Une ville en transition (réussie).
Sur le territoire de Loos-en-Gohelle, la transition écologique est un projet partagé. Elle est orchestrée par le maire qui donne le sens et qui mobilise. Au cœur du moteur se trouvent la participation habitante, de fortes coopérations et une certaine idée de l’amélioration continue. Cette commune de 6 879 habitant•es, située dans les Haut de France, dans le Nord-pas-de-Calais, arrive depuis vingt ans, à impliquer ses habitants au point d’en faire des parties prenantes et des ambassadeur•ices du changement. Son maire, Jean-François Caron, a eu l’intelligence de cultiver en elles et eux un savoir-faire politique assez unique en France.
« Notre commune est située dans un ancien bassin minier, notre territoire était en état de choc quand je suis arrivé à la mairie, nous traversions une crise systémique, avec un taux de chômage élevé, une crise sociale considérable avec un fort taux de pauvreté« , se souvient-il. Afin d’initier la transition, de multiples chantiers sont lancés – en commençant par celui de l’image du territoire : « l’imaginaire est le premier des sujets et la façon dont on se projette est déterminante. Auparavant, on venait nous filmer avec cet imaginaire des corons et des enfants dont le nez coule, avec une fenêtre cassée… Aussi était-il nécessaire de redonner de l’estime de soi et de la classe aux mineurs« , relève celui qui a oeuvré activement à l’inscription par l’Unesco du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais au patrimoine mondial de l’humanité, en 2012 avant d’initier de nombreux ateliers culturels destinés à questionner le récit local. « Après trois siècles d’exploitation du charbon, et avant de vivre dans un monde plus chaud de deux degrés, il fallait travailler aussi bien sur l’identité et les fondamentaux du territoire que sur le désir d’aller vers quelque chose de nouveau« , note le maire, en pionnier conscient de la mort de l’ancien modèle tout autant que de la difficulté d’inventer de nouveaux repères (voir ci-dessous la vidéo de sa conférence Ted donnée en 2015, dans laquelle il détaille sa démarche)
Autour de la conviction forte et structurante qu’il est nécessaire de partir de ce qui constitue l’identité du territoire pour engager les projets de demain, une expérience mérite que l’on s’y attarde. C’est effectivement sur les vestiges du passé que la symbolique de la reconversion s’illustre avec la base 11-19. Haut-lieu de la diversité économique après la mono-activité, hautlieu d’un développement durable après de longues décennies à avoir fait souffrir la terre, la base 11-19 est composée de nombreux acteurs économiques, associatifs, culturels (représentant plus de 100 emplois), qui convergent vers cette idée que l’on peut utiliser le passé pour en faire une ressource multiréférencée.
Une dynamique nouvelle.
Dans les secteurs de l’énergie, de la formation, de la mobilité, de l’alimentation, de l’habitat, du sport ou de la culture et de la biodiversité, Jean-François Caron et ses équipes ont impulsé une dynamique nouvelle. source
C’était il y a près de 40 ans. Aujourd’hui, Loos-en-Gohelle est “première ville démonstrateur du développement durable” labellisée par l’ADEME ; elle devait accueillir une délégation de la COP21 en 2015 (visite annulée à cause des attentats), et l’ensemble des terrils a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Tout cela grâce au travail de la population, des acteurs du territoire, de l’équipe municipale et d’un maire assez incroyable, Jean-François Caron. Pour lui, la transition écologique doit émaner des territoires, par une forme d’innovation sociale qui “porte une dimension transgressive”.
Croire en l’avenir de son territoire, après avoir subi un traumatisme majeur – comme la fermeture en chaîne des principaux employeurs – est le premier pas de la transition, selon Francis Maréchal. C’est même le début d’une dynamique pour Jean-François Caron. Ce dernier tempère : “Nous n’avions pas encore de notion de transition à cette époque. Mais c’était une pensée en trajectoire qui prenait forme” dans ce qu’il qualifie de sujet principal, selon lui : “les nouveaux imaginaires de développement.” De là est née une méthode originale, constellée d’“étoiles” comme buts souhaités, et parsemée de “petits cailloux” comme étapes de réalisation. Développée par le maire de Loos-en-Gohelle, cette méthode essaime bientôt sur d’autres territoires via la Fabrique des Transitions, créée quelques années plus tard.
