Les personnes négligentes dans les entreprises

Avec cette note sur « Careless People » il ne s’agit pas de dénoncer une entreprise, ou ses dirigeants mais de reconnaître les schémas récurrents et systémiques de la prédation du vivant. Notre note sur les rapports de prédation est à lire ici. Certains d’entres nous ont le sentiment de « nager au milieu d’un banc de requins » comme l’illustre la couverture du livre au point de ne pas réussir à s’accomplir dans leur vie professionnelle. Notre note sur l’accomplissement de soi. C’est pourquoi nous devons adopter une nouvelle approche, l’approche régénérative qui permet de parler d’écologie quand « tout le monde s’en fout » en adressant les enjeux économiques tant autant que les freins comportementaux. Notre note sur l’économie régénérative

« Mon aventure avec Facebook a commencé comme une comédie pleine d’espoir et s’est terminée dans une tragédie» C’est ainsi que Sarah Wynn-Williams résume son parcours au sein du réseau social Facebook ou elle a été directrice mondiale des affaires publiques de Facebook entre 2011 et 2017 dans son livre « Careless People » (« Personnes négligentes », en français).

Le titre du livre est tiré de Gatsby le Magnifique de F. Scott Fitzgerald : « Tom et Daisy étaient des gens insouciants ; ils détruisaient tout puis se réfugiaient dans leur argent et leur immense insouciance. » Selon Sarah Wynn-Williams Facebook (Meta) est le temple de cette culture de l’irresponsabilité et de l’insouciance qui devrait plus que jamais nous inquiéter.

Elle y décrit comment elle s’est retrouvée piégée dans une entreprise qu’elle avait pourtant cherché à intégrer justement pour sa capacité à changer le monde, comment les désaccords profonds avec ses collègues se sont creusés jusqu’à la méfiance, comment elle a dû cacher ses opinions personnelles jusqu’à ne plus pouvoir promouvoir les activités de Meta sur la place publique.

Stuart Jeffries du Guardian, est narquois à ce sujet « Elle se présente souvent comme la seule conscience présente », « J’en ai eu assez de lire à quel point elle était choquée par certaines politiques de Facebook, tout en continuant à en diffuser les valeurs dans le monde entier » Et il conclue sans complaisance par un « vous en faisiez partie ».

Toutes fois, le témoignage personnel, et tout en sincérité, de Sarah Wynn-Williams dévoile les aspects systémiques qui contraignent chacun à se conformer pour s’intégrer, comment la culture institutionnelle, les incitations et les habitudes de leadership ont produit des shémas mentaux difficiles à remettre en cause de l’intérieur.

L’ouvrage présente Facebook comme bon nombre d’entreprises, une organisation structurée autour de la croissance et du développement de produits, avec une attention limitée pour ce qui relève de la responsabilité. L’échec sociétal et environnemental, souvent économique à terme, est lui même systémique et non causé par une malveillance individuelle. Une négligence collective qui résulte d’une configuration mentale qui sépare les décisions des responsabilités. source

Qu’est ce qui définit des « personnes négligentes » ? La négligence est le fait de ne pas exercer le niveau de diligence que l’on attendrait d’une personne raisonnable dans une situation donnée. C’est donc le manque d’attention d’une personne dont l’esprit ne s’applique pas à ce qu’elle fait ou devrait faire. Et une négligence, c’est une faute non intentionnelle, due à un oubli, au manque de soin. La négligence peut créer des dommages alors que chacun à un devoir de vigilance, de précaution, d’attention à l’égard des autres.

La négligence est un concept légal habituellement employé par un tribunal pour obtenir des dommages-intérêts dans le cas d’accidents et de blessures ou séquelles sur la santé, et depuis peu en cas de dommage environnemental. La négligence environnementale est définie comme le non-respect des réglementations en vigueur, porte sur les pollutions et atteintes à la santé.

La négligence écologique dans le monde professionnel se manifeste par des pratiques qui ignorent ou minimisent les impacts environnementaux et sociaux des opérations, souvent au nom de la réduction des coûts ou la maximisation de la marge à court terme. Le seul rempart étant le devoir de vigilance, obligation faite aux entreprises multinationales de respecter les droits des humains et de la nature.

Sarah Wynn-Williams détaille comment chaque décision – chaque modification de produit, chaque changement de politique – a été analysée chez Facebook selon une seule grille de critères :
– Génère-t-elle davantage d’engagement ?
– Aide-t-elle à notre croissance ?
– Capte-t-elle davantage d’attention, de données ou de revenus ?

Ainsi, le livre révèle que les stratégies publicitaires internes de Facebook incluaient le ciblage des adolescents dans les moments de vulnérabilité psychologique – lorsqu’ils se sentaient inutiles, anxieux ou en insécurité – afin de maximiser l’efficacité des publicités. C’est le retrait d’un selfie qui déclenchait les publicités pour des produits cosmétiques. L’ouvrage relate également des réunions internes où les avertissements des équipes sur les risques des outils comme les Likes auraient été ignorés. Un passage accuse notamment Meta d’avoir sciemment minimisé l’impact de ses algorithmes sur la polarisation politique des élections de 2016. source.

