L’enjeu politique de la trajectoire des entreprises vers la régénération du vivant

Introduction — Dans le prolongement de l’Appel du 18 juin pour le vivant

Dans le prolongement de l’Appel du 18 juin pour le vivant, il ne s’agit plus de demander des ajustements ou des améliorations symboliques : il s’agit de repousser les frontières de l’action politique et économique vers ce qui renforce réellement la capacité du vivant à continuer. Cet appel collectif — signé par des citoyens, des scientifiques, des activistes, des professionnels et des acteurs économiques — n’est pas un vœu pieux : il est une injonction politique à reconstruire notre économie sur une base autrement plus substantielle que celle de la croissance, de la conformité ou de la simple réduction d’impact.

Aujourd’hui, la trajectoire des entreprises vers la régénération du vivant est au centre de cet enjeu politique. Parce qu’elle porte la question de l’usage de l’argent public, de la justice fiscale et de la crédibilité de la transition, elle ne peut plus être traitée comme un paramètre secondaire des politiques publiques ou des stratégies d’entreprise. Tant que les aides publiques continuent de financer des actions qui ne modifient pas les modèles économiques de fond, elles fragilisent la confiance des citoyens, dispersent l’effort collectif et affaiblissent la capacité de nos sociétés à affronter les crises qui s’accumulent. L’Appel du 18 juin nous rappelle que le vivant — humain et non humain — n’est pas un décor, ni une externalité, ni un poste de coûts : il est le socle de toute continuité.

Or cela pose une question décisive : quel est le sens de l’effort collectif si l’argent de tous ne sert pas à construire une économie qui profite à tous — y compris aux systèmes de vie qui rendent l’économie possible ?

Ce questionnement traverse les débats contemporains sur la justice fiscale et sur la fin des « chèques en blanc ». Il met au défi les dirigeants publics et privés de dépasser les logiques de soutien conjoncturel ou de conformité technique pour embrasser une politique de renforcement des capacités réelles des organisations et des territoires. C’est une politique qui ne se contente plus de gérer les symptômes d’un système fragile, mais qui place la régénération du vivant au cœur de l’ambition collective : un objectif qui relie justice sociale, résilience économique et contribution positive aux écosystèmes.

Cette transformation n’est pas une option morale ou un supplément d’éthique. Elle est une condition politique pour que la transition écologique devienne une mobilisation légitime — une condition de cohésion, de confiance et de capacité à durer qui soit à la hauteur des défis contemporains.

La trajectoire des entreprises vers la régénération du vivant est devenue un enjeu politique central : elle conditionne la justice de l’effort collectif, l’usage de l’argent public et la crédibilité de la transition. Tant que les aides financent des actions sans transformation structurelle, elles fragilisent la confiance. À l’inverse, orienter les financements vers le renforcement des capacités économiques, sociales et environnementales des entreprises permet de concilier résilience, bien vivre et performance durable. La régénération n’est plus une option morale, mais une condition de continuité.

Plaidoyer : L’enjeu politique de la trajectoire des entreprises vers la régénération du vivant

La crise écologique, la crise sociale et la crise économique ne sont plus des crises distinctes. Elles s’alimentent mutuellement et révèlent une fragilité commune : notre difficulté collective à organiser une transformation perçue comme juste, crédible et durable. Les débats contemporains sur la justice fiscale et sur la fin des « chèques en blanc » aux entreprises ne sont pas des controverses techniques. Ils traduisent une crise de légitimité plus profonde : celle de l’effort collectif, de sa répartition et de l’usage de l’argent public.

Dans un contexte de restrictions budgétaires, d’efforts accrus demandés aux citoyens et de dégradation des services publics, la fiscalité devient un point de cristallisation majeur. Non parce que l’impôt serait en soi excessif, mais parce que l’équité perçue du système est mise en cause. Lorsque l’effort est jugé asymétrique, lorsque certains acteurs économiques contribuent proportionnellement moins que d’autres, et lorsque la finalité collective de l’impôt devient illisible, le consentement s’érode. La justice fiscale cesse alors d’être un principe moral abstrait : elle devient une condition fonctionnelle de la capacité démocratique à engager des transformations écologiques et sociales de long terme.

