Comment notre regard sur la collapsologie a-t-il évolué depuis une décennie ? Dans ce second volet du podcast Sismique, Julien Devaureix reçoit Pablo Servigne pour un bilan sans concession, dix ans après la publication de l’ouvrage de référence Comment tout peut s’effondrer. Podcast
Loin des prédictions catastrophistes simplistes, cet entretien explore la « vibration » d’un système à bout de souffle et analyse les causes de notre inertie collective. Entre blocages systémiques, nécessité de l’entraide biologique et émergence d’une « politique de l’âme », Pablo Servigne détaille comment naviguer dans la tourmente actuelle. Découvrez une synthèse complète des nouveaux récits de résilience, du concept de « Réseau des Tempêtes » à l’éthique de la descente énergétique, pour apprendre à rester humain dans un monde en mutation radicale.
Et si, dans un monde de plus en plus instable et menaçant, la meilleure préparation aux crises était de miser sur nos liens sociaux plutôt que sur les ressources matérielles ? C’est la proposition du Réseau des tempêtes : que chacun se tisse un robuste filet de sécurité sociale, composé d’un maximum de liens avec ses amis, sa famille, ses voisins, les secours, les autorités… ou avec n’importe qui !
1. L’évolution de la posture : De la science à la « post-collapsologie »
Alors qu’en 2015, l’approche était très cartésienne, Pablo Servigne décrit aujourd’hui un passage vers une dimension plus sensible et spirituelle.
- La fin de la prédiction : Il ne s’agit plus de savoir quand cela va s’effondrer (date précise), mais de constater la « vibration » du système qui se fragmente.
- La « Politique de l’âme » : Servigne insiste sur le fait que la crise est intérieure. L’effondrement des structures extérieures (énergie, économie) provoque un effondrement des récits personnels. La maturité consiste à traverser ce « travail du deuil » pour ne pas rester bloqué dans la colère ou le déni.
2. Le verrouillage systémique et « l’effet tunnel »
Pour expliquer l’inertie, l’épisode détaille deux concepts techniques :
- La Dépendance au sentier (Path Dependency) : Nos infrastructures (villes, hôpitaux, réseaux) sont conçues pour un monde de croissance. On ne peut pas simplement « débrancher » le système sans provoquer des ruptures vitales immédiates. C’est ce qui crée ce sentiment d’être pris au piège.
- Le paradoxe de la résilience : Plus un système est optimisé pour l’efficacité (flux tendus, mondialisation), moins il est résilient face aux chocs. Servigne prône donc une « inefficacité joyeuse » : des systèmes locaux, plus lents, mais plus robustes.
3. L’Entraide : La biologie contre le « chacun pour soi »
Servigne revient sur son travail de chercheur pour contrer l’idée reçue que la catastrophe mène à la guerre de tous contre tous :
- Un mécanisme biologique : L’entraide n’est pas une option morale, mais une loi de la nature. En situation de stress extrême, les espèces (humaines ou non) qui survivent sont celles qui coopèrent.
- Le danger du « Survivalisme d’élite » : Il critique les bunkers pour milliardaires, expliquant que l’autarcie totale est un leurre. La seule véritable survie est collective et réticulaire.
4. Le concept du « Réseau des Tempêtes »
Quelques recommandations :
- Tisser des liens avant les biens : La sécurité ne réside pas dans le stock de conserves, mais dans le nombre de voisins sur lesquels on peut compter.
- La Low-Tech et le savoir-faire : Passer d’une culture de la consommation à une culture de l’entretien et de la réparation. Il s’agit de « réapprendre à habiter le monde ».
- L’Archipel : L’idée n’est pas d’avoir une solution globale (impossible dans un monde qui se fragmente), mais une multitude de petites solutions locales reliées entre elles comme un archipel.
5. Une éthique de la « Descente Énergétique »
La conclusion de l’épisode pose une question éthique : Comment bien vivre la fin d’un monde ?
- La sobriété subie vs choisie : Puisque la descente énergétique est inéluctable (fin du pétrole bon marché), Servigne propose de l’organiser socialement pour qu’elle ne soit pas injuste et violente.
- Garder la joie : Il termine en expliquant que la lucidité n’est pas l’ennemie du bonheur. Au contraire, sortir de la course effrénée à la consommation peut libérer du temps pour le soin, l’art et le lien social.


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