L’écologie, entre radicalité et trajectoires collectives viables, ou en sommes nous ?

Introduction : Prise de parole entreprises, territoires et régénération du vivant sur la journée Humus

À partir de données chiffrées, de tendances, des imaginaires et d’exemples concrets issus des entreprises, et plus largement du monde économique et politique, Jérémy dumont de nous sommes vivants a proposé une lecture structurée de l’écologie et des trajectoires possibles vers une économie régénérative, ancrée dans les territoires et fondée sur le renforcement des capacités du vivant — humains compris.

L’initiative HUMUS est portée par plusieurs réseaux majeurs de la société civique — dont le Mouvement pour l’Économie Solidaire, le Collectif des Associations Citoyennes, le Collectif pour la Transition Citoyenne et l’Archipel des Confluences. L’initiative s’inscrit clairement dans la filiation des travaux de Patrick Viveret, notamment sur la critique de la réduction de la valeur au seul registre économique, sur la nécessité de repenser la richesse, et sur l’urgence de refonder les finalités de l’action collective. HUMUS prolonge cette pensée en la mettant en mouvement : non pas produire un énième diagnostic, mais créer les conditions d’une alliance civique capable d’influencer réellement les choix politiques.

En référence à l’humus vivant — ce sol fertile issu de la décomposition et de la coopération — l’initiative revendique une posture : prendre soin des conditions de la vie collective, cultiver les alliances, et permettre l’émergence de futurs habitables, sans promesse de solution miracle, mais avec une exigence de cohérence et de responsabilité.

Crises écologique, sociale et économique ne sont plus des phénomènes distincts. Elles révèlent une fragilité commune des modèles productifs, des imaginaires et des trajectoires économiques.

L’écologie est la science et la pratique des relations entre les êtres vivants — humains et non humains — et leurs milieux de vie. Elle ne se réduit ni à la protection de la nature, ni à la gestion d’impacts, ni à une liste de contraintes environnementales. Dans une lecture contemporaine, l’écologie révèle que :

  • les crises environnementales, sociales et économiques sont indissociables,
  • les écosystèmes sont des milieux de vie relationnels,
  • la qualité des relations (humaines, sociales, écologiques) conditionne la capacité à durer.

L’écologie ne consiste pas juste à “sauver la nature”, mais à habiter le monde de manière juste, en tenant compte des interdépendances, des limites et des vulnérabilités du vivant — humains compris.

Chez Nous Sommes Vivants, la régénération est définie comme : La capacité du vivant — humain et non humain — à atteindre son plein potentiel dans son milieu de vie. La régénération vise le renforcement des capacités propres du vivant, en particulier : la capacité des humains à coopérer, décider, apprendre et prendre soin sans s’épuiser, la capacité des écosystèmes à se renouveler, à maintenir leurs fonctions et leurs relations, la capacité des territoires à soutenir des activités économiques viables, habitables et contributives. 👉 La régénération ne promet pas un futur idéal ; elle crée les conditions pour que le vivant puisse continuer.


Un contexte politique sous tension, une écologie plus stable qu’il n’y paraît

Contrairement à une perception largement diffusée, la situation sociale globale n’est pas uniformément catastrophique.

Une dynamique préoccupante s’impose néanmoins : la montée d’un autoritarisme libéral. Il ne s’agit pas d’un basculement intrinsèque du capitalisme, mais d’une radicalisation du néolibéralisme, désormais assumé dans sa dimension autoritaire. Ces discours occupent une place centrale dans l’espace médiatique et politique.

Il n’existe pas, à ce stade, de backclash écologique massif au sein de la population. Le clivage est avant tout politique, structuré par une convergence entre la droite et l’extrême droite.
Un point de vigilance majeur concerne le positionnement de certaines entreprises, qui tendent à soutenir ces mouvements lorsqu’ils permettent un alignement entre intérêts économiques internes et discours politiques externes.

