
Masterclass Tourisme Régénératif
📅 Contexte et Participants
La réunion, animée par Jérémy Dumont du collectif Nous sommes vivants, avait pour but de présenter le concept de régénération appliqué au tourisme et de recruter un partenaire pour expérimenter notre méthodologie de design régénératif dans ce secteur : le business model régénératif.
Ressources :
Mise à disposition du « Flipbook » et des outils présentés sur le site Nous sommes vivants. https://online.flippingbook.com/view/365725481/
Un article de fond illustré https://noussommesvivants.co/2024/02/10/tourisme-regeneratif/
Et les lauriers de la régénération 2025 https://noussommesvivants.co/les-lauriers-de-la-regeneration/
Participants :
- Marie Carabonella (Réseau des Grands Sites de France) : Intéressée par le dépassement du simple développement durable vers une approche plus contributive.
- Sophie Pirkin: Tourisme responsable – Comité Régional du Tourisme et des Loisirs Occitanie
- Jennifer Renoir (Groupe AFNOR) : Présente pour s’informer sur les normes et le sujet.
- Ez (Entrepreneuse) : Porteuse d’un projet d’écotourisme en Normandie (construction sur un terrain de 3 hectares).
- Guillaume : Participant intervenu sur les contradictions temporelles du tourisme.
1. Le Changement de Paradigme : De la Prédation à la Régénération
Le cœur de la présentation repose sur un changement de modèle mental et économique, passant d’une logique d’exploitation à une logique de soin du vivant.
Les 4 Visions du monde (Relations à la nature) : Le document et la présentation détaillent une évolution des mentalités issue des travaux autour de la fresque des imaginaires de nous sommes vivants.
- Anthropocentrisme (Vivre de la nature) : Approche conventionnelle, tourisme de masse, extraction de valeur.
- Biocentrisme (Vivre dans la nature) : Approche de sanctuaire ou de décroissance, où l’homme est vu comme nuisible et doit être limité ou séparé de la nature.
- Écocentrisme (Vivre avec la nature) : Le Développement Durable classique. On cherche l’équilibre (Net Zéro), l’adaptation et la réduction des impacts négatifs (« Do less harm »).
- Pluricentrisme (Vivre en tant que nature) : L’approche Régénérative. L’objectif est d’augmenter la vitalité et la capacité du vivant (humain et non-humain) à prospérer ensemble (« Thrivable »).
Différence clé Durable vs Régénératif :
- Durable : Vise à minimiser les impacts négatifs pour maintenir un équilibre. C’est une logique de limitation (ex: économie circulaire pour réduire les déchets).
- Régénératif : Vise un impact net positif. Il s’agit de redonner aux êtres vivants les ressources pour atteindre leur plein potentiel. Le tourisme n’est plus vu comme une industrie, mais comme un système vivant.
Le Spectre de l’Évolution : De « Dégénératif » à « Florissant »
- LIMITER (Conventionnel) : Dégénératif (pensée réductionniste, en silos).
- REDUIRE (Durable Sustainable) : Point de bascule « Net Zéro » (neutralité).
- RESTAURER (Restaurer à l’état initial) : Redonne à la nature (ex: replanter, nettoyer).
- RÉGÉNÉRATIF (Thrivable) : Pensée en systèmes vivants, développement intégré, augmentation de la vitalité et de la résilience du système complet….habité par des humains et non humains.
2. Les Trois Écosystèmes Interdépendants
L’approche régénérative refuse le travail en silos et intègre trois capitaux:
- Profit (Capital Financier) : Assurer la viabilité économique à long terme.
- Planet (Capital Naturel) : Eau, biodiversité, sols, carbone. Il ne s’agit pas seulement de protéger, mais de restaurer les services écosystémiques.
- People (Capital Vivant/Social) : Santé, bien-être, culture, justice sociale pour les habitants, les employés et les visiteurs.
3. Méthodologie : Le « Regenerative Business Model » (#RegenBMC)
Pour rendre ce concept opérationnel, Jérémy Dumont propose une méthodologie structurée autour d’un outil : le Regenerative Business Model .
- Le Processus : Un canvas et un parcours de 5 ateliers (5 jours) pour transformer l’offre.
