L’innovation sociétale est bien une priorité
Défis économiques, défis sociaux, défis environnementaux. Une seule planète. 7 milliards d’êtres humains. 350 000 de plus chaque jour. Des intérêts antagonistes partout. Rien d’étonnant à ce que près de 90 % des professionnels que nous avons interrogés en France estiment que le rôle sociétal fera partie des axes stratégiques de l’entreprise dans les cinq prochaines années. Rien d’étonnant non plus dans la hiérarchie des secteurs où ils estiment que les entreprises doivent développer leur rôle sociétal. Dans le Top 5 on trouve assez largement en tête le sec- teur Banque-finance-assurance avec qui la confiance a pu être rompue par la crise et qui est souvent perçu comme le principal responsable du marasme actuel. Viennent ensuite les secteurs qui touchent de près la vie quotidienne de chacun : le secteur énergie-environnement, avec no- tamment des problématiques cruciales de hausse continue de la facture énergétique, de prix et de qualité de l’eau, de maîtrise des pollutions; la grande distribution et l’agroalimentaire, dont maints reportages ont dévoilé au grand public les pratiques les moins honorables ; et l’industrie pharmaceutique, sérieusement entachée par de récents scandales.
Ce qui se dégage de ces résultats et de tous les entretiens que nous avons menés dans le cadre de cette étude, c’est l’aspiration à restaurer la confiance, à voir les entreprises agir dans le sens d’un progrès qui ne laisserait personne sur le bord de la route, avec en toile de fond deux idées qui gagnent peu à peu du terrain :
- l’efficacité économique n’a de sens qu’au service des gens ;
- l’innovation n’a de sens que si elle améliore le bien-être ou simplifie concrètement la vie des gens.
Les organisations ne s’infligent pas né- cessairement un surcroît de contraintes : elles s’ouvrent au contraire de nouveaux espaces de légitimité et de nouveaux champs de création de valeur. Des entreprises aussi différentes que Poult, Danone, Gore24 ou InterfaceFlor25 ont fait de leur engagement sociétal un moteur d’innovation. Elles démontrent depuis des années qu’il est possible de conjuguer dura- blement performance économique, sociale et environnementale.
S’il appartient à chaque organisation de choi- sir les domaines dans lesquels s’engager (en fonction de sa vocation, de sa culture, de son histoire…), il est de plus en plus évident qu’en raison même de la complexité des enjeux, elle ne peut innover dans un sens sociétal sans inté- grer d’une façon nouvelle ses parties prenantes internes et les acteurs de son écosystème.
Nous sommes convaincus qu’une approche ouverte et collabo- rative renforce aujourd’hui la capacité de toute entreprise, ins- titution ou collectivité à apporter des réponses pertinentes aux défis sociétaux en mobilisant l’intelligence collective à l’échelle requise par les problématiques. C’est ce que nous appelons une démarche d’Open Innovation Sociétale.
“L’innovation et la prise en compte des enjeux sociétaux sont indissociables. Le fait de rendre le pilotage de projets innovants plus collaboratifs en interne est, pour nous, du fait de la taille du Groupe, un enjeu majeur. Il s’agira aussi, durant les années à venir, de s’ouvrir encore davantage à nos parties prenantes externes.”
Nicolas Blanc, Responsable innovation et développement durable, Caisse des Dépôts
Comprendre le cadre global du jeu
Avant d’explorer les points d’entrée possibles dans une démarche d’Open Innovation Sociétale et quelques-unes des questions que se posent tous ceux qui s’engagent dans cette voie, il nous paraît utile de préciser le cadre qui s’impose désormais à toutes les catégories d’acteurs – locaux, nationaux et internationaux – et qui conditionne les stratégies d’inno- vation. Pour s’inscrire dans ce cadre, il faut composer avec cinq dimen- sions dont il est essentiel de comprendre qu’elles sont interdépendantes et « font système ».
RARETÉ – Passer d’un milliard à cinq milliards de consommateurs ac- centue inévitablement la pression sur les matières premières et les res- sources limitées de la planète. La rareté, réelle ou relative, qui en résulte oblige tous les acteurs à faire bien plus avec beaucoup moins.
