Distincts mais voisins, le collaboratif et l’entrepreneuriat social sont deux univers qui aspirent à changer le monde. Pourtant, ils communiquent relativement peu. “Casser les silos” est une expression en vogue mais cela reste souvent des paroles en l’air. Et si l’on rapprochait ces deux mondes ?
Comment j’ai découvert ces deux univers
Je ne sais plus comment ça a commencé. Probablement en voyageant.
J’ai testé le covoiturage, puis le couchsurfing. Ca m’a plu. En réduisant le coût du transport et en supprimant celui de l’hébergement, voyager devenait très accessible. Et on faisait de belles rencontres ! Economique et agréable : le bon plan parfait.
Puis j’ai financé un projet sur une plateforme de financement participatif et j’ai traduit une vidéo du site TED grâce à un logiciel open source. Sans le savoir, j’étais tombé dans l’univers collaboratif. Je participais à des projets collaboratifs, en tant que consommateur ou voyageur, financeur ou contributeur.
En parallèle, en travaillant chez Sparknews et Ashoka, je me suis passionné pour un sujet voisin du collaboratif : l’entrepreneuriat social. Les entrepreneurs sociaux ressemblent à des entrepreneurs classiques sauf qu’ils portent un projet d’intérêt général. Pour eux, le profit n’est plus une fin mais un moyen pour contribuer à résoudre un problème de société (le chômage, l’accès à la santé, la protection de la biodiversité, etc.). Comment ? En apportant une solution innovante et économiquement viable à ce problème social ou environnemental. Les plus connus sont Muhammad Yunus, le père du microcrédit ou Pierre Rabhi, le père de l’agroécologie en France. Mais il en existe des milliers d’autres, souvent méconnus, qui construisent un futur plus souhaitable.
A force d’en découvrir, j’ai réalisé que beaucoup d’entrepreneurs sociaux avaient un projet fondamentalement collaboratif. Voici deux exemples de projets que vous connaissez probablement mais pas nécessairement pour être des projets d’entrepreneuriat social [pourtant leurs co-fondateurs respectifs sont des entrepreneurs sociaux membres du réseaux Ashoka, NDLR] :
- Grâce à sa communauté mondiale de voyageurs, Couchsurfing cultive la confiance entre purs étrangers. C’est un outil redoutable contre la méfiance et la peur de l’autre. Envie d’accueillir gratuitement un voyageur étranger chez vous ?
- En construisant la plus grande encyclopédie collaborative, Wikipédia veut rendre la totalité du savoir humain accessible à tous. Et tout le monde peut y contribuer, même vous derrière votre écran.
“Je t’aime, moi non plus”
J’étais donc face à deux univers, le collaboratif et l’entrepreneuriat social, qui ont l’ambition de changer le monde. Ni plus ni moins. Deux mondes qui portent une ambition de changement énorme pour notre société ; parfois, se recoupent, souvent, se méconnaissent. Quelles sont les différences entre l’entrepreneuriat social et le collaboratif ? Pourquoi ces mondes ne se parlent-ils pas plus ?
Avec deux amis, Clara et Tanguy, nous avons donc fait une mission de conseil étudiante de quatre mois pour le compte de OuiShare. J’y ai découvert que le collaboratif est un mouvement bien plus identifié et structuré tandis que de nombreux entrepreneurs sociaux en sont sans le savoir, sans même connaître ce concept. Le mouvement collaboratif développe un vrai débat national et international. De plus en plus de représentants du monde académique s’y intéressent. Le collaboratif a le potentiel de redéfinir les règles du jeu de nombreuses industries. Il fait bouger les grandes entreprises en quête de nouveaux modèles économiques et les pouvoirs publics comme la Mairie de Paris avec son budget participatif.
Mais, pour moi, le collaboratif n’est pas une fin en soi, c’est un outil. Un outil qui promeut la participation et l’empowerment, certes, mais un outil tout de même. La question est : au service de quoi ? Il convient de distinguer le collaboratif au service du business (Uber, AirBnb, Amazon Mechanical Turk) et le collaboratif au service de l’intérêt général (Wikipédia, Couchsurfing).
Je ne suis pas un inconditionnel du collaboratif. Je ne suis ni pour ni contre. Mais quand cet outil est mis au service de l’intérêt général, cela donne quelque chose de très intéressant. Si je caricature, le collaboratif est un outil puissant qui peut avoir une force de frappe énorme, là où l’entrepreneuriat social a une finalité incontournable d’intérêt général, l’obsession éthique de résoudre un problème de société. Alors vous imaginez les deux ensemble ?
Quand le collaboratif sert l’intérêt général
Convaincu que des millions de personnes ont envie de se rendre utiles mais ne savent pas par où commencer, j’ai décidé d’écrire un guide intitulé « Changer le monde en 2 heures ». Pour montrer comment chacun peut contribuer à des projets d’intérêt général, facilement, rapidement.
Et devinez sur quel type de projets je suis tombé ? Des projets collaboratifs.
Les projets d’innovation sociale qui réussissent le mieux sont régulièrement des projets collaboratifs. On peut y contribuer en tant qu’internaute (accélérer la recherche contre le cancer grâce à Seintinelles), en tant que voisin (sensibiliser au gaspillage alimentaire en participant à une Disco Soupe) ou en tant que bénévole (résoudre le défi d’un entrepreneur social en deux heures lors d’un atelier MakeSense).
Parfait exemple du mariage entre collaboratif et innovation sociale, le projet Let’s Do It propose de nettoyer notre planète décidément de plus en plus sale. En une journée. Grâce à l’application TrashOut, vous pouvez prendre des photos de déchets dès que vous en voyez en forêt, à la plage ou même près de chez vous. Cela permet de créer une carte des déchets et d’être efficient le jour J du nettoyage. Nettoyer la nature tout seul, personnellement, cela me motive moyennement. Mais l’an dernier, c’étaient deux millions de personnes de plus de 110 pays (sur 197 dans le monde) qui ont nettoyé la planète lors du World Clean-up day. Après tout, c’est quand même plus motivant de changer le monde quand on est des millions, non ?
Et si on arrêtait de changer le monde chacun dans son coin ?
Personne n’a le monopole de cette ambition de changer le monde. Ni le collaboratif, ni l’entrepreneuriat social. A nous de multiplier les passerelles encore trop rares entre tous ces groupes qui aspirent à changer le monde : startupers, élus politiques et intrapreneurs, barbares, burners, hackers et makers. Chacun doit évidemment préserver ses spécificités mais à là croisée de ces mondes se cachent des trésors. J’ai hâte de voir un projet qui réunissent tous ces univers.
Republié avec l'accord de l'auteur : http://magazine.ouishare.net/fr/2015/04/economie-collaborative-et-entrepreneuriat-social-je-taime-moi-non-plus/
Un billet de Pierre Chevelle
Passionné d’innovation social avec des expériences chez Sparknews et Ashoka, il rédige actuellement un guide intitulé Changer le monde en 2 heures, pour tous ceux qui veulent changer le monde mais ne savent pas par où commencer.

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