Lutter sérieusement contre le réchauffement nécessite un changement politique radical, une autre société. Une société avec plus de régulation, plus de secteur public, plus de bien commun, plus de démocratie.

Naomi Klein croit au "pouvoir révolutionnaire du changement climatique"

Le livre que Naomi Klein a consacré au changement climatique est un événement1. L’auteure de La stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre (2007) s’y livre à une dénonciation en règle de la logique de croissance capitaliste, de la cupidité des multinationales du pétrole, du charbon et du gaz naturel, et de la soumission des gouvernements à leurs intérêts. « Changer le climat de la terre d’une manière qui sera chaotique et désastreuse est plus facile à accepter que la perspective de changer la logique fondamentale du capitalisme, basée sur la croissance et la quête du profit », écrit Klein (p. 89).

Pour elle, la hargne des climato-sceptiques ne tombe pas du ciel, elle découle d’une analyse lucide : ces gens-là ont compris – mieux que la gauche – que lutter sérieusement contre le réchauffement nécessite un changement politique radical, une autre société. Une société avec plus de régulation, plus de secteur public, plus de bien commun, plus de démocratie. Une société portée par d’autres valeurs que la compétition, l’accumulation, l’ostentation, le chacun pour soi… Une société dont ils et elles ne veulent à aucun prix !

This changes everything est un livre fort, mais un livre sous tension. L’auteure le confesse dès les premières pages : « C’est le livre le plus difficile que j’ai jamais écrit, parce que la recherche m’a conduit à chercher des réponses radicales. Je n’ai aucun doute de leur nécessité, mais je questionne tous les jours leur faisabilité politique » (p. 26). De fait, Klein semble osciller entre une alternative anticapitaliste autogérée et décentralisée, de type écosocialiste et écoféministe (quoiqu’elle n’emploie pas ces termes), d’une part, et un projet de capitalisme vert régulé, basé sur une économie mixte relocalisée et imprégné d’une idéologie du soin et de la prudence, d’autre part. Cette tension entre faisabilité immédiate et radicalité – entre antinéolibéralisme et anticapitalisme – est présente dans tout l’ouvrage. Par exemple : un souffle révolutionnaire traverse la conclusion, quand Klein met en parallèle – comme Marx dans Le Capital ! – la lutte contre l’esclavagisme et la lutte contre l’appropriation capitaliste des ressources (p. 458 sq.) ; mais elle écrit à un autre endroit qu’il y a « plein d’espace pour faire du profit dans une économie zéro-carbone » et que l’obstacle à la transition écologique vient des « business models actuels » (p. 252) et de la manière dont « nous pensons à propos de l’économie» – donc pas de l’économie elle-même ? (p. 95, je souligne).

Lire l'article : http://www.contretemps.eu/lectures/naomi-klein-capitalisme-climat-entre-radicalit%C3%A9-faisabilit%C3%A9-imm%C3%A9diate

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