Ce sentiment engendre un sens de l’accomplissement, même dans les plus petites tâches. Trop souvent, en particulier dans les grandes entreprises, le travail individuel peut sembler déconnecté, dénué de pertinence ou sous-estimé. « Sans but, les individus peuvent ressentir de la frustration, voire de la honte, explique-t-il. Lorsque les entreprises peuvent exprimer leurs valeurs, d’une manière simple et explicite, elles permettent aux collaborateurs de les relier à leur travail. »
En France, seuls 9% des salariés sont engagés dans leur entreprise
C’est ce que nous révèle le sondage Gallup « State of the global workplace » 2013 relatif à l’engagement des salariés dans leur entreprise et réalisé dans 140 pays. Parmi les 89% restants, 61% ne sont pas engagés dans leur entreprise et 28% sont activement désengagés. Ceci nous place en queue de peloton des pays d’Europe Occidentale, loin également derrière les Etats-Unis, le Canada ou encore l’Australie et la Nouvelle-Zélande.
Rapprocher les collaborateurs de la vision de l’entreprise
Imaginez que vous venez d’intégrer une équipe très importante. Votre travail consiste à conduire le changement de la culture de votre entreprise pour favoriser la transparence, la confiance et la collaboration. Il s’agit d’une directive du CEO basée sur sa vision ainsi que sur les recherches coûteuses d’un consultant des plus respectés. La première chose qu’on vous demande de faire, c’est de signer une clause de confidentialité interne, pour veiller à ce que vous ne divulguiez pas le travail de votre équipe avec le reste de l’entreprise.
Ou bien imaginez que vous entriez au siège social d’un grand fabricant qui cherche à revitaliser sa marque avec de nouveaux produits. Ses dirigeants essaient d’apporter plus de style et de cachet à l’image de l’entreprise avec une nouvelle campagne de publicité axée sur la conception. Ils encouragent donc leurs collaborateurs à penser de façon innovante pour apporter une nouvelle énergie à la culture de l’entreprise. Et cependant, l’espace de travail remonte aux années 1920 : une succession de bureaux individuels démodés installés dans un ancien site de fabrication.
Des histoires comme celles-là – où les réalités des collaborateurs sont en contradiction totale avec le but recherché par l’entreprise – sont bien trop fréquentes. « Nous voyons cela tout le temps, dit Jennifer Jenkins, chef de groupe Applied Research + Consulting team (ARC), Steelcase. Et pourtant, la vision de l’entreprise est l’un des éléments clés de l’engagement des collaborateurs. »
Au vu des nouvelles réalités économiques, l’engagement des collaborateurs est un élément indispensable pour les entreprises d’aujourd’hui.
« La vision est pour nous à la croisée de la stratégie, de la marque et de la culture, explique-t-elle. Lorsque les trois convergent, l’engagement se développe et l’entreprise aussi. Nous définissons des stratégies pour améliorer l’expérience de travail quotidienne et pour aider les entreprises à exprimer clairement la vision qu’elles poursuivent afin de pouvoir véritablement se développer. »
LA QUESTION DE LA VISION
Curieusement, selon l’institut Gallup, seuls 3 employés sur 10 dans le monde sont activement engagés dans leur travail – un ratio qui a à peine bougé en une décennie. Seul 1 sur 10 est considéré comme un bon manager. Et l’impact du coût pour l’entreprise atteint des centaines de milliards de dollars.
Mais quand l’engagement des employés se porte bien, la performance des actions monte en flèche avec un bénéfice par action de près de 150 %. Les employés génèrent des taux de productivité, de rentabilité et de satisfaction client beaucoup plus élevés, et connaissent moins d’incidents en rapport avec la sécurité.
Quelle est la recette pour que les entreprises soient en phase avec leur vision ? Il n’y a pas de solution miracle pour transformer instantanément une entreprise. Mais il existe un puissant mélange de stratégies éprouvées pour améliorer l’expérience de travail et rapprocher les réalités quotidiennes des collaborateurs et les objectifs de l’entreprise. Cela commence souvent par une recherche de but ou de sens, selon Jennifer Jenkins.
« La vision est pour nous à la croisée de la stratégie, de la marque et de la culture. Lorsque les troisconvergent, l’engagement se développe et l’entreprise aussi. »
Jennifer JenkinsChef de groupe, Applied Reasearch and Consulting
Aujourd’hui, les discussions autour du sens sont vives et fluides. Elles touchent au bien-être, à l’économie et à la psychologie. Et elles se tiennent partout. Du plus récent Forum économique mondial de Davos aux conseils d’administration de certaines des entreprises les plus innovantes au monde qui cherchent à intégrer leur vision dans tous les aspects du travail. John Mackey, co-fondateur de Whole Foods déclarait récemment dans une interview : « Les gens veulent plus que de simplement gagner leur vie. Ils sont en quête de sens, de but, ils veulent sentir que leur travail peut faire une différence dans le monde. ».
Une autre voix éminente s’exprime à ce sujet. Celle d’Aaron Hurst, auteur de The Purpose Economy (Une économie du sens). « Les individus trouvent un sens à leur vie lorsqu’elle les enrichit personnellement, quand ils entretiennent des relations importantes avec les autres et quand ils sont au service de quelque chose de plus grand qu’eux, écrit-il. Ils poursuivent des objectifs personnels, sociaux et sociétaux. »
Selon Aaron Hurst, cette quête de sens n’est pas nouvelle ; elle remonte aux philosophes grecs. Ce qui est différent aujourd’hui est qu’elle est le moteur de tout un mouvement, ou comme Aaron Hurst le fait valoir, d’une économie émergente. L’économie du sens trouve son élan dans les échecs de l’économie précédente où l’argent était roi et la quête de sens une lointaine préoccupation. La récession mondiale a fondamentalement changé les valeurs et les priorités, exacerbant le besoin de stabilité et de but. Aujourd’hui, les individus sont à la recherche d’un travail qui fait bien plus que payer leurs factures ; il doit contribuer à quelque chose de mieux – le meilleur d’eux-mêmes, de meilleures relations, de meilleures communautés. Nous essayons tous d’atteindre le sommet de la pyramide, de nous réaliser.
Nicolas de Benoist, chercheur chez Steelcase, a étudié le bien-être et l’engagement des collaborateurs pendant plusieurs années. « Lorsque les employés sont engagés dans quelque chose de plus grand qu’eux, de plus grand que le projet sur lequel ils travaillent, ils ont plus de résilience pour faire face aux contraintes de la vie de tous les jours, dit-il. Sans unevision claire de votre but, vous êtes prisonnier des petits détails de la vie quotidienne et vous oubliez vos objectifs. »
Mais donner du sens ne veut pas dire soutenir une cause. Il s’agit plutôt de trouver un travail en phase avec vos croyances personnelles et vos points forts. Comprendre comment votre travail s’inscrit dans l’ordre du monde. Trop souvent, les employés sont invités à améliorer leurs points faibles au lieu de développer leurs points forts. Mais la recherche montre que lorsque les employés sont encouragés à utiliser leurs meilleures compétences, le risque de désengagement disparaît presque totalement.
Et ils deviennent eux-mêmes, authentiques. « Il est difficile de parler de sens sans authenticité, dit Nicolas de Benoist. Partager ses dons, ses talents avec les autres donne un sentiment de vision commune. »
“Nous définissons des stratégies pour améliorer l’expérience de travail quotidienne et pour aider les entreprises à exprimer clairement la vision qu’elles poursuivent afin de pouvoir véritablement se développer.”
Tim QuinnVice-président, AR

Laisser un commentaire