- Comprendre la chaîne de valeur actuelle d’une offre (par exemple offre touristique) et ses impacts dégénératifs.
- Engager de nouvelles parties prenantes (y compris la nature) sur une nouvelle chaîne de valeur à 5-10 ans
- Définir une proposition de valeur aux bénéfices mutuels (co conception)
- Planification stratégique avec une offres de transition pour arriver plus vite au seuil de tentabilité
- Plan d’action et définition des indicateurs (KPIs).
- Collaboration Radicale : Le modèle repose sur la création de coalitions locales. On passe d’une relation transactionnelle client/fournisseur à une relation de réciprocité des parties prenantes de l’offre au sein d’un territoire.
- Indicateurs clés : Pour éviter le greenwashing, l’impact doit être mesuré sur l’eau, le carbone, la biodiversité et la santé humaine.
4. Études de Cas Concrètes
Deux exemples majeurs ont été détaillés pour illustrer la faisabilité du concept :
A. Playa Viva (Mexique) : Régénération Territoriale
- Problème initial : Exode rural et terres dégradées. La population du village voisin (Juluchuca) avait chuté de 641 à 528 habitants.
- Actions : Co-création avec les habitants, création d’une coopérative de sel pour assurer des prix justes, programmes éducatifs, sanctuaire pour tortues.
- Résultats : En 2020, la population est remontée à 691 habitants avec de meilleurs moyens de subsistance. L’hôtel a reçu le prix « Excelencias Turísticas ».
B. Ottercreek Woodworks (Canada) : « De l’Arbre à la Table »
- Concept : Une expérience touristique où les visiteurs choisissent leur bois en forêt, comprennent l’écosystème (réseau mycélien), et fabriquent leur planche de charcuterie.
- Impact Régénératif : Reconnexion à la nature et contribution directe : chaque ticket finance la régénération de 8 m² de forêt locale (800+ arbres plantés à ce jour).
- Impact Économique : Diversification des revenus (20% du CA provient désormais du tourisme) et revitalisation de l’artisanat.
C- France (Lauriers de la Régénération) :
- Etic : Architecture et tiers-lieux favorisant le bien-être et l’éco-conception.
- Château de Nanterre : Utilisation d’un patrimoine pour créer une communauté (restauration, permaculture, insertion).
- La Fénière : Restaurant étoilé ESS avec une approche holistique (fonds de dotation, santé, agriculture).
5. Défis et Débats Soulevés
La discussion a mis en lumière des points de tensions importants :
- Le Scepticisme du « Net Positif » : Marie (Grands Sites de France) a souligné la difficulté de prétendre à un impact positif global compte tenu du transport (avion/voiture) des touristes.
- Piste de solution : La régénération vise à maximiser la contribution locale (sociale et écologique) pour compenser et dépasser les impacts négatifs…d’une offre de services (et pas de l’ensemble des offres) …Et sur une liste restreinte d’indicateurs (pas tous)
- La Question du Temps : Guillaume a noté que le tourisme régénératif semble incompatible avec la « consommation rapide » de voyages.
- Piste de solution : Allonger la durée de séjour, favoriser le tourisme de proximité et le « Slow Travel ».
- La Complexité pour les Entreprises : Jennifer (AFNOR) a interrogé la capacité des entreprises à adopter ces indicateurs complexes sans contrainte réglementaire.
- Piste de solution : S’appuyer sur des labels existants (Clef Verte, Bio, ESS) et collaborer pour mutualiser les efforts, en s’adressant à un marché de consommateurs « éco-actifs » en croissance (22% des acheteurs).
Conclusion
La masterclass a démontré que le tourisme régénératif est une approche systémique exigeante mais porteuse de sens et de valeur économique. Elle nécessite de ne plus penser « produit touristique » mais « système de parties prenantes » ancré dans un territoire.
🚀 Prochaines Étapes
Appel à projet : Jérémy recherche une entreprise ou un organisme touristique pour être « bêta-testeur » de la méthode de Business Model Régénératif sur un cas concret.
EN savoir plus sur notre approche https://noussommesvivants.co/le-business-model-canvas-de-l-entreprise-regenerative-2/


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