Approches sociologiques de la déviance : TENAERTS Marie-Noëlle, Sociologue, chargée d’études et d’analyses

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La déviance

La  déviance  est  définie  généralement  comme :  un  com portement  qui  échappe  aux  règles admises par la société. Cette catégorie est  néanmoins abstraite et difficile à utiliser car  elle  ne  permet  pas  de  trouver  un  dénominateur  commun  à  tous  les  comportements  dits  « déviants ». Les typologies varient autant que les  auteurs qui se sont penchés sur le sujet.  Le  déviant  quant  à  lui  désigne  une  personne  dont  le   comportement  s’écarte  de  la  norme  sociale  admise.  L’inverse  de  la  déviance  est  donc  la  normalité  ou  la  recherche  de  conformité  qui  tend  à  unifier  les  conduites 11 .  Cette  définition  présente  de  cette  manière  toutefois  des  limites  qu’il  convient  de  préciser.  E n  effet,  la  déviance  ne  peut  pas  être  isolée  des  effets  de  lieux  et  de  contexte.  Le  principe  de  contingence  historique 12   nous  amène  à  prendre  avec  précaution  ce  concept.  Si  la  déviance  existe,  c’est  qu’elle  se  rapporte  alors  directement à des normes qui désignent elles-mêmes  des principes normatifs. Ainsi, pour qu’il  y  ait  une  situation  de  déviance,  trois  éléments  doi vent être réunis : l’existence d’une norme ;  le  comportement  de  transgression  de  cette  norme  et  le  processus  de  stigmatisation  de  cette  transgression . 

Approches sociologiques de la déviance              

Dans  la  définition  de  la  déviance,  il  nous  parait  important  d’y  inclure  la  réflexion  de  Becker  concernant  l’usage  du  terme.  Selon  ce  dernier,  les  groupes  sociaux  instituent  des  normes et sont considérés comme étrangers, déviants  ceux qui ne respectent pas cette norme.  Becker  y  ajoute  « (…)  mais  l’individu  peut  voir  les   choses  autrement.  Il  se  peut  qu’il  n’accepte  pas  la  norme  selon  laquelle  on  le  juge  ou   qu’il  dénie  à  ceux  qui  le  jugent  la  compétence  ou  la  légitimité  pour  le  faire  (…) » Dans  cette  veine,  on  peut  alors  soulever  le  débat concernant l’universalité des normes édictées  à un moment et à un lieu donné.   Existence d’une norme et de comportements normatifs Les   comportements   déviants   sont   condamnés   par   différentes   normes   sociales,  reconnues  ou  pas  par  le  droit,  partagées  à  des  degr és  divers  dans  les  différents  groupes  sociaux  qui  composent  une  société  à un moment donné . Selon Jean-François Dortier, il est  utile de distinguer les termes en présence : « une  norme se distingue d’une loi en ceci qu’elle  n’est pas codifiée dans un système juridique et ne  fait pas l’objet de sanctions pénales. » On  remarque en effet que la vie sociale est organisée  par des normes. Erving Goffman attire notre  attention,  notamment  dans  son  ouvrage  « Stigmate,  les  usages  sociaux  des  handicaps »   sur  « les innombrables adaptations que nous réalisons p our nous conformer à ce que les personnes  avec lesquelles nous interagissons attendent de nous. » Les normes peuvent être implicites :  Nous  adaptons  constamment  notre  façon  de  parler,  de   nous  habiller,  de  notre  façon  de  nous  comporter  dans  tel  ou  tel  groupe  de  référence.  Elle s  peuvent  également  être  explicites  et  prendre  le  statut  de  « règle » :  Par  exemple  l’existence  des  règlements  d’ordre  intérieur  dans  les  établissements  scolaires,  les  règlements  de  tra vail,  ou  encore  des  normes  familiales  qui  peuvent  différer  de  par  leur  nature  ou  encore  par  l es  sanctions  affligées.  Selon  Laurent  Mucchieli, on aperçoit les normes les plus contraignantes, celles dont l’infraction entraîne une  sanction juridique.   En  outre,  Howard  Becker,  dans  son  ouvrage  « Outsiders »,  apporte  un  complément  dans  l’analyse  « les  différences  dans  la  capacité  d ’établir  les  normes  et  de  les  appliquer  à  d’autres  gens  sont  essentiellement  des  différences  de  pouvoir  (légal  ou  extra-légal).  Les  groupes  les  plus  capables  de  faire  appliquer  leurs  normes  sont  ceux  auxquels  leur  position  sociale  donne  des  armes  et  du pouvoir. Les différences d’âge, de sexe, de classe et d’origine  ethnique sont toutes liées à des différences de pou voir. » Dans nos sociétés contemporaines  occidentales, les institutions principales créatric es de normes sont la famille, l’Ecole et l’Etat. 

