Pour un micro-crédit ouvert et sans idéologie

Lu sur Les Echos

Le microcrédit est l’objet d’un
périlleux succès d’estime. Il rencontre un mélange de préoccupations
humanistes
(le « droit au crédit », le scandale d’une interdiction
d’accès à toute facilité de crédit de personnes tombées sous le coup
d’interdictions bancaires, ou autres sanctions ou ostracismes), de
soucis de responsabilisation ; de désir d’en finir avec la société du
don
(que je n’ai pour ma part que rarement rencontrée) soit parce
qu’elle opprime, soit parce qu’elle démobilise, incite à s’endormir sur
ses lauriers. L’idée de microcrédit occupe des escadrons de penseurs
vertueux en mal de conciliation entre l’ordre du marché et l’ordre de
l’homme, conciliation pour une part improbable et pour une autre
plausible car, pas plus que l’homme ne vit que de pain, les banques ne
vivent que de profit. Et il n’est pas extravagant de penser que,
voulant cultiver leur image, elles sont prêtes à faire des sacrifices
qui peuvent au reste tourner un jour à leur avantage. L’échelle à
laquelle l’idée a, jusqu’à présent, trouvé à s’incarner demeure en
revanche modeste, pour ne pas dire dérisoire. Peut-être ne serait-il,
dès lors, pas vain que celles des expériences qui, même sans atteindre
une dimension tout à fait significative, ont eu le mérite d’exister,
fassent l’objet d’une auscultation attentive, plutôt que de s’en
remettre à de nouvelles cohortes d’investigateurs pour réinventer un
eldorado d’autant plus fascinant qu’il demeurera hors de portée.Au
nombre de ces expériences, celle du Secours catholique, dont une
remarquable étude de Georges Gloukoviezoff et Jeanne Lazarus devrait
incessamment révéler les mérites et les faiblesses, quand elle aura
enfin pu voir le jour une fois surmontées les contraintes de mise au
point, de validation, de publication. Mais peut-être n’est-il pas, au
vu des prémices de ce travail, impossible d’approcher ce qui fait sens,
et ce qui ne le fait pas.

Nul doute qu’il faille, côté banques,
creuser plusieurs aspects de la démarche : intervention ou non au
profit de clients déjà fichés ou surendettés ; bancarisation
obligatoire ou non des emprunteurs et à quel stade ; taux appliqué aux
crédits consentis, pourcentage, modalités et supports de la garantie du
microcrédit ; taux de sinistralité accepté ; délais et conditions de la
mise en oeuvre de la garantie ; perception ou non de frais sur les
impayés ; inscription ou non au fichier des impayés.

Nul doute
qu’il faille, côté mouvements et travailleurs sociaux, professionnels
ou bénévoles, procéder à quelques vérifications de conscience, en vue
de s’assurer, cumulativement ou alternativement, qu’on ne nourrit pas
les puissances d’argent, qu’on n’encourage pas les pauvres à la
facilité, qu’on ne les fourvoie pas, qu’on est en état de proposer des
formes d’appui et d’accompagnement dignes de ce nom et aux demandeurs
de crédit éligibles, et à ceux des demandeurs de crédit qui ne peuvent
y accéder, ne s’agirait-il pas d’interlocuteurs déjà connus.

Il
est moins évident qu’il faille se crisper sur le vocabulaire :
microcrédit social, personnel, de projet, ou autre chose encore ?
Qu’importe après tout. « Social » n’est pas forcément diminutif,
dépréciatif ; ne connote pas forcément un faux crédit, un demi-don. «
Projet » risque de présumer trop – peut-on vraiment faire un projet
quand on est plongé dans la précarité, menacé de marginalisation ou
d’exclusion ? Sans doute est-ce, dans plus d’un cas, trop demander, et
déjà exclure. Pas plus que la peur de l’argent ne doit nourrir de la
part des militants de solidarité trop de soupçon ou de dégoût pour le
monde des banques, il ne faut que la défiance à l’égard d’un ordre
qu’il réprouvent, sans se sentir en droit en ou état de le subvertir,
ou de ruser avec lui, ou la défiance à l’égard des faiblesses des
pauvres, ne conduise à s’autocensurer et à censurer leurs clients
potentiels.

Il y a place, en vérité, pour une pluralité de
conceptions du microcrédit, pour une pluralité de stratégies pour gérer
l’accès à celui-ci, l’accompagnement des emprunteurs, les exigences en
matière de remboursement. Sachant que l’objet de la mise en place du
microcrédit est tout à la fois d’améliorer en temps réel grâce au
crédit la situation de certaines personnes déjà connues ou non, de
familiariser les intéressés avec un usage prudent du crédit, de les
détourner des formes meurtrières de crédit à la consommation, de
favoriser un changement du regard que portent les banques sur les
clientèles faibles, d’inciter les banques à développer des formes
d’accueil adaptées aux clientèles faibles ou fragiles.
Et aussi de
découvrir à l’occasion de l’offre de crédit et de nouveaux publics en
état de besoin à qui l’on permettra, si c’est possible, d’accéder au
crédit, et à qui, si le crédit n’est pas la réponse pertinente, on
proposera un autre type d’aides.

C’est cela qu’il faut donner à
entendre, en démontrant le mouvement en marchant plutôt qu’en
multipliant les précautions, les solennités et les émerveillements
imaginaires, pendant que nombre de guichets, d’intermédiaires, de
prescripteurs, d’accompagnateurs restent l’arme au pied et nombre de
demandeurs d’aide sur leur faim.

JEAN-MICHEL BELORGEY est
vice-président du Conseil d’Etat et président du Comité d’évaluation du
dispositif crédit projet personnel.

http://commentaires.lesechos.fr/onglet.php?id=4717084

Une réponse à « Pour un micro-crédit ouvert et sans idéologie »

  1. bonjour,
    je ne pense pas etre sur le bon site car je cherche des investisseurs pour l’achat d’ un bien immobilier ce qui permet de ne pas passer par les banques
    cordialement
    alex

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