l’intelligence des foules? Non – Des communautés? Oui (Martin Roulleaux-Dugage)

Un article de Denis Ettighoffer intitulé "la folie douce des foules numériques intelligentes" me fait effectivement réfléchir sur cette notion un peu rebattue d’"intelligence collective".

J’ai l’impression effectivement qu’on confond souvent intelligence
et mémoire. Une foule est plus "intelligente" qu’une personne isolée au
sens où elle peut contribuer à lui rafraîchir la mémoire si elle se
sent solidaire de lui, comme cela arrive dans les jeux télévisés. Mais
lorsqu’une foule informe se met à "réfléchir" collectivement, elle
produit en général un tissu d’inepties. cf Hannah Arendt.

On voit ça sur internet. Que propose l’ "intelligence collective"
de la communauté mondiale des internautes, sans distinction de
compétences ou de pratiques? Ou en d’autres termes, que pousse-t-elle
devant nos yeux via Digg, les blogs etc? Essentiellement des contenus
émotifs assez primaires: des clips, des bizarreries parfois franchement
voyeuristes, des plaisanteries plus ou moins graveleuses, des
commérages sur les vies de star… Le maître mot est fascination, au
sens étymologique du terme. Le fascinus, c’est le sexe mâle dressé dont
on a du mal à détourner le regard. C’est le ressort principal de la
télévision de masse: pourquoi en serait-il autrement sur Internet?

Quand on commence à structurer des communautés humaines sur des
critères d’objectifs, de compétence et de sens de l’action, cela
devient un peu différent. C’est toujours en majorité ce qui fascine
qu’on pousse vers l’autre, mais dans un registre plus élevé, plus
sélectif, plus civilisé. On n’est plus au niveau des émotions
primaires, car les communautés se créent précisément pour permettre à
leurs membres de s’en dégager afin de partager une interprétation
commune d’une situation, voire de créer du sens. Et ces communautés
comprennent bien que cela exige des rituels, des codes, des lois qui
permettent précisément l’élévation de la pensée. "Et ils découvrirent
qu’ils étaient nus" dit la Genèse.

Le maître-mot est celui du sens, comme dit Denis Ettighoffer, que j’ai du mal pour ma part à distinguer de celui de confiance, (voir mon livre ) qui est fondé à la fois sur une notion de pratique commune et de bienveillance.
Lorsque des hommes se réunissent en communauté autour d’un domaine de
connaissance qu’ils cherchent à creuser ensemble, alors peut émerger
une forme d’intelligence collective où l’on essaie de résoudre ensemble
des problèmes complexes.

On peut ne pas croire à l’intelligence des foules tout en
reconnaissant une intelligence dans les communautés. La foule, la
masse, c’est ce qui reste quand les communautés et le lien social ont
disparu, et que les hommes se mettent à errer sans boussole. C’est
alors que peuvent se mettre en place les systèmes totalitaires.
" Si vous désirez la sympathie des foules, il faut leur dire les choses les plus stupides et les plus crues" – Adolf Hitler.

Incidemment, je crois bien que cette perte du lien social est le
problème le plus grave de notre pays, et qui engendre cette tentation
totalitaire larvée dont on voit des indices un peu partout.

Posté sur : le vide poches / planning stratégique
Posté par : jeremy dumont

Source : mopsos blog

Une réponse à « l’intelligence des foules? Non – Des communautés? Oui (Martin Roulleaux-Dugage) »

  1. M. Dumont oublie ce que nous devons aux pères du www et aux principes de base qui lui permettent aujourd’hui de s’exprimer librement. Il semble se produire aujourd’hui avec la globomania, ce qui s’est passé il y a peu avec ATTAC. Nous voyons arriver dans les espaces des TIC les vieilles réactions d’encapsulage qui ont fait et font encore la réputation de Microsoft, une lourdeur de plomb face à l’agilité des logiciels libres. Avant qu’ATTAC ne crève nous avons vu des jeunes porter le drapeau rouge de l’association sans avoir jamais entendu parler de la subtile interprétation, par Maurice Lemoine et Bruno Cassens, des travaux de l’économiste ultra libéral américain, James Tobin. Sans le Net, jamais ATTAC n’aurait pu mettre en place les formidables réseaux de solidarité, + de 600 traducteurs bénévoles (ce réseau là existe encore) qui ont joué un rôle si important dans la montée des démocraties en Amériques Centrales et Latines. Tout ceci nous le devons à W3C et à 2 cerveaux du CERN rodés au travail en binôme et à l’agilité de la programmation extrème, chère à nos développeurs logiciels. Ceci pour vous dire mon incompréhension à la lecture de votre post: pourquoi présentez-vous comme des idées qui seraient votres, ce qui est à la disposition de tous en documentation libre chez la plus belle création des anges gardiens du www, Wikipedia ? La source, la ressource dans votre cas, puisque vous parlez de mémoire, est à cette adresse [http://fr.wikipedia.org/wiki/Intelligence_collective] Citez la source. Partagez vos ressources. Le Web.02 n’est pas une fin en soi. C’est un outil, aussi utile qu’un marteau, une scie, une lime ou un tournevis. Ce n’est pas un sujet de conversation de salon. Un créatif culturel qui s’ignore et reste sourd à l’appel des trompettes de la renommée. Merci tout de même pour vos autres beaux articles.

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