Vers une société organique ?
Alors que nos modèles politiques, économiques, éducatifs et sociétaux semblent atteindre leurs limites, émergent une myriade d’initiatives alternatives qui réinventent le pacte social, les manières de produire, d’éduquer et de vivre ensemble.
Cette effervescence, comparable à celle de la Renaissance, explore de manière empirique le monde qui vient. La notion de « société organique » permet d’éclairer les zones de friction entre les modèles actuels et ceux vers lesquels nous semblons tendre. Elle est un moyen qui permet de penser et d’opérationnaliser la transition en cours.
Pour mieux comprendre à quels besoins répondent ces initiatives, croiser les visions de la société, des sociétés qui émergent, décrire les chemins de cette Grande Transition, … et la manière dont ils pourraient se concrétiser dans une diversité de domaines, les territoires, les entreprises, l’éducation, la gouvernance, le champ des valeurs, …
Société organique, un concept à revisiter :
Dans le monde du vivant, chaque organe est spécifique et fonctionne en système autonome. L’unité de l’organisme est d’autant plus grande que cette individualisation des organes est marquée.
Emile Durkheim, dans son ouvrage fondateur « De la division du travail social », nous livre son acception de la notion d’organique relative à la société. Pour lui, la solidarité organique correspond à une forme de cohésion sociale basée sur la complémentarité des activités des individus. La solidarité organique ne repose pas sur la similitude mais au contraire sur la différence liée à une division du travail entre individus qui n’ont donc pas les mêmes fonctions. La diversité des activités montre que chacun a besoin des autres pour vivre en société. Dès lors, la complémentarité des fonctions exercées est ce qui fait tenir la société comme un tout : une coopération entre individus existe et l’interdépendance de leurs activités est la base de la cohésion sociale.
Caractéristique des sociétés modernes, cette solidarité est dite « organique » parce que l'individu dépend d'autant plus étroitement de la société que les tâches sont divisées. Par ailleurs, l'activité de chacun y est d'autant plus personnelle qu'elle est plus spécialisée. Cette solidarité sociale est semblable à celle que l'on observe chez les animaux supérieurs où chaque organe a sa physionomie spéciale et son autonomie, mais où l'unité de l'organisme est d'autant plus grande que l'individualisation des parties est plus marquée.
La solidarité organique résulte de l'effacement de l'individualité des segments tribaux du fait de l'accroissement de la population et de sa densité. Les rapports sociaux deviennent plus nombreux ; les groupes deviennent plus perméables les uns aux autres car ils ne sont plus dispersés en une multitude de petits foyers distincts, mais rassemblés dans des centres urbains reliés par des voies de communication plus rapides et nombreuses. Chacun est susceptible d'y croiser d'autres personnes venant d'autres horizons et peut ainsi relativiser les règles et coutumes qui lui viennent de ses groupes d'appartenance.
La solidarité résulte de la différenciation des tâches et des individus. Ces derniers sont liés les uns aux autres parce qu’ils exercent des fonctions complémentaires à l’intérieur de la société (solidarités organiques par analogie avec les organes de l’être vivant, tous différents mais indispensables au fonctionnement du corps).
Nous vivons une période très particulière de l’histoire de l’humanité. La particularité vient du fait que nous sommes dans un monde agonisant, qui est dans l’incapacité de prendre conscience que son paradigme est dépassé, et un monde qui émerge mais dont les fondements sont encore difficilement perceptibles. Le principe du passage d’un monde (l’ancien) à un autre (le nouveau) a été annoncé dès 1921 par Pitirim Alexandrovitch Sorokin. Ce passage d’un monde à l’autre, fait de ruptures successives, fonde la Grande Transition.
Mais, comment passer d’un monde à l’autre ? Il est en effet vital de pouvoir passer du monde ancien au monde de demain en faisant le grand saut afin de rebondir et surtout de ne pas tomber dans l’abîme. La prospective a son rôle à jouer. C’est pourquoi, nous avons fait le choix de mobiliser le concept de « Société organique » pour ce quatrième printemps de la Société française de Prospective. N’est-ce pas en définissant ensemble ses contours que nous pourrons combattre l’anomie, recréer des liens d’interdépendances adaptés à une société de plus en plus complexe et ressourcer la cohésion sociale.
Christine Afriat
La Société Française de Prospective vous invite à son 4ème Printemps de la Prospective
Avec les contributions des membres de la Société Française de Prospective réunies dans un Livre Blanc envoyé aux participants avant l’évènement, de nombreux exemples de pratiques émergentes, des vidéos et interviews d’experts et d’innovateurs français et étrangers.

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