Cette crise de légitimité se prolonge directement dans la manière dont l’argent public est mobilisé pour soutenir l’économie. Les aides aux entreprises ont souvent été justifiées par l’urgence, la compétitivité ou la préservation de l’emploi. Mais lorsqu’elles sont accordées sans conditions claires, elles entretiennent une incohérence profonde. Elles soutiennent des modèles économiques fragiles sans garantir leur transformation, tout en alimentant un sentiment d’injustice lorsque des efforts sont demandés ailleurs. Mettre fin aux « chèques en blanc » ne signifie pas réduire le soutien aux entreprises ; cela signifie changer sa logique : passer d’un soutien à l’existant à un investissement orienté vers la transformation réelle.

L’analyse des dispositifs de financement de la transition montre un paradoxe central : les aides publiques existent en grand nombre, mais leur logique ne garantit pas qu’elles renforcent réellement la capacité régénérative des entreprises et des territoires. Comme le met en évidence le panorama des financements recensés par HAATCH et Bloomr, une large part des aides soutient des diagnostics, des études ou des investissements ciblés, sans exigence explicite de transformation structurelle des modèles économiques. Ces dispositifs, bien qu’utiles ponctuellement, peuvent être mobilisés sans modifier en profondeur les chaînes de valeur, la gouvernance ou la relation au vivant.

Dans ce cadre, l’argent public agit davantage comme un amortisseur conjoncturel que comme un levier de résilience et de régénération des capacités à long terme. C’est précisément cette absence de finalité capacitaire qui transforme certaines aides en « chèques en blanc » : elles financent des actions sans garantir une contribution durable au climat, à la biodiversité, à la santé ou à la cohésion territoriale. D’où l’enjeu central soulevé par la régénération : ne plus se demander seulement si une aide existe, mais ce qu’elle permet réellement de renforcer. Sans critères orientés vers la capacité à durer — humains compris — la transition reste fragmentée, inefficace et socialement contestable. Le passage d’une logique de guichet à une logique capacitaire devient alors une condition clé pour que l’argent public soutienne des trajectoires économiques véritablement régénératives.

Derrière ces enjeux politiques se cache une question rarement posée explicitement : que cherchons-nous réellement à renforcer avec l’argent collectif ? Tant que les politiques publiques financent des activités sans interroger leur capacité à durer dans un monde instable, elles échouent à répondre à la crise sociale comme à la crise écologique. C’est précisément ce que met en évidence le rapport 2025 du Collège des Directeurs du Développement Durable, qui établit un lien direct entre régénération et résilience des entreprises. La régénération n’y est pas présentée comme une posture morale ou un supplément d’âme, mais comme une condition de continuité économique : restaurer et renforcer les systèmes sociaux et écologiques dont dépend l’activité devient un enjeu stratégique. Une condition majeure de continuité des politiques RSE.

La 13ème édition de l’étude Tennaxia (2025) pose une corrélation entre la donnée et la transformation du business model. La CSRD n’est plus vue comme une simple case à cocher, mais comme une opportunité de repenser la résilience de l’entreprise pour 67 % des répondants (contre 57 % en 2024). La gouvernance se professionnalise avec 84 % de structures dédiées et une implication massive des directions financières (85 %) et des achats (63 %). Sa capacité à piloter sa performance durable — devient un levier compétitif : 62 % voient le reporting comme un outil de pilotage opérationnel et 89 % utilisent déjà ces données pour répondre aux exigences des banques et investisseurs. L’étude démontre que la maturité carbone (90 % mesurent le Scope 3) et l’analyse de matérialité (ESRS E1 et G1 en tête) ne servent plus uniquement à la conformité, mais à la pérennité économique, prouvant que l’ESG a définitivement intégré le cœur réacteur de la stratégie des entreprises.

