
Figure 1 : Comparaison synthétique des différentes approches de l’empowerment
Parmi les traductions les plus répandues en France, on trouve “pouvoir d’agir” et “capacitation” [40]. Les défenseurs de cette dernière traduction renvoient à l’approche d’Amartya Sen, le prix Nobel d’économie, et contributeur essentiel aux indicateurs de développement humain (IDH). Durant les années 80, celui-ci défend le concept de capability, traduit en français par capabilité ou capacité, ou encore liberté substantielle. Il y désigne la liberté effective d’un individu, au-delà d’une liberté formelle, et bien au-delà du simple critère de revenu. La capability recouvre ainsi la possibilité d’orienter son existence, de transformer des ressources sociales dans des activités qui font sens pour l’individu, ce qu’Amartya Sen associe au concept d’agency. Celle-ci désigne la capacité de l’individu à agir et à véhiculer du changement en fonction de ses propres objectifs et finalités, ce qui peut inclure la participation au débat public, à la vie politique… Son approche s’attaque à refondre simultanément le principe d’efficacité économique et la conception de la justice sociale et du bien-être individuel et collectif. C’est cet ancrage premier dans une redéfinition des politiques économiques du développement et du bien-être au profit d’une nouvelle conception de la justice sociale, par opposition à la version libérale “allégée” de l’empowerment qui explique sans doute la préférence de différents auteurs français [41] pour le terme de “capacitation”.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces proximités précoces entre mouvements numériques d’une part et mouvements sociaux et citoyens de l’autre : la concomitance de l’arrivée de ces outils et de l’émergence de nouvelles formes de militantisme qui surgissent en France dans les années 90 est essentielle ; de plus, nombre de ces mouvements sont beaucoup plus auto-organisés, moins hiérarchiques, assez méfiants vis-à-vis des modes délégatifs et trouvent dans les TIC des outils qui répondent à leurs attentes en besoin d’organisation. Enfin c’est une période où dans les mouvements, toutes familles confondues, on voit monter une forme d’expertise ou de contre-expertise citoyenne, qui s’appuie sur des individus qui ont des compétences élevées, et qui s’approprient les outils numériques relativement aisément [15]. Appropriation toutefois limitée à une minorité d’acteurs rapportée à l’importance du mouvement associatif français
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