Michel Bauwens : « Uber et Airbnb n’ont rien à voir avec l’économie de partage »
L’« économie de partage » que j’appelle « pair-à-pair », où les individus s’auto-organisent pour créer un bien commun, a un potentiel émancipatoire important. Mais Uber ne relève pas de cette « économie collaborative » ou « de partage ». Il s’agit plutôt d’une mise sur le marché de ressources qui, jusque-là, n’étaient pas utilisées.
Autour des biens communs se développent des services à valeur ajoutée qui créent une économie. Prenez l’exemple de Linux, un logiciel libre disponible et partageable par tous. Les trois quarts des développeurs de Linux sont payés. Quand un développeur travaille sur Linux, il peut l’utiliser comme il l’entend, et en échange, il contribue à améliorer le commun partagé. Personne ne lui est redevable puisqu’il s’agit d’un échange. Une étude américaine estime qu’un sixième du PIB est déjà partagé, ce qui représente 17 millions de travailleurs.
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Le pair-à-pair fait référence à la structure d’un réseau. C'est la capacité des ordinateurs à rentrer en contact les uns avec les autres mais sans qu’il n’y ait un point central ni qu'ils aient besoin d'une permission 5. Michel Bauwens a commencé à s'interroger sur le pair-à-pair lorsqu'il travaillait chez Belgacom dans les années 1990. Il réalisa que la logique du pair-à-pair permettrait de répondre aux «failles» du système comme les dommages environnementaux, les injustices sociales ou encore la dégradation des relations sociales. En effet, ce modèle pourrait s'adapter à une structure sociale. Dans cette structure chacun serait capable de communiquer et de collaborer, là aussi, sans avoir besoin de demander la permission. Le pair-à-pair permettrait la création de valeur commune en partageant ses connaissances. La production de ressources ne serait pas dû à une motivation financière mais grâce à la libre participation des citoyens. C'est un changement de perspective qui permettrait à chacun de contribuer aux manquement de l'autre.
Michel Bauwens affirme que « Le P2P est le socialisme du XXIe siècle ! » et que « La révolution induite par le P2P aura des effets similaires à ceux provoqués par l’apparition de l’imprimerie au XVe siècle »3.
La 'peer production' est liée a de nouvelles formes de gouvernance: la 'peer governance'. Le principe de démocratie absolue basé sur la non-représentation: il s'agit ici d'étendre les principes de démocratie, d'autonomie et de coopération libre vers la totalité de la vie sociale
Nous arrivons donc maintenant dans l'arène politique. Il est clair que tous ces projets de production commune doivent également être gérés. La 'peer production' est donc inévitablement liée a de nouvelles formes de gouvernance: la 'peer governance', dont l'Internet même est un exemple. Quel est aujourd’hui le mouvement politique qui a émergé globalement, qui ne dispose ni de médias classiques et arrive pourtant a mobiliser des centaines de milliers de personnes? C'est évidemment le mouvement altermondialiste. Ces acteurs utilisent principalement l'infrastructure P2P pour s'organiser, et ont adopté des principes de gouvernance P2P. Contrairement à d'autres mouvements politiques du passé, ces aspects 'égalitaires' n'ont pas diminué, mais se sont renforcés au travers des années. Des observateurs on également noté que les nouvelles luttes sociales, prennent la forme de 'coordinations'. Implicite dans les nouveaux formats politiques est le refus de la 'représentation', c.a.d. de la délégation du pouvoir.
Le P2P possède également des aspects 'culturels' très marquants, ce qui constitue un troisième niveau, représentant une nouvelle subjectivité et des nouvelles constellations de valeur.. L'aspect le plus connu en est celui des nouvelles attitudes de travail, telles que les a décrites Pekka Himanen dans son livre sur "L'éthique des Hackers". Moins connu du grand public, on trouve aussi une évolution des pratiques religieuses et spirituelles, visibles là où les vérités pré-établies sont rejetées, ainsi que les formes autoritaires d'organisation qui les véhiculent.. Nombreux sont déjà les 'peer circles', spécialement parmi les mouvements néopaiens, un phénomène des grandes villes occidentales, mais qui est également perceptible dans d'autres traditions. Il s'agit aujourd'hui de développer une 'spiritualité contributive et participative' à travers des communautés de 'pairs', et non de suivre des traces établis de façon autoritaire.
source : http://p2pfoundation.net/Le_peer_to_peer:_nouvelle_formation_sociale,_nouveau_model_civilisationnel

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