Femmes entrepreneures, des hommes (pas) comme les autres. Le frein culturel et l’autocensure, plus puissants que les dispositifs qui leur sont dédiés. Pour l’instant

 

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source : http://www.lenouveleconomiste.fr/lesdossiers/femmes-entrepreneures-des-hommes-pas-comme-les-autres-19830/

À l’heure où égalité et parité sont presque devenues des arguments marketing, le bilan de l’intégration des femmes dans la sphère économique est nuancé : si le nombre de chefs d’entreprise femmes a considérablement augmenté ces dernières années, leur part dans l’ensemble des créateurs a peu progressé. La faute à un plafond de verre culturel, alors même que les femmes auraient plus de facilités administratives et de talents managériaux que les hommes pour se lancer. Premières étapes pour lutter contre le fléau : apprendre à prendre confiance, et intégrer un réseau.

Les femmes résisteraient bien mieux à la crise que la gent masculine. En témoignent ces quelques chiffres, issus de l’Observatoire Skema de la féminisation des entreprises : entre 2007 et 2012, les dix entreprises du CAC 40 dont le top management comprend le taux de féminisation le plus important (plus de 35%, BNP Paribas, Kering ou encore Accor), n’ont perdu en Bourse que 5,28 %, contre 34,70 % pour l’ensemble des entreprises du CAC40. Mieux : sur l’année 2012, les performances de ces mêmes entreprises sont deux fois plus importantes, avec un gain de 31,4 %, contre 15,2 % pour l’ensemble du CAC 40…

Des qualités indéniables. Pourtant en 20 ans, le pourcentage de femmes entrepreneures a peu évolué, passant de 27 % à 30 %, d’après le baromètre des femmes entrepreneures réalisé en octobre 2012 par le CSA et la Caisse d’Épargne. D’après le site du ministère du Redressement productif, on estime aujourd’hui à 820 000 le nombre d’entreprises de moins de 10 salariés dirigées par des femmes, sans compter les quelque 295 000 auto-entrepreneures. En 2011, moins de 3 % d’entre elles, âgées de 18 à 64 ans, ont monté leur entreprise ou étaient propriétaires d’une entreprise récemment créée, contre 4,5 % en Allemagne, 5,2 % au Royaume-Uni, et plus de 10 % aux États-Unis. On peut dresser un rapide portrait des créatrices d’entreprises : elles ont en moyenne 48 ans – donc leurs enfants sont déjà grands –, elles sont davantage présentes dans le secteur des services, et sont également plus diplômées que leurs homologues masculins. Elles gèrent des entités plus modestes en termes de nombre de salariés et de chiffre d’affaires, et déclarent travailler en moyenne 50 heures par semaine, soit moins que les hommes chefs d’entreprise.

Nature et culture, le plafond de verre
Alors que le gouvernement Ayrault s’est efforcé d’appliquer à la lettre la parité dans ses rangs, l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes reste encore largement à construire, et le monde de l’entrepreneuriat n’échappe pas à ce constat. Et Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, d’en faire son cheval de bataille. “Les femmes sont de plus en plus nombreuses à vouloir entreprendre. C’est une attente légitime mais qui se heurte encore trop souvent à des stéréotypes et des préjugés, à la difficulté de trouver un équilibre de vie, et parfois à des résistances de la part de ceux qui sont tentés de faire plus confiance aux hommes. Mon rôle est de permettre que les femmes puissent porter leurs projets, trouver des soutiens et contribuer à la compétitivité et à la croissance dans notre pays”, déclarait-elle notamment à l’occasion de la sortie du baromètre Caisse d’Épargne. La ministre a fait le vœu d’obtenir l’égalité parfaite en matière de création d’entreprises. Las, les habitudes ont vraiment la peau dure et les créations d’entreprises sont encore largement influencées par la représentation des rôles que la société attribue aux hommes, et à plus forte raison, aux femmes.

Question de culture. Car depuis que le monde est monde, les femmes sont cantonnées à un rôle bien précis : celui de mère et d’épouse aimante. D’être humain ayant peu voix au chapitre en dehors du foyer familial. Certes, la condition féminine a radicalement évolué, mais les freins à l’évolution des femmes au sein de la société sont encore bel et bien présents.

“Les femmes sont généralement très douées, mais elles sont très vite rattrapées par leur vie… de femmes !, explique Cécile Barry, présidente de l’association Action’Elles. Nous devons, en tant que femmes, gérer au mieux toutes nos vies : celle d’épouse, celle de mère, celle de travailleuse. Un homme, lui, ne se pose pas autant de questions. Les femmes sont dans l’émotion. Lorsqu’elles créent une entreprise, elles créent leur bébé. Un homme crée quant à lui un outil de travail destiné à lui rapporter de l’argent.” De fait, d’après le baromètre Caisse d’Épargne, une entreprise masculine réalise un chiffre d’affaires moyen de 150 000 euros annuels, contre 71 000 euros pour une femme. Par voie de conséquence, sur quelque 30 % d’entreprises créées chaque année par une femme, environ 3 % seulement se développent à l’international. Manque édifiant de confiance en soi : 23 % des femmes créant une entreprise ont peur d’échouer, de ne pas être à la hauteur, contre seulement 15 % des hommes.

Las ! ce qui peut passer pour de la douceur au quotidien peut vite devenir une faiblesse dans le monde un brin cruel de l’entrepreneuriat. “Je me suis rendu compte, en 3 ans de mentoring, que les femmes sont beaucoup plus modestes, elles ont moins de réseau, elles ont moins d’ambitions de développement, parce qu’elles sont plus raisonnables et cela aussi, c’est culturel. Du coup, elles ont tendance à penser petit alors qu’un homme se prendra pour Apple avant même d’avoir lancé sa société. En revanche, ces caractéristiques féminines se transforment en de véritables qualités, notamment managériales, lorsque ces femmes sont aidées et comprennent qu’elles sont réellement entrepreneures”, explique Martine Liautaud, présidente de Women Business Mentoring Initiative (WBMI).

Leurs faiblesses ? une force
Seule manière d’aiguillonner ce manque de confiance : l’accompagnement, tant au niveau des démarches intrinsèques à la création et à la gestion d’entreprise, qu’en termes de développement personnel. C’est à ce niveau qu’interviennent des groupes de mentoring comme WBMI. “Pour rester dans le trend, il faut passer cette étape des trois ans, explique Martine Liautaud. Nos mentors, tous anciens de l’Université de Stanford, sont des bénévoles qui viennent en aide aux femmes en matière de négociations d’affaires, de négociations de contrats à l’étranger, de développement à l’international, de management. Briser la solitude de l’entrepreneure, c’est lui permettre aussi de se rendre compte, véritablement, de son statut. Une personne mentorée m’a par exemple dit un jour : ‘ Grâce à toi, je sais que je suis un entrepreneur !’ ”. Car la particularité d’un groupe comme WBMI, unique en ce sens qu’il ne s’adresse qu’aux femmes, est de proposer de l’accompagnement “haute couture” en répondant aux problématiques stratégiques des entreprises qui sont suivies. D’ailleurs, n’est pas mentorée qui veut. Les femmes à la tête d’une entreprise de plus de trois ans doivent se montrer sacrément déterminées et avoir une véritable stratégie de développement pour espérer obtenir un accompagnement sur-mesure par des experts mentors. Aussi le réseau WBMI ne traite-t-il bénévolement qu’une dizaine de dossiers par an, favorisant la qualité de la démarche plutôt que la quantité.

*Du 1er au 3 octobre à Paris, 2 000 exposants

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