Les parallèles historiques avec les périodes précédant la Seconde Guerre mondiale soulignent la récurrence de ces configurations.


Des niveaux de mobilisation qui se maintiennent

La société civile demeure active et mobilisée

La pétition contre loi du plomb a ainsi recueilli près de deux millions de signataires, passés par un site gouvernemental pour déposer leurs données personnelles. Ce chiffre est significatif.

Il correspond exactement au niveau atteint par la pétition climat de 2018, portée notamment par Notre Affaire à Tous.

Ces données indiquent un niveau de mobilisation stable. Certains y verront un retour à 2018 ; il s’agit surtout d’un maintien, et non d’un effondrement de l’engagement collectif.

La mobilisation change toute fois de nature en reliant les enjeux économiques, sociaux et environnementaux.


Consommation : des engagements écologiques qui tiennent malgré les inquiétudes des entreprises

Les dynamiques observées dans les entreprises contredisent un recul de l’écologie dans les comportements d’achat.

  • La voiture électrique poursuit une trajectoire globalement positive.
  • Les produits biologiques résistent malgré les arbitrages budgétaires. Biocoop enregistre +7 % de parts de marché, traduisant une progression structurelle.
  • Les banques mutualistes (Crédit Agricole, Crédit Mutuel) figurent parmi les principaux financeurs des prêts immobiliers.
  • La MAIF est régulièrement citée comme publicité préférée des Français, pour sa transparence et son implication collective.
  • AXA adapte profondément sa communication, notamment sur les violences faites aux femmes, en intégrant les vulnérabilités sociales.

Ces éléments confirment que, malgré un ralentissement économique et une baisse du pouvoir d’achat, des dynamiques de transformation persistent.

Notre étude sur les freins de l’écologie avait pointé que les consommateurs souhaitent avant tout des alternatives écologiques accessibles. (étude IPSOS pour l’université du facteur humain / nous sommes vivants).

Les quatre imaginaires structurants de l’écologie

Les trajectoires écologiques sont conditionnées par des imaginaires de l’écologie dominants. Quatre sont identifiés au sein de Nous Sommes Vivants.

Face à une écologie souvent perçue comme punitive, contraignante ou déconnectée du quotidien, le collectif Nous Sommes Vivants propose un changement de paradigme. Le constat est clair : si l’utopie écologique est partagée par 50 % des Français, elle se heurte aujourd’hui à une « panne du désir d’avenir » et à un déficit d’objectifs collectifs selon l’observatoire des imaginaires Obsoco 

1. L’anthropocentrisme
Il repose sur la surexploitation et la prédation, avec une vision du monde centrée sur l’humain comme acteur dominant. Il est étroitement associé aux discours de sobriété.
Les données de l’ADEME indiquent qu’environ 16 % des Français adhèrent réellement à cette logique, lorsqu’elle implique des changements concrets de modes de vie.

2. Le biocentrisme
Il reconnaît la valeur intrinsèque de tous les êtres vivants — humains et non humains —, la biodiversité, la singularité et la recherche d’une juste place. Cet imaginaire est principalement porté par les discours de décroissance. Les enquêtes montrent une adhésion stable autour de 5 % de la population, sans dynamique d’élargissement notable.

3. L’écocentrisme
Il concerne l’adaptation climatique, l’adaptation des territoires et la prise en compte des vulnérabilités sociales et environnementales. Par extension c’est la résilience et la robustesse. En France, cet imaginaire ne structure réellement l’action publique que depuis environ trois ans. On y retrouve la théorie du donut mise en oeuvre par la Ville de Grenoble.

4. Le multicentrisme. L’imaginaire de la régénération
Encore peu chiffré à grande échelle, il constitue néanmoins un champ croissant d’expérimentations concrètes, notamment dans les entreprises et les territoires. Il est porté par un écosystème d’acteurs dont la CEC, convention des entreprises pour le climat et le C3D, collège des acteurs du developpement durable, et nous sommes vivants. Son socle est proche du biocentisme mais il ne mène pas à la décroissance. Il mène à la post décroissance.