Les conséquences nous les connaissons – violences réelles, détérioration de la santé mentale, propagation de mensonges et de propagande – ont été traitées comme des dommages collatéraux regrettables mais acceptables. Le rapport d’une commission d’enquête parlementaire, publié ce jeudi 11 septembre 2025 conclue qu’un autre réseau plus récent, réseau social TikTok, exposerait « en toute connaissance de cause » les enfants et les jeunes « à des contenus toxiques, dangereux, addictifs ». et recommande donc d’inscrire dans le droit de l’Union européenne ou celui de la France l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans.

Selon Edward (Ed) Schaefer, podcasteur expert en leadership « Careless People » ne se contente pas de révéler les dérives d’une seule entreprise. Ce sont des problèmes systémiques qu’on rencontre dans bon nombre d’entreprises, et ces dérives s’accélèrent.
– Le pouvoir doit s’accompagner de responsabilités. Le leadership n’est pas un droit. C’est un devoir de servir quelque chose de plus grand que soi.
– L’éthique doit primer sur l’opportunisme. Les victoires à court terme bâties sur des préjudices à long terme ne sont pas des victoires, mais des désastres au ralenti.
– La croissance doit être redéfinie. Si elle engendre des divisions, des colères, des problèmes de santé ou des manipulations, ce n’est pas une réussite. C’est un échec systémique.
– Les systèmes comptent autant que les individus. Même un leader bien intentionné peut être corrompu par un système qui récompense la toxicité. Nous devons construire de meilleurs systèmes, des systèmes vertueux.

Selon lui, nous avons besoin d’un modèle différent de leadership pour impulser un changement radical de comportements en entreprise, ou au moins éradiquer les comportements néfastes :
– Un leadership ancré dans l’humilité, et non dans l’orgueil.
– Des systèmes conçus pour le service, et non pour l’auto-préservation.
– La reconnaissance que l’attention portée aux autres n’est pas une faiblesse, mais le fondement de tout leadership digne d’être suivi.

Prendre le leadership du vivant dans son entreprise, c’est adopter une stratégie mutuellement bénéfique pour le vivant et pour l’entreprise. Notre note sur le leadership régénératif est à lire ici.

Ainsi les leaders régénératifs développent à la fois les capacités des humains et celle des non humains pour permettre au vivant d’atteindre son plein potentiel dans son milieu de vie. Tous les êtres vivants dans un lieu donné sans exclusion. En soutenabilité forte, c’est a dire en contribuant à la fois aux écosystèmes économiques, sociaux et environnementaux.

Une entreprise qui vise la croissance, voire l’hypercroissance, est en général une « organisation centrée produit » et donc « customer centric ». Sa croissance repose sur la valeur apportée à ses clients et prospects. Mais l’attention est souvent concentrée sur la compétitivité pour proposer des produits et services à des prix raisonnables compte tenu de l’offre, réduisant ainsi les acheteurs finaux à des acteurs rationnels principalement intéressés par le prix, moins par la qualité, et encore moins par les valeurs de l’entreprise.

« Sur l’écologie, il n’y a pas de “backlash” citoyen, mais bien un “backlash” politique » selon Théodore Tallent, politiste. L’enseignant en science politique souligne, dans un entretien au « Monde », qu’il est faux de dire que les Français sont hostiles aux mesures écologiques. A condition que les efforts soient également répartis et les transformations accompagnées, elles emportent l’adhésion. source Le pourcentage de foyers « éco-engagés » est passé de 24 % en 2023 à 21 % en 2024. Kantar prévoit néanmoins un redressement de cette tendance, avec 30 % de foyers éco-engagés d’ici 2028. source

Ne pas investir dans l’écologie est finalement couteux. Les événements climatiques extrêmes (canicules, sécheresses, pluies intenses) survenus cet été dans l’Union européenne coûteront:
– 43 milliards d’euros de pertes macroéconomiques en 2025, soit 0,26 % de la production économique de l’UE en 2024.
– 126 milliards d’ici à 2029, soit 0,78 % de cette production, en prenant en compte les pertes indirectes à venir.
Ce sont les résultats d’une analyse réalisée par des chercheurs de l’Universität Mannheim et de la Banque Centrale Européenne qui s’appuie elle-même sur une étude publiée ce mois-ci dans l’European Economic Review et intitulée : « Going NUTS: The regional impact of extreme climate events over the medium term. »

Les entreprises engagées dans l’écologie sont non seulement plus robustes, mais elles contribuent par l’activité économique aux enjeux sociétaux et environnementaux. Leurs valeurs rencontrent celles de leurs consommateurs finaux et de leurs fournisseurs. Elles portent la même attention aux enjeux et visent un triple impact économique, social et environnemental.