Théories actionnistes : choix stratégique des acteurs 

Pour  Maurice  Cusson,  professeur  de  criminologie,  «  pour  comprendre  l’action  d’un  individu,  il  faut  prendre  au  sérieux  les  raisons  que  celui-ci  invoque  pour  justifier  de  son  acte ». Cusson introduit la notion de rationalité chez l’ acteur. Il émet par ailleurs l’hypothèse  selon laquelle « la délinquance doit être vue comme  un choix de vie, car le délinquant adopte  le raisonnement selon lequel violer la loi lui appo rte plus d’avantages que d’inconvénients. » 5 Toujours pour le même auteur, le crime apporte du plaisir à court terme mais à long terme, il  conduit inéluctablement à la prison et/ou à la mort . Le mode de vie du délinquant serait fondé  sur  un  mépris  du  futur  et  à  la prédominance de l’im médiat. L’acte déviant est alors « conçu  comme  le  résultat  d’une  décision  prise  par  des  individus  soucieux  de  maximiser  leur  satisfaction. »

Théories déterministes : la société productrice de  déviance 

Dans  ce  courant  déterministe,  on  notera  notamment  l ’apport  de  Laurent  Mucchieli.  Pour  ce  dernier,  « l’augmentation  actuelle  du  senti ment  d’insécurité  et  de  la  violence  s’explique  par  deux  facteurs  principaux :  d’une  part,  la  crise  économique  et  sociale  (fin  des  Trente  glorieuses,  hausse  du  chômage  et emplois pré caires, particulièrement chez les jeunes)  et  d’autre  part,  le  problème  de  représentation  politique  (les  hommes  politiques  perdraient  toute crédibilité) » expliqueraient l’émergence d’une société violente.  Pour Sébastien Roché,  sociologue,  les  causes  de  la  délinquance  ne  seraien t  pas  uniquement  d’ordre  économique  et  social.  Pour  lui,  « l’augmentation  de  la  délinquance  serait  liée  à  l’essor  du  mode  de  vie  individualiste :  les  solidarités  classiques  étant  m oins  fortes  qu’avant,  chacun  verrait  autrui  comme quelqu’un à utiliser. » Dans cette perspective théorique, la question sous -jacente à ce  débat  est  alors  de  voir  pourquoi  certains  individus   deviennent  déviants  alors  que  d’autres,  dans   des   circonstances   et   dans   des   contextes   identi ques   n’adoptent   pas   les   mêmes  comportements et ne partagent sans doute pas toutes  les mêmes valeurs : par exemple, tous les  chômeurs  qui  vivent  en  banlieue  ne  deviennent  pas  d es  criminels.  Autrement  dit,  dans  des  conditions égales, tous les individus en présence n e vont pas transgresser les normes.   On  retiendra  également  l’apport  de  Robert  K.  Merton   dans  une  approche  de  type  inégalitariste. Pour ce sociologue, les mutations engagées ce siècle dernier tiennent une place  prépondérante dans l’analyse, notamment avec l’avèn ement de l’idéologie individualiste. Pour  Merton, les inégalités sociales tiennent un rôle à  ne pas négliger. D’après Mucchieli, « Merton  serait  le  premier  à  comprendre  l’importance  du  décalage  entre  les  aspirations  à  la  réussite  sociale   qu’encourage   l’idéologie  individualiste  des   sociétés  modernes  et  la  réalité  des approches sociologiques de la déviance  inégalités  sociales  (et  raciales)  qui,  en  réalité,  n’offrent  pas  les  moyens  d’y  parvenir  à  chacun. » cette   idéologie   individualistes   étant   largement   di ffusée   par   la   société  consumériste actuelle.

Approches sociologiques de la déviance  TENAERTS Marie-Noëlle,   Sociologue, chargée d’études et d’analyses

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