Ce déplacement du regard est décisif. Il permet de sortir d’une vision où la transition serait un coût ou une contrainte pour la considérer comme une question de capacité à tenir les trajectoires et objectifs dans le temps. Dans cette perspective, l’entreprise apparaît comme un levier politique à part entière. Non parce qu’elle se substituerait à l’État, mais parce qu’elle est un lieu central de décision, d’allocation de ressources, de structuration des chaînes de valeur et de relations territoriales. Or toutes les entreprises ne sont pas au même niveau de maturité, et aucune ne peut basculer instantanément vers un modèle pleinement régénératif.

Orienter l’action publique et les financements vers le renforcement des capacités, plutôt que vers le simple soutien d’activités, est une proposition conceptuellement séduisante et politiquement pertinente. Mais elle soulève une question méthodologique majeure, trop souvent éludée : comment mesure-t-on objectivement la « capacité à durer » ?

La question centrale et impérative, qui mobilise l’attention, est devenue celle de la continuité des activités économiques dans un monde instable, marqué par des dépendances environnementales, humaines et territoriales devenues des risques stratégiques. Tout en gardant un haut niveau de vigilance sur la croissance économique pour continuer à créer de la valeur dans un cadre de contraintes économiques et d’arbitrages responsables. La régénération étant une « croissance sélective » ou « post-croissance » Rapport du Sénat sur les 4 pistes économiques.

Les indicateurs financiers traditionnels — rentabilité, solvabilité, productivité — sont insuffisants, car ils ignorent l’essentiel des dépendances écologiques et sociales dont dépend pourtant la continuité économique. Ils peuvent signaler une performance à court terme tout en masquant une fragilisation profonde des chaînes d’approvisionnement, des territoires ou de la santé humaine. À l’inverse, les nouveaux indicateurs mobilisés pour appréhender la transition — biodiversité, qualité des sols, bien-être et santé des salariés, robustesse des filières, résilience logistique — posent une autre difficulté : sont-ils aujourd’hui suffisamment stabilisés, comparables et auditables pour fonder des décisions d’allocation de ressources publiques ?

Sans cadre clair, le risque est double. D’un côté, continuer à financer ce qui est facilement mesurable mais structurellement fragile. De l’autre, basculer vers des critères trop déclaratifs, hétérogènes ou technicisés, qui affaibliraient la crédibilité politique des politiques de transition. C’est précisément dans cet interstice — entre des indicateurs financiers aveugles au vivant et des indicateurs écologiques ou sociaux encore dispersés — que se joue la possibilité d’un pilotage rigoureux des trajectoires régénératives.

Surtout, cette trajectoire vers la régénération n’est plus théorique certaines entreprises sont déjà dans une triple profitabilité — environnementale, sociale et économique. Les Lauriers de la régénération ont mis en lumière des exemples de modèles économiques régénératifs capables de contribuer positivement au climat, à la biodiversité et à la santé tout en étant viables et compétitifs. Ces exemples démontrent que régénérer le vivant n’est ni un coût ni un luxe : c’est un levier de création de valeur durable. Avec un enjeu de juste contribution et de partage équitable de la valeur dans des gouvernances nouvelles dans les territoires.

C’est pour répondre à cette réalité que Nous Sommes Vivants a développé un score de maturité de la RSE vers le régénération. Plutôt que d’opposer des entreprises « vertueuses » à d’autres qui ne le seraient pas, ce score clarifie une trajectoire progressive qui permet de situer une organisation par rapport à sa capacité réelle à évoluer. Il distingue des registres successifs — limiter, réduire, restaurer, régénérer — non comme des étiquettes, mais comme des dynamiques. Cette approche rend visibles les leviers activables, les fragilités structurelles et les conditions concrètes d’un passage vers des modèles plus robustes.