INTERCONNECTIVITÉ – Généralisée, elle change radicalement le rapport des individus à leur environnement et au monde en inscrivant potentiellement chacun dans une multitude de réseaux. Ces réseaux sont de fait des réseaux d’influence ainsi que des nouveaux lieux, phy- siques ou virtuels, de partage et de création de valeur.
DIVERSITÉ – Il est accepté que le monde est et restera divers. Sa di- versité culturelle et géographique se traduit au niveau des marchés par la multiplicité des consommateurs, de leurs usages, de leurs attentes. La diversité d’origine, d’âge, de parcours est indispensable pour appréhen- der cette réalité à facettes.
VÉLOCITÉ TECHNOLOGIQUE – L’aire de diffusion des technologies s’est élargie au monde entier. Leur amortissement est de ce fait plus rapide. En conséquence, les cycles technologiques sont de plus en plus courts et les positions de monopole fondées sur les produits associés sont constamment remises en cause.
MONDIALISATION – Les pays émergents se projettent et veulent prendre part à une mondialisation en progression certaine. La volonté des États de mieux protéger leurs intérêts et ressources pour assurer leur propre développement va dans le sens d’une mondialisation « rai- sonnée » où les organisations régionales joueront un plus grand rôle.
Une des conséquences est qu’il devient résolument impossible d’innover en vase clos, de se cantonner dans une logique d’offre, et enfin de faire abstraction de ce qui, en un point quelconque de la chaîne de valeur, peut être perçu comme une externalité négative par une des parties prenantes.
Une démarche d’Open Innovation Sociétale ne s’improvise pas en cinq minutes par la volonté de quelques-uns et sur un coin de table. Si l’on veut qu’elle soit véritablement créatrice de valeur, il faut l’appréhen- der dans sa dimension stratégique comme « un processus d’appren- tissage organisationnel conduisant au renouveau stratégique d’une entreprise »26. Cette vision ambitieuse demande une « conversion sociétale » du top management. Elle nécessite également un changement de philosophie managériale qui doit permettre de rompre avec les logiques top-down en reconnaissant à tous les membres de l’organisation le droit à l’initiative Dans un grand groupe, il paraîtrait logique que les directeurs de l’innovation, du développe- ment durable/RSE et de la stratégie se fassent les champions de l’Open Innovation Sociétale et collaborent à la mise en place des dispositifs visant à faire remonter et concrétiser les pro- pas en faire une condition sine qua non : dans une logique ouverte, rien ne s’oppose à ce qu’un directeur marketing ou un directeur achats prenne le lead sur ces questions! C’est plus une affaire de conviction et d’engagement personnel que de mandat explicite ou de place dans l’organigramme. Sur les sujets neufs, les mandats sont là pour entériner la légitimité de ceux qui ont déjà pris le leadership de l’action.
Un puissant levier : l’intrapreneuriat
Si la règle de base de l’Open Innovation est d’ouvrir le jeu, il ne faut pas en déduire que tout le monde va avoir envie de jouer. Dans toutes les dynamiques collectives, se détachent invariablement une minorité agissante et, dans cette minorité, des personnalités fortement engagées qui jouent un rôle moteur. C’est typiquement parmi eux que l’on trouve, dans les démarches d’Open Innovation, les contributeurs les plus ac- tifs et ces porteurs de projets à fort potentiel: les intrapreneurs. Larry Myler les présente comme des « employés ayant à la fois le désir et la capacité à développer et mettre en œuvre des solutions innovantes, ajou- tant une valeur inédite pour certaines ou toutes les parties prenantes de l’organisation. »27 Si tant d’entreprises se tournent vers l’intrapreneu- riat depuis quelques années, c’est qu’il est à la fois un moyen de mobiliser et valoriser les talents et de transformer rapidement les idées innovantes en activité rentable.
EXTRAIT DU LIVRET OPEN INNOVATION SOCIETALE DE BLUENOVE

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