SOCIAL CALLING. Jacques-Antoine Granjon, le fondateur de Vente-privee, a pris sous son aile une nouvelle génération d’entrepreneurs en quête de sens plus que de profit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au mitan de sa vie, il arbore sereinement l'étiquette d'une des plus belles réussites de la tech européenne. La trajectoire du fondateur de Vente-privee, un des champions européens de l'e-commerce, inspire la jeune génération, qui le classait en 2016 parmi les trois plus grands self-made-men de l'Internet français, derrière Xavier Niel (Iliad) et Frédéric Mazzella (BlaBlaCar). «JAG" regarde la French tech avec un regard aguerri: «Au cours des vingt dernières années, notre écosystème a gagné en maturité. L'ébullition de la scène tech française est mondialement reconnue. On a des grands talents, des formations renommées, des savoir-faire qui sont plébiscités. Mais en France comme en Europe, on manque encore de grandes entreprises comme les mastodontes chinois. Et être entrepreneur, c'est avoir une vision long terme nourrit par un esprit de conquête et de grandes ambitions.»

Depuis quelques années, l'entrepreneur troque volontiers son costume de businessman contre celui de business angel. Dans ses investissements personnels, lucratifs ou non, il est question d'écoles et de start-up. Des prises de position et de participation qui montrent son intérêt pour demain. «J'ai toujours avancé dans la vie en me disant que je ne pouvais pas avoir une vie agréable sans ne rien faire pour les autres », explique-t-il. Jacques-Antoine Granjon se réjouit de constater que les jeunes aspirent à un monde différent: «Qu'ils soient Français, Allemands, Chinois, Danois ou Sénégalais… Tous rêvent de redessiner le monde à leur façon.» À 55 ans, il s'intéresse à la nouvelle vague d'entrepreneurs animés par l'impératif d'un social calling: «un déclic pour agir». Ils veulent redonner du sens à leur vie en s'engageant dans une action bénéfique pour la société. En utilisant la technologie pour résoudre à grande échelle les problèmes sociaux, sociétaux et environnementaux. Ce nouvel élan mondial, c'est ce que l'on appelle la Social Tech.

JAG a investi dans la start-up Agricool, qui fait pousser des fraises dans des conteneurs: «Les deux fondateurs [Guillaume Fourdinier et Gonzague Gru, NDLR] ont créé de nouvelles terres arables en ville. Ils proposent des produits de qualité, sans pesticide et à proximité de chez nous. C'est le talent français.» Il y a dix-huit mois, le fondateur de Vente-privee a accepté de rencontrer dix pionniers de cette Social tech française. Pendant un an, ces entrepreneurs l'ont sensibilisé à leur démarche. «Non seulement il accepte ce changement de paradigme qui fait bouger les lignes du capitalisme, mais il l'accompagne. Il nous prodigue des conseils, nous challenge sur la durabilité de nos business models et investit dans nos start-up qui tracent les contours d'un nouveau monde», témoigne Julie de Pimodan, la fondatrice de Fluicity, une plate-forme de participation citoyenne.

Adoubé par ces millennials, qui voient en lui un parrain, Jacques-Antoine Granjon apporte des éclairages sur le chemin de croix entrepreneurial sur lequel se sont engagés ces militants. «Être entrepreneur au xxie siècle, ça ne consiste pas seulement à prospérer économiquement. Même si l'entreprise doit croître et être rentable. Être entrepreneur, c'est certes vivre une aventure pour soi-même, mais aussi au service des autres», soutient ce Marseillais marqué par le fameux discours liant croissance et qualité de vie que fit Antoine Riboud, le fondateur de Danone, dans sa ville natale en 1972. «Jacques-Antoine ne considère pas que le bonheur en entreprise soit lié à la performance», observe Julie de Pimodan. «Il a le souhait de se porter volontaire sur la protection de l'environnement et des animaux. Si chaque dirigeant prenait à bras-le-corps une cause et y allouait du temps et de l'argent, le monde se porterait mieux", juge Gaele Regnault, la fondatrice de LearnEnjoy, une application d'apprentissage pour enfants autistes. Rendez-vous dans quelques années, quand tous ces millennials auront l'âge de Jacques-Antoine Granjon.

En savoir plus sur https://www.lesechos.fr/10/11/2017/LesEchosWeekEnd/00098-010-ECWE_jacques-antoine-granjon—le-defricheur-de-la-social-tech.htm#uaVdWsp3eTBiBUax.99

Emilie Vidaud nous donne une grande dose d’énergie dans la lecture de ces parcours exceptionnels. On se laisse facilement emporter par leurs fortes ambitions et toucher par leurs trajectoires engagées.