Les pratiques de pilotage environnemental et RSE peuvent être lues comme une progression continue, allant de la conformité réglementaire au renforcement actif des capacités du vivant.

Au niveau 1 — LIMITER (Conformité), l’entreprise mesure principalement le carbone (scopes 1, 2, 3) pour répondre aux exigences de la CSRD et des politiques publiques. Les trajectoires de réduction sont documentées afin de démontrer la conformité réglementaire, avec un objectif prioritaire d’automatisation du reporting et de sécurisation des obligations légales. D’autres impacts sont mesurés.

Au niveau 2 — RÉDUIRE (Gestion des risques), le suivi s’élargit au carbone, à l’eau, à l’énergie, aux déchets et aux pollutions. Ces indicateurs sont utilisés régulièrement pour prioriser les risques et impacts en double matérialité, optimiser l’existant et sécuriser les marges face aux instabilités économiques. Ils sont pilotés.

Au niveau 3 — RESTAURER (Robustesse), l’attention se déplace vers les conditions de continuité productive. L’entreprise suit la fertilité des sols, la quantité disponible de l’eau et des matières premières, et le lien social avec une attention aux vulnérabilités, afin d’orienter ses achats, ses filières et ses partenariats, et de réparer les milieux et relations humaines clés pour sa production.

Au niveau 4 — RÉGÉNÉRER (Régénération), l’entreprise agit au-delà de ses besoins directs de production. Elle vise le renforcement de la qualité de l’eau, de la vie dans les sols, de la biodiversité et des habitats naturels, ainsi que le bien être humain dans toutes ses chaîne de valeur dans une logique One Health et ceci de manière à accroître les capacités socio écosystémiques des territoires, générant une valeur durable à triple impact — économique, social et écologique.

C’est un cadre de réflexion structuré permettant à un dirigeant (et toute autre professionnel engagé) de poser sa réflexion qui ne prétend pas évaluer une performance et encore moins la certifier. Par contre ce cadre s’intègre à la CSRD en cohérence avec les approches théoriques internationales de la régénération (voir source en bas). Nous proposons a tout décideur de prendre un moment de réflexion sur sa trajectoire en découvrant son Capacity Score. Exemple pour Michelin.

Les Lauriers de la régénération 2025 ont permis d’identifier des produits et services qui incarnent concrètement cette triple profitabilité — environnementale, sociale et économique. On y retrouve par exemple des filières agricoles et alimentaires fondées sur l’agriculture régénérative, où la restauration des sols, l’allongement des rotations et la coopération avec les agriculteurs permettent à la fois d’améliorer la biodiversité, de sécuriser les revenus agricoles et de proposer des produits compétitifs sur le marché. Ces modèles montrent que la santé des sols devient un actif économique stratégique.

Parmi les exemples les plus parlants, ECOTONE a réalisé 710 M€ de chiffre d’affaires en 2024, dont une très large majorité en produits bio, végétariens ou équitables, démontrant qu’une offre agroalimentaire fondée sur des rotations longues et cultures mixtes peut être compétitive sur les marchés actuels. LÉA NATURE, acteur majeur de la cosmétique bio, affiche 502 M€ de CA avec une production largement localisée en France et une organisation de gouvernance intégrant des parties prenantes multiples. Des modèles plus spécifiques comme “C’est qui le patron ?” ont connu une croissance marquée avec 100 M€ de chiffre d’affaires, vendant des produits laitiers avec un cahier des charges co-construit par les consommateurs.

D’autres lauréats combinent impact territorial et performance économique : elmy, entreprise d’énergie renouvelable, rassemble plus de 350 GWh d’énergie verte gérés et 130 M€ de chiffre d’affaires, tout en structurant des solutions d’électricité 100 % verte pour des usages réels. ETIC, dans l’immobilier social et solidaire, a mobilisé 65 M€ de financements solidaires pour des projets de rénovation basse consommation de grande échelle, démontrant comment des projets à but social peuvent être soutenus par des mécanismes financiers innovants et viables.