L’imaginaire du buen vivir est celui de la régénération

Le Buen Vivir porté par Patrick Viveret et l’Archipel citoyen « Osons les Jours Heureux » est une boussole de sens et d’action qui oriente les sociétés vers une manière juste, vivante et désirable de vivre ensemble. Il invite à aligner les finalités économiques, sociales et politiques avec ce qui renforce la force de vie, humaine et non humaine.

Au cœur du Buen Vivir se trouve une compréhension élargie de la valeur : la valeur naît de ce qui fait grandir la vitalité, la qualité des relations, la capacité des écosystèmes et des collectifs à durer et à se transformer.

Le Buen Vivir reconnaît la triple aspiration humaine à l’amour, au bonheur et au sens comme une ressource fondamentale pour l’organisation des sociétés. Ces aspirations deviennent des leviers politiques et économiques, guidant les choix collectifs, les modes de production et les formes de gouvernance.

Il propose une écologie pleinement incarnée, où l’acceptation des limites s’accompagne d’un art de vivre fondé sur la justesse, la mesure habitable et la qualité du lien. La prospérité y est comprise comme la capacité à bien vivre ensemble, dans le respect des milieux de vie.

Le Buen Vivir s’inscrit dans une démocratie vivante, où la délibération sur ce qui compte vraiment devient un moteur de décision, et où l’intelligence collective, sensible et relationnelle est reconnue comme une richesse centrale.

Enfin, le Buen Vivir réhabilite la douceur comme puissance d’action : une force relationnelle qui soutient la coopération, la confiance et la capacité des sociétés à traverser les transformations sans se durcir.


La trajectoire des entreprises vers la régénération du vivant

Depuis six ans, Nous Sommes Vivants anime un réseau facilitateur, coach et accompagnateur de la transition écologique dans les entreprises.

L’année en cours marque une étape structurante : l’émergence d’un ancrage territorial effectif, avec des adhérentes présentes dans l’ensemble du territoire français — à l’exception notable de la Bretagne, qui demeure en retrait.

Issu du monde des études, ce travail vise à poser des repères factuels, culturels et économiques sur la période de bouleversements en cours, à partir de données, d’analyses d’imaginaires et de trajectoires observables dans les entreprises.


Origine et positionnement de Nous Sommes Vivants

La création de Nous Sommes Vivants répond à une question structurante :
comment rendre l’écologie profonde opérante dans les entreprises ?

Prendre soin de soi, des autres et de la nature, dans une logique de vivre-ensemble territorial, sans exclusion. Il y a six ans, l’écologie en entreprise se limitait largement au bilan carbone.

Un paradoxe s’imposait : l’horizon collectif — air pur, alimentation de qualité, services publics solides — suppose un effort considérable, alors même que les entreprises le perçoivent majoritairement comme un coût.

La réponse apportée repose sur la régénération, structurée autour de deux volets complémentaires.


Premier volet : le facteur humain

Le facteur humain constitue le premier pilier.

  • La Fresque du Facteur Humain explore les freins inconscients au changement de comportement.
  • La Fresque des Émotions analyse la manière dont les émotions mettent en mouvement ou figent l’action.
  • La Fresque des Imaginaires permet une projection collective vers des futurs désirables.

Dans les démarches portées par Nous Sommes Vivants, le précieux facteur humain de Patrick Viveret désigne l’ensemble des capacités humaines et relationnelles sans lesquelles aucune transition écologique, sociale ou économique n’est possible :

  • capacité à coopérer sans s’épuiser,
  • capacité à décider dans l’incertitude,
  • capacité à ressentir, à nommer et à partager les émotions,
  • capacité à apprendre, à ajuster ses représentations et à transformer ses pratiques,
  • capacité à prendre soin de soi, des autres et du cadre commun

Ces trois fresques créent des espaces d’expérience et de transformation, au sein des entreprises comme des territoires.