Si tout le monde est invité à participer, le rôle structurant de la mairie est indéniable. Surtout que Loos-en-Gohelle était la première (petite) ville à s’engager sur cette voie de la transition, et a dû inventer sa méthode. “Pour nous, la conduite du changement, c’était : pré-conscientisation, conscientisation, préparation du passage à l’acte, premiers déclenchements, puis généralisation” résume Jean-François Caron. Mais cette méthode apparemment bien rodée est vue avec 30 ans de recul. “J’y suis beaucoup allé à l’intuition au début, sans théoriser” insiste l’élu. De toute façon, il faut être patient : “Le changement culturel nécessite souvent une génération entière, soit une trentaine d’années. Tous les sociologues le disent.” source
Avec les habitants
Une chose est sûre : l’implication des habitants, la mise en place d’actions systémiques (qui prennent en compte l’ensemble des effets environnementaux et sociaux), la posture d’innovation et la culture du rêve (entretenu par un ensemble d’objectifs atteignables) font partie des quatre piliers fondamentaux – le « code source » – de l’approche Loosoise. « Je passe ma vie de maire à gérer le désir et le réel » explique Jean-François Caron « La transition écologique est un problème de sciences humaines et sociales. Il faut arrêter de dire que la transition n’est pas populaire, car tout dépend de la manière d’appréhender les choses : il n’y a pas de transition si on demande aux gens de se renier plutôt que de leur demander de se relier à qui ils sont. Tout découle du regard que l’on porte sur nos sociétés, et non de la technologie », conclut Jean-François Caron sans cacher les nombreuses difficultés qu’il a fallu surmonter, mais en acceptant que la recherche de solutions et d’alternatives passe par la culture d’un art d’habiter qui est aussi important que l’art de construire. La gestion du facteur humain est clef dans la mobilisation : « c’est la qualité des collectifs qui permet l’expression des singularités : un bon collectif permet d’avoir des contributions de qualité ». Source
Créer de la confiance, c’est d’abord faire naître une envie. Que ce soit par un “futur désirable” ou dans la manière de faire. Jean-Luc Mathé reconnaît la vertu de cette approche mise en place, selon lui, par la mairie : “Beaucoup de projets de transition qui sont des projets citoyens. Ils sont pour la plupart initiés ou transformés par la mairie dans ce but.” souligne-t-il, prenant l’exemple de Mine de Soleil. “Avec ce projet, on a fait émerger le désirable” estime Manuella Cavaco. Selon elle, la forte adhésion de la population à un tel projet, pourtant technique par nature, est un marqueur de confiance.
Francis Maréchal résume l’historique du changement, appliqué au fonctionnement de la mairie de Loos-en-Gohelle, au sein de laquelle il travaille depuis 2008 : “la transition passe au-dessus de tout ! Mais il a fallu d’abord convaincre les autres conseillers municipaux du bien fondé de ce principe. (…) Ensuite, il faut expérimenter puis massifier. Mais nous sommes une petite commune minière, avec peu de revenus : nous devons être imaginatifs.” D’où le mode projet et la coopération, qui se sont imposés dans tous les services municipaux. “Ici, nous avons des ‘portes’ entre les services, avec des réunions partagées et une approche collective pour chaque projet.” résume-t-il. “Enfin, nous pratiquons beaucoup d’idéation avec les habitants, en début de mandat. Et nous établissons avec eux une feuille de route pour 6 ans, complétée de rencontres et de séminaires au fil de l’eau.” source
Conserver la lisibilité de la transition
Enfin, cette multiplicité d’initiatives dans une approche systémique risque de rendre très compliquée la lecture de la transition. Tous les projets sont-ils bien compris par la population ? “D’un côté, il y a le discours sur la mémoire minière et ses difficultés, et de l’autre côté, la transformation.” résume Marie Forquet. “Mais, au fond, qu’est-ce cela veut dire pour les gens d’ici ? Ils peuvent la voir comme une contrainte.” On retombe sur le débat désormais classique de l’écologie “punitive”, ou qualifiée comme telle. Plus il y aura d’actions engagées et d’enjeux adressés, plus le besoin d’explication et de clarification sera nécessaire. source
Inscriptions pour Tepos (fresque des imaginaires le jeudi 3 oct à 14h30) https://rencontres-tepos.fr/
En savoir plus sur la fresque des imaginaires https://noussommesvivants.co/la-fresque-des-imaginaires/
Présentation de la Fresque des imaginaires #noussommesvivan…
https://online.flippingbook.com/EmbedScriptUrl.aspx?m=redir&hid=173122965

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