Une enquête d'opinion publiée en septembre illustre le mal-être des Français. Elle doit tous nous alerter.
On connaissait les Français râleurs, mais les savait-on pessimistes ? À l'occasion des « Trophées du bien-être » décernés lundi 21 septembre, une enquête Ipsos publiée le 17 septembre montre que 47 % des Français estiment « passer à côté de leur vie ».
Pour plus d'un tiers d'entre eux, cela génère « une dévalorisation de soi-même », « le sentiment de ne pas être reconnu à sa juste valeur » (36 %), « de ne pas être bien dans son corps » (35 %) et suscite même « des envies de tout quitter et de changer de vie » (39 %). Ces chiffres sont alarmants et préoccupants.
Histoires de vie
Ces chiffres me rappellent un matin d’hiver vers 8 h 30 sur l’esplanade de la défense. Sortant du parking, je regardais une marée humaine déferler vers l’une des grandes tours surplombant le CNIT. Un sentiment de tristesse m’avait envahi à la vue de ce spectacle gris d’hommes et de femmes qui, tels des robots, allaient sans entrain vers leur bureau de verre passer la journée en attendant le retour 10 heures plus tard. Sans doute, certains d’entre eux étaient heureux d’aller à leur travail, sûrement mon biais perceptuel pouvait amplifier cette impression, dans tous les cas, ça ne respirait pas globalement le bonheur et la légèreté.
On pourrait se dire, leur niveau d’éducation, social… les y obligent, pas d’autres choix ! Le niveau social ou d’éducation n’a rien à voir avec l’affaire.
Ces chiffres me rappellent aussi un dîner avec un grand serviteur de l’Etat à qui tout avait réussi, jusqu’à devenir garde des Sceaux ; je me rappelle cette émotion dans sa voix quand il déclara avec pudeur avoir le sentiment d’être passé à côté de sa vie : « je voulais être vétérinaire, j’aime tant les animaux… la vie en a voulu autrement ! ». L’une de nos grandes peurs est celle de la trahison. Mais la plus grande trahison ne serait-elle pas celle de vivre la vie d’un(e) autre en revêtant et en s’identifiant à un costume qui n’est pas le sien ?
Enfin, ça me rappelle l’histoire – il y a 15 ans – de John S., un écossais qui était participant d’un séminaire « Vocation & Réussite » que j’animais. John venait d’être quitté par IBM qu’il avait servi depuis l’âge de 19 ans. Après une ascension remarquable, il était devenu CFO de l’une des grosses Business Unit. À 50 ans, il voulait créer son entreprise, en avait rêvé depuis toujours… Au moment de finaliser son projet qui lui tenait tant à cœur, il s’effondra en larme disant « j’ai peur, je n’y arriverai pas ». Toute sa vie, il avait cru réussir en gravissant les échelons, et en prenant de grosses responsabilités. Durant ces années, IBM était devenue comme une matrice protectrice, sa carte de visite, son costume. Démuni, il était nu, regardant sa peur, et moi j’étais touché.
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Par Laurent Saussereau, PDG de Yuman


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