L'un des points essentiels de la pensée de l'auteur consiste à pointer l'échec même du libéralisme dans ses promesses de liberté individuelle, d'émancipation (même si ce terme n'appartient pas au vocabulaire libéral), promesses s'appuyant notamment sur les progrès techniques supposés rendre l'homme plus autonome et maître de lui-même.
On le voit bien aujourd'hui avec l'internet, qui semble devenu autonome, fonctionner tout seul, malgré les tentatives pour le réguler. Exactement comme ce que l'on appelle « Le marché », identifié à une loi naturelle, mais en réalité plus proche d'un automatisme échappant au contrôle des humains. Du moins dans une version de l'humain n'ayant plus qu'à s'adapter et à mieux calculer une réalité qu'on lui présente comme un état de fait.
Mais sur fond de cette crise du libéralisme, Roland Gori ne s'en tient pas au constat d'une aliénation paradoxale « vendue » au départ comme un « plus de liberté ». Vient le temps d'après la crise, celui sur lequel se développent d'autres idéologies, et pour le dire clairement, les différents fascismes. Ceux ci ont en effet beau jeu de dénoncer la perte de valeur, l'individualisme régnant, pour mieux capter, capturer les individus dans une vision où c'est la masse qui commande, et où le sujet abdique sa responsabilité derrière celle d'un chef garant de ce qui convient à tous et à tout, dans un totalitarisme prenant en charge cette part « ingouvernable » du sujet libéral qu'analyse l'auteur, mais pour faire de cette part ce qui conduit au pire.
Ces fascismes n'ont plus forcément la même forme aujourd'hui qu'hier, mais ils reposent sur le même mécanisme et les mêmes effets. A chaque fois, l'individu renonce à sa liberté et à sa responsabilité, soit au profit des automatismes qui « décident » à sa place, soit au profit d'un chef exaltant l'idée de nation ou de Dieu garantissant les vérités ultimes. Il n'y a alors plus à penser, à réfléchir, il n'y qu'à suivre et à s'en remettre à l'Autre machinique ou hiérarchique.
C'est dans ce sens précis que Roland Gori parle des techno-fascismes et des théo-fascismes, vus comme les enfants monstrueux nés dans les décombres d'un libéralisme confrontant les individus au décalage d'un discours promettant la liberté face au réel d'une société mécanisant ses individus pour un maximum de rentabilité.
lire l'article https://blogs.mediapart.fr/fabrice-leroy/blog/011115/lindividu-ingouvernable-de-roland-gori

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