Le désir est à la fois quête de l’objet et de soi-même.

Le désir est  le sentiment d’un manque, accompagné de la conscience de l’objet de ce manque et de la tendance qui nous pousse à le combler. On le présente souvent comme le propre de l’homme, car il se distingue du simple besoin que les autres êtres vivants ressentent aussi. En effet, comme l’indique sa définition, le désir suppose la capacité de prendre conscience de soi-même puisque, pour chercher à le satisfaire, il faut être capable de se donner un but et d’envisager les moyens d’y parvenir. Or, cette conscience de soi équivaut à première vue à une connaissance de son désir. Par conséquent, il semble bien que désirer correspond à savoir ce que l’on désire. À l’inverse, nous pouvons tout à fait avoir un besoin de quelque chose sans en être conscients et donc sans le savoir (un besoin en vitamines par exemple). 

Mais, il est  courant de rappeler que le désir de l’homme se caractérise aussi par l’insatisfaction qu’il entretient. Si nous désirons sans cesse, c’est parce que la réalisation de nos désirs ne met pas fin au manque et que celui-ci renaît chaque fois sous une autre forme. Ne serait-ce pas la preuve du coup que nous ne savons pas toujours ce que nous cherchons à travers nos désirs ? N’y a-t-il pas ici une dimension de l’objet de notre désir qui nous échappe ? 

Nous voilà donc face à un paradoxe que le sujet nous invite à résoudre : nous sommes à la fois conscients de notre désir, mais relativement ignorants de l’objet que nous recherchons.  

Partie I.

Nous savons ce que nous désirons car nous sommes conscients du manque.

Privilège de l’homme, la conscience de soi fait de lui un sujet, c’est-à-dire un être qui effectue un retour sur soi, une réflexion lui permettant de se prendre pour objet. C’est ainsi que, pour l’homme, éprouver un sentiment et savoir qu’il l’éprouve, qu’il est le sujet de ce sentiment signifie la même chose. De ce fait, le désir, en tant qu’état mental, occasionne la représentation et la conscience du manque de quelque chose. À ce propos, Spinoza affirme dans L’Éthique que « le désir est l’appétit accompagné de la conscience de lui-même ». Par exemple, être amoureux signifie que l’on désire être aimé de quelqu’un d’autre. Dans ce cas, on sait être amoureux et de qui ! 

La connaissance de notre désir est d’ailleurs ce qui lui procure l’intensité et la force d’agir pour le réaliser. Le désir est une force motrice qui pousse l’homme à entreprendre pour mettre fin aux sentiments du manque, de l’insatisfaction et de la frustration. Ce qui ne serait pas possible si nous n’avions pas connaissance de ce que nous désirons. 

Partie II.

L’insatisfaction du désir révèle que nous ne savons pas toujours ce que nous désirons.

Cependant, ce dernier argument peut donner lieu à une autre interprétation. Si le désir est aussi fort, n’est-ce pas parce qu’il entretient l’insatisfaction et le manque en même temps qu’il nous invite à y mettre fin ? Nous savons très bien que réaliser le désir qui compte le plus pour nous à ce moment-là de notre vie ne signifie pas qu’un autre ne surgira pas par la suite. Le désir renaît sans cesse, pour le meilleur et pour le pire. Il fait tout le sel de la vie mais, pour les mêmes raisons, il entraîne des souffrances. Cette insatisfaction récurrente prouve que nous ne savons pas toujours ce que nous désirons puisqu’il semblerait que nous cherchions quelque chose que nous ne connaissons pas vraiment. Sinon, comment expliquer qu’une fois obtenu ce que nous désirions, nous voulions autre chose ? De même, comment  comprendre que certains puissent, de notre point de vue, tout avoir et ressentir pourtant de la tristesse due à un manque ? 

En résumé, la conscience du désir n’équivaut pas à toujours en connaître l’objet. Dans Le Banquet, Platon met en scène l’incomplétude fondamentale de l’homme par  un mythe rendant compte du désir amoureux comme d’une quête inconsciente de la moitié avec laquelle nous ne faisions auparavant qu’un. Une séparation initiale dont nous n’avons pas le souvenir symbolise cet état de recherche éperdue. Et, concernant l’amour justement, il est vrai que nous pouvons désirer l’autre sans savoir véritablement ce que l’on désire à travers lui. 

Partie III.

Le désir est à la fois quête de l’objet et de soi-même.

L’inconscient joue aussi un rôle important dans l’ignorance relative de notre désir. Freud montre bien que nos désirs conscients ou manifestes sont souvent la forme acceptable et travestie de tendances cachées (latentes) qui, en raison de leur caractère culpabilisant ou interdit, ne peuvent se présenter en toute transparence à la conscience. Cette hypothèse de l’inconscient a le mérite d’expliquer le paradoxe selon lequel nous savons  ce que nous désirons alors que, par ailleurs, nous ressentons de la frustration comme si nous nous étions trompés sur l’objet de notre désir. À l’image d’un achat qui nous laisse un peu d’amertume alors que nous étions excités de l’effectuer sur le coup. 

Ainsi tenter de prendre conscience de soi-même revient également à partir à la recherche de son désir. 

Conclusion.

Nos désirs sont faussement transparents. À travers les différents objets que nos désirs nous présentent, c’est en réalité à la recherche de nous-mêmes que nous nous lançons.

 

source   https://www.philomag.com/bac-philo/copies-de-reves/savons-nous-toujours-ce-que-nous-desirons-16313

 

Ouverture

J'ai besoin, pour avoir conscience de moi, qu'autrui me reconnaisse comme une personne distincte, besoin qu'il m'apprenne le langage dans lequel je pourrai par la suite me penser, besoin également de son travail pour me reconnaître dans le miroir du monde. C'est pourquoi Heidegger affirmait qu'être au monde, c'est toujours être avec autrui : l'altérité se trouve nécessairement impliquée autant dans le monde que je contemple que dans le langage que je parle. Elle est donc nécessaire, et même doublement, à toute prise de conscience de soi par soi. Ce qui, finalement, nous amène à dire que nous avons besoin d'autrui pour avoir conscience de nous-mêmes, c'est donc bien que l'existence consciente d'elle-même exclut radicalement la possibilité d'une solitude dont tout rapport à l'altérité serait absent. Peut-être l'isolement, en me mettant à l'écart du bruit du monde, engendre-t-il un climat propice à la réflexion. Mais si l'isolement, quand il se prolonge, m'oppresse et me pèse, c'est justement parce qu'une existence consciente d'elle-même a besoin de l'altérité ; c'est parce que je mène une existence consciente d'elle-même que l'isolement peut m'être pénible : si je n'avais pas besoin des autres, si ma conscience était effectivement une substance indépendante de tout et pouvant se suffire à elle-même, être seul ne me pèserait pas.

https://www.lemonde.fr/revision-du-bac/annales-bac/philosophie-terminale/avons-nous-besoin-d-autrui-pour-avoir-conscience-de-nous-memes_t-irde99.html

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