Les logiciels qui permettent de bloquer les publicités en ligne se font de plus en plus puissants et forcent les annonceurs à trouver de nouvelles formes pour faire passer leurs messages.

Surfer sur Internet comme dans les années 1990, c’est le rêve de Charles Butkus et Chad Russell. “Il n’y avait que des pages, du texte et des photos. Et c’est tout !”, résume ce dernier sur CNN. Ces deux jeunes Américains ont inventé l’an dernier une nouvelle manière de bloquer toutes les publicités en ligne sur plusieurs appareils à la fois. Leur technique ? Brancher un boîtier directement sur le modem d’une Box Internet, afin d’empêcher toute forme de pub sur n’importe quel appareil qui se connecte à son Wifi. En somme, plus aucune pub sur les ordinateurs, tablettes et téléphones portables (connectés sur ce réseau. En synchronisant les téléphones portables avec ce boîtier qu’ils ont nommé “AdTrap” (“piégeur de pubs”), les publicités y sont même bloquées à l’extérieur du domicile de son propriétaire, grâce à la 3G.

Une petite révolution au pays des “AdBlockers”, ces applications ou logiciels qui, jusque ici, ne pouvaient retenir les publicités que sur un seul appareil à la fois, ou sur un seul navigateur. Pour lancer leur projet, Butkus et Russell ont demandé de l’aide aux internautes en lançant une opération de crowdfunding. Ils espéraient recueillir 150 000 dollars en un mois pour construire leur produit, ils ont finalement largement dépassé cet objectif avec 213 000 dollars, récoltés fin 2012. Et depuis le mois d’août, n’importe qui peut acheter le fameux boitier (pour 139 dollars, soit 102 euros) et supprimer toute publicité de ses appareils connectés.

“Un manque à gagner certain”

Mais le projet, plébiscité par les internautes, ne fait pas que des heureux. Si tout le monde installait cet AdBlocker, plus personne ne cliquerait sur les contenus publicitaires, et les sites financés partiellement ou totalement par la pub ne récolteraient plus assez d’argent pour survivre.

C’est un manque à gagner certain”, explique Emmanuel Parody, éditeur à CBS Interractive France, et membre du conseil d’administration du Groupement des éditeurs de services en ligne (GESTE), une association qui compte parmi ses membres les plus grands groupes de presse français. “Le discours des AdBlockers, c’est que la publicité est nuisible. Notre enjeu, c’est qu’elle soit acceptée.” Une précision qui prend son sens à l’heure où certains producteurs de contenus en ligne proposés gratuitement ne sont rémunérés que par les revenus publicitaires.

Évidemment, si tout le monde utilise un AdBlocker, beaucoup n’auront plus d’emploi sur le Web”, souligne quant à lui Matthieu Stefani, fondateur du site Citizenside.com et aujourd’hui à la tête de l’entreprise de conseilStefani&Co qui se concentre sur l’innovation à l’ère du numérique. “Les médias, les journalistes, les artistes pourraient continuer à produire des contenus en ligne, mais ils devraient le faire gratuitement, en se faisant de l’argent d’une autre manière, à côté.

Changer la forme des publicités en ligne

Ce spécialiste du numérique se veut toutefois optimiste. “Ce n’est pas quelque chose qui arrivera un jour en France”, insiste-t-il. Pour lui, les utilisateurs des AdBlockers sont encore minoritaires. “Le grand public n’est pas si malheureux que ça, avec les publicités. Mais le succès du crowdfunding de AdTrap et ses 213.000$ engrangés montre une tendance, qu’il faut savoir écouter.” Pour plaire à ces voix qui s’élèvent contre la publicité en ligne, les publicitaires sont forcés de se renouveler, et de trouver des manières alternatives de faire passer leur message.

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http://www.lesinrocks.com/2013/10/08/actualite/peut-on-imaginer-un-internet-sans-pub-11433777/

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