Les secteurs primaires ne sont pas en reste : Les Compagnons du Miel structurent un réseau de 210 apiculteurs, ancrant la production apicole dans des pratiques durables de biodiversité, et Château Galoupet, domaine viticole de 69 ha, protège plus de 5 millions d’abeilles via des pratiques écologiques certifiées. Des initiatives internationales montrent également l’échelle globale de cette dynamique : la filière cacao régénératif portée par Dr. Bronner’s a permis de convertir plus de 2 240 ha de cacaoyers au Ghana et en Côte d’Ivoire, soutenant près de 954 agriculteurs dans l’amélioration des sols et des rendements.

Ces exemples attestent que des modèles d’affaires fondés sur une contribution positive au climat, à la biodiversité, à la santé humaine et à la cohésion sociale peuvent générer des revenus significatifs, démontrant qu’une économie régénérative n’est pas seulement une aspiration écologique, mais une réalité économique viable et structurée dans nos territoire

Dans l’ensemble de ces trajectoires, un point commun se dégage : la valeur créée n’est plus captée uniquement au sommet, mais mieux partagée entre les acteurs de la chaîne — producteurs, salariés, partenaires territoriaux — à travers des formes de gouvernance plus coopératives. C’est précisément ce partage de la valeur, adossé à une contribution positive au vivant, qui rend ces modèles économiquement soutenables et socialement acceptables dans la durée.

Ainsi un grand nombre d’entreprises pourraient viser la régénération …Ce que propose la renaissance industrielle au prisme du Made in France régénératif c’est de ne plus seulement « résister » à la désindustrialisation en produisant français pour des raisons ponctuelles, mais de faire de l’industrie un moteur de régénération du vivant humain et non humain, des savoir-faire et des territoires. Cette démarche redéfinit l’industrie comme un outil de contribution positive nette en triple impact — environnemental, social et économique — plutôt que comme un simple vecteur de production. Dans ce paradigme, l’entreprise s’interroge non seulement sur son empreinte carbone, mais sur la question existentielle : est-ce que la France va mieux parce que notre usine existe ?

Concrètement, une usine régénérative devient un point d’ancrage territorial : elle restaure les sols en intégrant des filières locales (lin, chanvre, matières premières à faible pression écologique), revitalise la biodiversité par des matières premières adaptées et tisse des coopérations sociales qui sécurisent des revenus pour les agriculteurs et maintiennent des savoir-faire industriels locaux. La proximité géographique devient elle-même un levier de résilience, car elle ancre l’entreprise dans un écosystème territorialisé, rendant les emplois moins délocalisables et renforçant le tissu social. Cette vision de l’industrie comme « organe du territoire » offre une illustration très concrète de ce que signifie produire en France pour régénérer la France, en réconciliant performance économique, robustesse sociale et contribution écologique, et en reliant directement la trajectoire des entreprises régénératives à une vision stratégique nationale de résilience économique et territoriale.

Cette renaissance industrielle ne vaut pas seulement par ses bilans environnementaux ou ses promesses de compétitivité. Elle compte aussi par ce qu’elle rend possible du côté du bien vivre : un territoire qui tient, c’est d’abord un territoire où l’on peut se loger, se déplacer, se soigner, travailler sans s’épuiser, transmettre un métier, et se projeter. L’écologie populaire commence là : quand la transformation écologique cesse d’être un récit abstrait ou culpabilisant pour devenir une amélioration tangible des conditions de vie, de la santé, de la sécurité alimentaire, de la qualité de l’air et des liens sociaux. Une usine régénérative n’est pas seulement « moins impactante » ; elle peut devenir un lieu qui augmente les capacités du vivant humain : coopération, fierté du travail bien fait, stabilité des revenus, qualité des relations, apprentissages, et attachements au lieu. C’est aussi une écologie de la dignité : faire en sorte que la transition ne repose pas sur les mêmes, ne se paie pas par la précarité, et ne se traduise pas par une mise à distance des classes populaires, mais qu’elle renforce au contraire la capacité des territoires à offrir des vies habitables — concrètes, désirables, tenables.