 

 

Emilie Vidaud

 

Le projet est audacieux et inédit, pour son ouvrage Emilie Vidaud a embarqué un grand patron, le fondateur de vente-privee.com, dans un parcours unique. Cette journaliste indépendante présente à Jacques-Antoine Granjon des créateurs d’entreprise, qui ont tous eu cette révélation sur la nécessité d’agir et de participer au progrès social de notre société.

Comment avez-vous eu l’idée d’écrire ce livre ?

J’ai passé trois ans à m’intéresser à la psychologie des entrepreneurs et à faire des portraits notamment ceux de la French Tech. J’ai commencé à étudier plus particulièrement l’entreprenariat social, j’ai fait une enquête de 6 mois. Aux États-Unis, la tendance est déjà très avérée, il y a des entrepreneurs iconiques comme Blake Mycoskie qui a lancé la marque TOMS en 2007, qui a vraiment renouvelé le business avec son modèle The One for One (une paire de chaussures achetée, une offerte à des enfants défavorisés, ndlr). Je voulais vraiment comprendre comment arrive ce déclic pour agir.

Pour Social Calling, vous faites participer un grand patron, expliquez-nous ?

Je connaissais le fondateur de Vente-privée.com, l’un des symboles de la révolution Internet. Jacques-Antoine Granjon a construit son empire depuis 30 ans, il a embauché des milliers de personnes, il fait 3 milliards de chiffres d’affaires mais surtout il est très engagé et ne twitte que sur la cause des femmes ou des animaux, il a également une fondation depuis 2009, dont il ne parle absolument pas.
Je lui demande de m’accompagner dans cette enquête et lui explique également qu’il aura ce rôle de l’ancien monde. Je voulais que ce soit un livre d’impact, donc je lui ai demandé d’écrire le dernier chapitre où il raconte s’il a eu un vrai SOCIAL CALLING en rencontrant ces entrepreneurs pour qui la technologie doit être au service de l’amélioration de nos vies. Il a accepté tout de suite.

Quels sont les différents profils que vous avez rencontrés ensemble ?

 

Raodath Aminou, la fondatrice d’Optimiam, qui a permis de sauver de la poubelle 20 tonnes de nourriture ;

 

Pascal Lorne, fondateur de Gojob, une plateforme qui digitalise le marché de l’intérim, et qui permet aux personnes de trouver un travailler en un clic.

 

Gaele Regnault, fondatrice de Learnenjoy, qui créé des applications pour aider les enfants autistes à acquérir différentes compétences.

 

Les trois cofondatrices Kokoroé (Elise Covilette, sa sœur jumelle Raphaëlle Covilette et leur amie Béatrice Gherara), une plate-forme d’éducation pour se former tout au long de la vie et lutter contre le décrochage numérique. Elles ont un collectif de 600 experts.

 

Jean-Charles Samuelian, fondateur d’Alan, la première InsurTech française. Ses algorithmes et le Big Data font de la santé prédictive.

 

Mais aussi Xavier Niel, fondateur de l’Ecole 42, qui forme gratuitement des jeunes à devenir développeurs, ingénieurs.

 

Et bien d’autres…

 

Qu’est ce qui motive cette nouvelle génération d’entrepreneurs ?

 

Cette génération doit remplir de multiples défis : lutter contre le réchauffement climatique, contre la raréfaction des ressources et pour cela elle s’aide de la Tech. Face à une injustice, elle va mobiliser sa communauté sur les réseaux sociaux, elle va lancer une pétition, si elle veut lancer un projet elle va faire du crowdfunding. Aujourd’hui grâce à Internet, on va démultiplier les emplois qui ont du sens.

 

Aujourd’hui 49 % des Français estiment passer à côté de leur vie, c’est un sondage Ipsos de 2015, et 39 % rêvent de tout abandonner parce qu’ils ne se sentent pas à leur place. Cette génération porte un profond changement et avec ses revendications, elle libère la parole des générations supérieures.

 

Chacun peut-il vivre un Social Calling ?

 

On n’est pas tous fait pour être entrepreneur, en revanche on peut tous avoir un SOCIAL CALLING, on peut décider dans son travail de redonner du sens, de s’engager auprès d’associations, de coconstruire des actions avec des fondations. On peut décider aussi dans sa vie personnelle d’avoir un SOCIAL CALLING, par exemple en luttant contre le gaspillage alimentaire.
Le SOCIAL CALLING, c’est une prise de conscience finalement qui génère chez chaque citoyen, chaque consommateur, chaque collaborateur, la nécessité de peser le poids de ses actes.

 

 

https://www.chari-t.fr/magazine/interview/social-calling-lappel-du-sens

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