Ainsi une licorne à impact est définie par Impact France comme une entreprise à impact ayant moins de 10 ans d’existence et qui génère plus de 50 millions d’euros de coûts évités pour la société par an (économies réalisées par la collectivité directement liées à l’activité de l’entreprise). Nous avons analysé le top. 40/120 de Impact France sous le prisme de la régénération.

Notre approche des business models régénératifs repose sur l’économie de la mutualité pour poser un cap contributif à une coalition d’acteurs à visée régénérative réunie au delà du seul profit économique, des fournisseurs jusqu’aux consommateurs. Et y parvenir aussi bien à court ou long terme via l’innovation régénérative.

Notre conviction c’est que les entreprises à vocation économique basculent d’un modèle économique à l’autre au niveau de leurs produits, et services si la démonstration est faite que l’impact est une réalité économique, environnementale et sociale.

Ce que nous demandent nos clients c’est de clarifier le business model de l’innovation en triple impact et plus largement de les aider à définir leur stratégie à impact, explorer des nouveaux business modèles, concevoir une innovation à impact, embarquer leurs parties prenantes, améliorer les marges via une certification sur les produits / services.

Le business model de l’entreprise régénérative, c’est un canvas et une série d’ateliers pour concevoir de nouveaux produits / services issus de pratiques régénératives avec l’ensemble des parties prenantes de leur chaîne de valeur. Nous définissons une stratégie viable à court, moyen et long terme En savoir plus

Nous avons posé une méthode de design régénératif issue des retours d’experience du business model régénératif RegenBMC.

Pour adresser les bascules mentales, les changements de comportements et mobiliser nous avons 3 fresques : facteur humain, émotions et imaginaires En savoir plus

Nous vous proposons de prendre le temps de poser votre stratégie régénérative dans un cadre sécurisé entre pairs accompagnés par deux de nos consultants.

Nous lançons les REGENERATIVE CIRCLES pour permettre à un acteur clé d’une organisation d’intégrer la régénération au coeur de son modèle d’affaires en tissant des liens avec d’autres acteurs et organisations. Les REGENERATIVE CIRCLES sont thématisés par pratique régénérative des pratiques agricoles régénératives au leadership régénératif En savoir plus

Nous souhaitons réunir une diversité de profils de la réduction des impacts à l’augmentation des impacts contributifs avec comme volonté commune de trouver un modèle économique en triple impact pour leur activité. 

  • Des organisations envisageant la méthode comme une formation à la régénération et un premier pas vers cette démarche, en particulier en posant une stratégie et un plan d’actions, pour envisager la bascule vers le régénératif en maîtrisant la démarche et en anticipant les implications sur leur business et leur organisation pour mieux mobiliser leurs parties prenantes quand un projet sera lancé.
  • Des organisations envisageant la méthode comme une formation à la régénération et un premier pas vers cette démarche, en particulier en posant une stratégie et un plan d’actions, pour envisager la bascule vers le régénératif en maîtrisant la démarche et en anticipant les implications sur leur business et leur organisation pour mieux mobiliser leurs parties prenantes quand un projet sera lancé.

Le calendrier et les tarifs par pratique régénérative
– Session Agriculture, alimentation, textile, cosmétiques, vin : Onboarding 17 Oct (5 dates à fixer). 5500 euros / participant (réservé aux marques, organisations, associations). Focus innovation produit / service. Possibilité de sessions dédiées : les vins, la laine. Et d’avoir une entreprise pionnière prenne le lead pour intensifier dynamique dans sa catégorie avec des partenaires clés.
– Session Ecosystem : Onboarding 5 décembre (5 dates à fixer). 1000 euros / participant (réservé aux structures accompagnatrices des entreprises, marques, dirigeants)
– Session Leadership : Onboarding 16 Janvier (5 dates à fixer). 5500 euros / participant (réservé aux dirigeants/managers d’entreprises, organisations, associations). Tous secteurs. Focus transformation et mobilisation.
Synergies entre les REGENERATIVE CIRCLES au moment des Lauriers de la régénération en mai 2026 hashtag#regenerativecircleshashtag#lauriers2025hashtag#lauriers2026

Vous pouvez aussi vous former et devenir consultant en business models régénératifs. En savoir plus

Nos case studies « business model régénératif »:

  • Nous avons conçu une version sectorielle du Regen BMC dans le secteur du numérique en nous inspirant de la Livebox de Orange et formé 8 designers à la conception régénérative (ESG by design en CSRD) Lire le retour d’expérience. 
  • Nous avons commencé à co-construire un business modèle régénératif pour l’ortie dans le textile. Nous accompagnons cette filière sur trois ans. Lire le retour d’expérience https://lnkd.in/emEE6txS
  • Convaincre un comex, c’est ce que nous a demandé l’Occitane pour sa marque Melvita.
  • Aligner la strategie régénérative de la marque sur les réalités à court et moyen terme des consommateurs et des fournisseurs pour Bel en France et aux USA.

Faites appel à nos consultants pour une intervention sur mesure. Découvrir nos consultants en innovation et transformation.

Une réponse à « Les personnes négligentes dans les entreprises »

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