Conclusion — Piloter par la capacité régénérative, condition de la continuité des trajectoires engagées

La transition écologique des entreprises ne manque ni de concepts ni d’intentions. Elle manque de cohérence entre effort demandé, règles du jeu et transformation réelle des modèles économiques. En articulant enjeux politiques, trajectoires d’entreprise et pilotage par les capacités, il devient possible de sortir de l’impasse actuelle. Non en promettant un futur idéalisé, mais en renforçant, pas à pas, la capacité du vivant — humains compris — à continuer, comme des conditions de viabilité économique mais au service du bien commun.

L’enjeu est désormais simple et décisif. D’une part, conditionner les aides publiques et les incitations fiscales à la trajectoire de capacité des entreprises. Soutenir une organisation ne doit plus dépendre de sa taille, de son secteur ou de ses difficultés conjoncturelles, mais de sa capacité démontrée à régénérer les ressources — environnementales, sociales et territoriales — dont elle dépend. La justice fiscale et le consentement à l’effort collectif ne se rétabliront qu’à cette condition : que l’argent de tous serve effectivement à bâtir une économie qui profite à tous, en renforçant la continuité des territoires, des filières et du vivant.

D’autre part, ce plaidoyer est un appel clair aux dirigeants d’entreprise — CEOs, directeurs financiers, responsables RSE. La régénération n’est pas un horizon lointain ni une option éthique : elle devient une boussole de survie dans la polycrise. Ne voyez plus la CSRD ou les scores de maturité comme des examens de passage ou des contraintes bureaucratiques. Dans un monde où les ressources se raréfient, où les chaînes de valeur se fragmentent et où la confiance sociale s’érode, ces cadres sont des outils de pilotage stratégique. Passer du stade où vous « limitez vos dégâts » à celui où vous « régénérez vos actifs » n’est pas une posture morale, mais une décision de continuité. Une entreprise qui ne restaure pas son écosystème social et naturel se condamne. La question n’est plus de savoir combien la transition va coûter, mais combien de temps votre modèle pourra encore tenir sans elle.

A lire ici https://noussommesvivants.co/2025/12/14/la-renaissance-industrielle-quand-le-made-in-france-devient-regeneratif/

Annexes

Voici nos références :

  • Les travaux de Regenesis Institute insistent sur cette primauté de la finalité : tant que l’objectif reste la croissance, l’optimisation ou la conformité, les solutions demeurent structurellement limitées. La régénération commence lorsque la question centrale devient : en quoi ce que nous concevons renforce-t-il la capacité du système vivant à évoluer favorablement ?
  • Le STOCKHOLM RESILIENCE CENTRE. Article du fondateur du Centre, Carl Folke, et de ses collègues, explore comment le concept émergent de régénération se compare à la pensée en matière de résilience.
  • Travaux de recherche scientifique qui posent ce que sont les business models régénératifs en comparaison avec les modèles durables et circulaires (en anglais ICI) (en Français LA)
  • La CSRD (ou ISO 2600) permet : de rendre visible les tensions réelles entre activités économiques et vivant, et de poser une base factuelle commune (pas régénérative mais minimale) pour engager des transformations plus profondes dans des cadres de reporting normés https://noussommesvivants.co/2024/12/08/passer-en-soutenabilite-forte-en-posant-sa-strategie-csrd-et-en-innovant/
  • Ces approches rejoignent des référentiels exigeants comme ceux portés par la Regenerative Organic Alliance (https://regenorganic.org), qui articulent santé des sols, bien-être humain et équité économique avec affichage sur les produits.

Pour aller plus loin lire/visionner :

Laisser un commentaire