Génération Y. Égoïstes, autocentrés, narcissiques…. ou en quête d’épanouissment ?

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Voilà le reproche le plus virulent dès qu’il s’agit de la génération Y. Égoïstes, autocentrés ou narcissiques, l’idée sous-jacente est toujours la même : les Y ne s’intéressent qu’à eux, à leur propre confort et à leur destinée personnelle. Nous n’allons pas le nier : l’Occident du XXIe siècle est individualiste. Et a fortiori ses jeunes. La précarité renforce l’idée qu’individuellement, on peut s’en sortir. Psychologiquement, c’est la seule façon de tenir : acter que ça va être galère mais qu’on va y arriver quand même ». C’est un fait, le contexte politique, économique et sociétal a rendu tout le monde individualiste. Les Y n’échappent pas à la règle. Inutile de nier l’évidence. « On ne connaît même pas nos voisins. On cherche sur Internet un professeur d’anglais et on se rend compte que notre voisin en est un », résume Aurélie Duthoit, 32 ans, cofondatrice de l’entreprise de microcrédit Babyloan, et aujourd’hui consultante en économie collaborative. Et d’ajouter : « Quand c’est la merde, on pense d’abord à la façon dont on va s’en sortir soi, à la façon dont on va payer ses factures et, forcément, on pense moins collectif. » Mais ne confondons pas individualisme et égoïsme.

La mythologie qui présente les Y comme des geeks autistes scotchés à leur écran de smartphone est à côté de la plaque. Du moins en partie. Bien sûr on « chatte », on « like », on « tweete ». On s’envoie SMS, e-mails, BBM (BlackBerry Messenger, service gratuit de messagerie instantanée). On se « tague », on se « follow », on se « poke ». Mais finalement tout se résume à un désir universel et intemporel caractéristique de la jeunesse : faire des rencontres, amicales ou amoureuses. Internet a changé la forme mais pas le fond. « Oui, il y a un certain narcissisme à multiplier les photos de profil sur Facebook et à se mettre constamment en scène, admet Vincent Glad, 29 ans, journaliste spécialiste des nouvelles technologies. Mais sur les réseaux sociaux, si on montre de soi, c’est avant tout pour communiquer avec les autres. » Qui n’a jamais passé des heures au téléphone, le soir après les cours, à refaire le film de la journée avec ceux qui l’ont vécue à nos côtés ? Dans La Boum, Sophie Marceau s’enfermait dans sa chambre avec le gros téléphone fixe familial. Aujourd’hui elle monopoliserait l’ordinateur du salon toute une soirée pour chater avec ses copines. « Socrate critiquait déjà les jeunes de son époque. Le décalage entre les générations a toujours existé, tempère Julien Bayou, c’est normal que les vieux voient les jeunes comme des individualistes»

Déjouer les obstacles et inventer un nouveau système D via les réseaux sociaux, c’est la solution trouvée par les Y pour contourner un système traditionnel qui ne leur a jamais fait de cadeau. « L’entraide est une vraie valeur chez les jeunes, ce n’est pas une génération égoïste, souligne Najat Vallaud-Belkacem, à présent ministre de l’Éducation nationale, de l’enseignement et de la recherche2. « On n’attend pas forcément de contrepartie, c’est très naturel. On est dans le concret, dans l’urgence, on se file des plans d’apparts, mais on n’est pas dans les grandes idéologies. » Dorénavant, quelques clics suffisent pour se donner un coup de main. La solidarité 2.0 est très facile à mettre en œuvre et bien plus efficace que les méthodes classiques. Que les vieux qui passent leur temps à critiquer la vacuité supposée de Facebook et de Twitter viennent y faire un tour plus souvent pour comprendre l’intérêt de ces espaces, au-delà des échanges superficiels qu’ils leur associent systématiquement. « Beaucoup de jeunes utilisent les forums sur Internet, c’est une nouvelle camaraderie qui s’organise, analyse Laurianne Deniaud3, 32 ans, première adjointe au maire de Saint-Nazaire. La société a changé de forme, on est passé d’une société pyramidale à une société transversale. »4

« Plutôt que de sauver le monde, je tente de créer du lien entre quelques amis de mon entourage proche, je me fixe des objectifs réalisables. Je sais que mes actions ne vont pas révolutionner la planète mais avoir un impact sur dix ou vingt personnes. C’est un bon début. » Un brin idéaliste, mais réaliste et surtout motivée par un profond désir de donner du sens à ses actes, Aurélie Duthoit est caractéristique de la génération Y : en recherchant avant tout sa propre satisfaction, elle mène une action au service des autres.

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