La différence entre démocratisation et auto-organisation : les règles de l’Open source par Patrice Lamothe

Lu sur Cratyle.net , le blog de Patrice Lamothe

Les commentateurs du Web confondent souvent démocratisation et auto-organisation.
De cette erreur découle des incompréhensions profondes sur la nature
politique du Web, et bien involontairement, sur les mesures
susceptibles d’améliorer ou de pénaliser son développement.

La démocratisation est l’idée selon laquelle les règles ne sont pas
façonnées par une hiérarchie mais par les utilisateurs eux-mêmes.
L’auto-organisation est l’idée selon laquelle un groupe engendre ses
règles sui-generis, et tend à fonctionner indépendamment des autres
organisations.

Un groupe démocratisé s’appuie sur des règles externes, qui lui ont
donné naissance et qu’il a progressivement retravaillées. Au fil de
leur évolution, les règles ne disparaissent pas : elles prennent un
caractère de plus en plus démocratique. L’influence des membres y est à
mesure de leur apport et non de leur statut ou de leur position
hiérarchique. Le pouvoir formel de chacun y est identique. Les
différences de pouvoir réelles tendent à s’estomper.

Un groupe auto-organisé, quant à lui, est sensé s’appuyer sur des
règles auto-construites, sans cadre ni contrainte extérieure, sans rien
que le groupe n’ait lui-même engendré.

Les communautés du Web sont le fruit et le moteur de la
démocratisation de la société. Elles sont le plus souvent de nature
démocratique et presque toujours engagées dans un mouvement de
démocratisation.

Elles ne sont en aucun cas auto-organisées.

L’exemple des communautés Open Source est l’un des plus parlants,
mais il s’étend aisément à l’ensemble des communautés participatives du
Web. Les communautés Open Source s’appuient sur une loi d’airain : leur langage de programmation.
Cette loi peut certes être issu d’une autre communauté Open Source,
mais elle demeure une contrainte absolue, externe au projet, que
personne ne peut aisément dépasser.

Les communautés Open Source sont largement démocratiques, puisque
chaque membre peut contribuer au code. Elles sont en revanche tout le
contraire d’auto-organisations, puisque l’essentiel de leur loi -leur
langage de programmation- a été développée ailleurs, que cette loi
s’impose à chacun comme une donnée, qu’elle ne laisse la place à aucune
négociation ou interprétation, que chaque participant est bien
contraint de la respecter.

C’est précisément l’existence de règles externes fortes qui
permettent aux communautés initiales de s’installer et de se
développer. C’est précisément parce que ces règles sont d’inspiration
démocratiques qu’elles sont légitimes, adaptées aux projets et donc
largement respectées. C’est la puissance de ces règles qui fournit le
terreau sur lequel de nouvelles règles et de nouveaux projets peuvent
se développer.

La force du Web n’est pas l’autonomie mais l’interdépendance. Son
espace n’est pas sauvage, il est hyper-construit. C’est pourquoi on a toujours tort de prétendre le rationaliser où le réguler.
Ce faisant, on ne comble ni lacune ni vide, on impose au contraire une
autorité à un espace qui est déjà aussi démocratique qu’on peut l’être.
Ce faisant, on ne défend ni la liberté, ni l’égalité, ni la justice, on
se contente de détruire une organisation plus profonde, des règles plus
subtiles et plus justes, et que l’on a simplement pas su identifier.

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Pour en savoir plus sur ces thématiques, voir les études réalisées par le cercle d’innovation courts circuits :

ICI

2 réponses à « La différence entre démocratisation et auto-organisation : les règles de l’Open source par Patrice Lamothe »

  1. Passionnant article d’autant que c’est une question trés vivantes sur un des réseaux sur lequel je sévis seesmic .. Déchirés entre démocratisation , autorégulation et diffuseur de contenu .. c’est assez passionant à vivre de l’intérieur. votre billet apporte un éclairage trés interessant. où puis-je avoir du contenu qui m’aide à mieux comprendre le sujet et ces enjeux ?

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  2. fred2baro: sur cratyle.net, voyons… ;-)
    Jeremy: merci de la citation

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