (File Transfer Protocol) et des informations avec des collègues du monde entier.

En 1989, l’informaticien britannique Tim Berners-Lee et son collègue Robert Cailliau cherchent à intégrer des liens hypertextes dans leurs échanges de documents. Autrement dit, des mots cliquables censés donner accès à la documentation du CERN. Dans un document, les deux confrères exposent leur système de « gestion décentralisée de l’information » qui en réalité la base de la toile mondiale. En se basant sur le protocole HTTP (Hypertext transfert protocol) les deux chercheurs déclenchent les balbutiements du World Wide Web. A l’époque, ce document a été annoté de « Vague, mais prometteur » par l’un des supérieurs des deux scientifiques.

 

La proposition de Tim Berners-Lee en mars 1989 – Photo CERN

 

Interrogé à ce sujet par le World Wide Web Consortium, Tim Berners-Lee ne se dit pas à l’origine du web. A la question « avez-vous inventé Internet ? », il répond modestement : « Je n’ai fait que prendre le principe d’hypertexte et le relier au principe du TCP et du DNS et alors – boum ! – ce fut le World Wide Web ! ».

Mais comment booster un projet auquel n’accède qu’une poignée de scientifiques ? En 1993, le CERN décide de libérer l’accès à ce réseau pour encourager son usage. Un document de deux pages explique comment naviguer gratuitement sur le web et fournit les outils nécessaires : « _ Les logiciels suivants sont placés dans le domaine public par le CERN :
- Un client 3W basique
- Un serveur 3W basique
- Une bibliothèque 3W de code courant.

L’intention du CERN est de permettre la compatibilité, les pratiques communes et les standards du réseau et de la collaboration par ordinateurs. […] Le CERN renonce à tous ses droits de propriété intellectuelle sur le code source et accorde la permission à quiconque de l’utiliser, dupliquer, modifier et redistribuer. »

Ce qui n’est pas sans rappeler les quatre « libertés essentielles » qui définissent, toujours aujourd’hui, les logiciels dits libres : la liberté d’exécuter le programme, la liberté d’étudier son fonctionnement et de le modifier, la liberté de redistribuer des copies, et la liberté de distribuer des copies de vos versions modifiées.

Ces valeurs de partage et de collaboration sont à la racine du réseau web, et ont constitué un socle fondamental pour l’innovation, le développement et le bon fonctionnement du réseau. Les intérêts commerciaux et les licences propriétaires qui contraignent la circulation des logiciels et des technologies, prévalant sur le web d’aujourd’hui, sont bien éloignés de l’état d’esprit de l’époque.

 

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http://www.ecrans.fr/Il-y-a-20-ans-naissait-le-web,16328.html?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter

par Camille Gévaudan, Klervi Drouglazet

 

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