ÉCO ANXIÉTÉ, AU DELÀ DE LA COLÈRE

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L'eco anxiété est un sentiment dont les racines sont profondes et si on se concentre juste sur ses manifestations on rate l'essentiel. Les causes profondes de l'éco anxiété s'enracinent dans la perte de notre lien à la nature. 

Après des études de philosophie, au début des années 2000, Glenn Albrecht se rend dans la Hunter Valley au nord de Sydney, parfois décrite comme la “Toscane du Sud”. Il espère alors retrouver les paysages verdoyants de son enfance passée à Perth et Manjimup, où il se passionnait pour les oiseaux comme le Zostérops, un passereau gris-vert. Mais le spectacle fut tout autre : des rivières polluées, des kilomètres de mines de charbon à ciel ouvert qui émettent une épaisse poussière, un vrombissement permanent qui alterne avec le bruit explosif des excavatrices. forets animaux et du sol. Il recueille alors les témoignages des habitants de la Hunter Valley, en proie à une profonde détresse devant le spectacle imposé de la transformation de leur environnement par une exploitation minière extrêmement polluante. Ce sentiment de dépossession et d’impuissance face à la dégradation de leur lieu de vie interpelle Glenn Albrecht. 

Pour s'opposer aux changements négatifs infligés à leur environnement, leur domicile, leur sol, ils devaient défier quelques-unes des plus puissantes institutions de la planête: les multinationales minières, l'État, les gouvernements fédéraux et leurs immenses ressources.

Il décrit une l’expérience existentielle et vécue d’un changement environnemental négatif, ressenti comme une agression contre notre sentiment d’appartenance à un lieu." Glenn Albrecht, Les Émotions de la Terre. Des nouveaux mots pour un nouveau monde (Les Liens qui libèrent, 2020) 

C'est une réaction saine, l'expression de nos émotions qui nous signalent un danger. Mais toutes les éco emotions ne nous mettent pas en action.
 
Maria Bright et Chris Eames ont analysé en 2022 les grèves climatiques de 2019 dans une étude "De la colère à l'action". Les résultats ? Dans le contexte des éco-émotions et du changement climatique, l'éco-dépression inhibe l'action climatique, l'éco-anxiété motive l'évitement actif et l'éco-colère incite à l'action climatique. 
 
Au sujet de la colère, Ernst Fehr et Simon Gachter ont montré qu'une émotion comme la colère peut avoir des répercussions sur la coordination de l’action collective, en suscitant des comportements punitifs afin d'exercer un contrôle social du comportement (source)

Si la colère renforce la prise de conscience de la gravité, Alice Desbiolles souligne que l’élément déclencheur de ces sentiments est principalement une information ou une actualité sur le changement climatique dans son livre consacré à l’éco-anxiété.
 
De plus un épuisement écologique ou de résignation voire de tristesse apparaît potentiellement lorsque les individus se sentent « otages du climat », prisonniers d’un mouvement sur lequel les effets de la mobilisation individuelle paraissent limités face à l’action des responsables politiques et des entreprises. Tristesse aussi de constater que les choses ou les valeurs auxquelles nous tenons sont menacées de disparition. 
 
Qui est le plus sensible aux dangers qui planent sur le climat et la biodiversité ?  
 
Les jeunes générations tendent plutôt à porter en elles un sentiment de colère face aux effets du changement climatique là où leurs aînés les plus concernés ressentent plus souvent une forme de honte. 

En ce sens, cette classe d’âge plaçait début 2022 l’environnement parmi ses premières préoccupations et 38 % des 18-24 ans et 36 % des 25-34 ans le désignent comme l’un des sujets prioritaires pour eux – dans une proportion supérieure au reste de la population française (29 %) .

Les femmes de moins de trente-cinq ans sont plus nombreuses à placer l’environnement en tête de leurs préoccupations (40 %) par rapport aux hommes de la même classe d’âge (31 %).

Les Français se situant à gauche de l’échiquier politique sont également plus sensibles au sujet, ils sont 42 % à positionner l’environnement comme l’une de leurs principales préoccupations Source : dans la tête des éco-anxieux (source : institut Jean Jaures)

Et si l'énergie la plus puissante c'était la joie et l'amour du vivant ? #vivement250

La prise de conscience écologique fait aussi naître des émotions agréables. Panu Pikhala explique que la motivation, le besoin d'agir et la détermination sont liés à l'envie des personnes de faire quelque chose d'utile. Le plaisir, la joie et la fierté apparaissent quand les personnes adoptent un comportement « pro-environnement » comme entamer une transition écologique à la maison. Le fait de faire quelque chose de concret permet aussi de se sentir à nouveau optimiste et plein d'espoir dans un monde en pleine mutation.

Si mesurer et s'alarmer sur la dégradation des écosystèmes est important, il apparait aussi nécessaire de porter notre attention sur la régénération comme faculté d'un écosystème à se reconstituer. Une régénération qui peut être assistée par des humains cherchant aussi à impacter positivement leur vie et la vie de ceux dans leur environnement proche, que les écosystèmes dans leur globalité. 

Extrait de l'intervention de Jérémy Dumont sur le festival greener good à Lyon sur l'éco anxiété.

A faire : la fresque des émotions

 
 
 

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