Second volet : l’économie régénérative

Le second pilier repose sur le Business Model de l’Entreprise Régénérative avec les Lauriers de la Régénération, remis chaque année.

L’économie régénérative se fonde sur un principe non négociable : les dimensions économique, environnementale et sociale sont considérées à égalité, sans compromis, avec un fort ancrage territorial pour une triple viabilité.

Les entreprises mises en lumière illustrent cette diversité :

  • Halage, structure associant agriculture, réinsertion et biodiversité,
  • C’est qui le patron ?, fondée sur la co-construction des prix avec les consommateurs,
  • Patagonia, dont la gouvernance a été confiée à une fondation actionnaire et qui expérimente des filières bio-régénératives sur le coton et la mangue.

Toutes les activités de ces entreprises ne sont pas régénératives, mais certains produits et services le sont, démontrant la possibilité d’incarnation concrète en triple profits : économiques, environnementaux et sociaux.


La trajectoire comme condition de transformation

En l’absence de trajectoire explicite, l’attentisme domine.

Un rapport du Sénat consacré à l’évolution des valeurs économiques à horizon 2050 identifie quatre orientations majeures :

  1. la décroissance,
  2. la croissance verte,
  3. l’économie du donut,
  4. la post-croissance, proche de l’économie sociale et solidaire.

L’intérêt central de ce rapport réside dans le fait que ces modèles ne sont pas présentés comme exclusifs, mais comme des régimes de valeurs pouvant coexister et se succéder dans le temps.


Une trajectoire des entreprises clairifiée avec le capacity score

Ces dynamiques peuvent être traduites par une trajectoire opérationnelle : Limiter – Réduire – Restaurer – Régénérer qui structure le capacity score de nous sommes vivants en étant aligné avec les 4 imaginaires ou les typlogies de modèles économiques du rapport du sénat.

Ces niveaux forment une trajectoire possible. Une organisation peut être à plusieurs niveaux simultanément, selon les sujets.

Le Capacity Score permet de se positionner dans une trajectoire via sa capacité à tenir dans un monde instable, et à renforcer — ou non — la capacité du vivant (humain et non humain) dont elle dépend. Il rend lisible où se situe l’effort principal, et ce que l’organisation est réellement capable de faire aujourd’hui. Voir exemple de Michelin. Et plus largement les tendances de la RSE 2026.


Niveau 1 — LIMITER

Capacité à rester conforme et à éviter la rupture

  • Finalité dominante : conformité réglementaire, maîtrise des risques, protection de l’activité existante.
  • Logique d’action : limiter les impacts négatifs les plus visibles.
  • Mode de pilotage : reporting, indicateurs, obligations (CSRD, bilans, audits).
  • Rapport au vivant : le vivant est perçu comme une contrainte externe à gérer.

👉 Capacité clé : éviter le décrochage.


Niveau 2 — RÉDUIRE

Capacité à renforcer la résilience de l’existant

  • Finalité dominante : sécuriser les marges, les ressources et la continuité opérationnelle.
  • Logique d’action : optimisation, efficacité, réduction des dépendances critiques.
  • Mode de pilotage : amélioration continue, éco-efficience, coopération limitée à la chaîne de valeur.
  • Rapport au vivant : le vivant est un facteur de risque à intégrer.

👉 Capacité clé : tenir dans l’instabilité.


Niveau 3 — RESTAURER

Capacité à réparer des milieux et des relations dégradés

  • Finalité dominante : restaurer des écosystèmes, des filières, des relations humaines fragilisées.
  • Logique d’action : projets territoriaux, coopérations multi-acteurs, transformation partielle du modèle.
  • Mode de pilotage : gouvernance élargie, alliances, expérimentation.
  • Rapport au vivant : le vivant devient un partenaire à soutenir.

👉 Capacité clé : réparer ce dont dépend l’activité.


Niveau 4 — RÉGÉNÉRER

Capacité à renforcer durablement la capacité du vivant humain et non humain

  • Finalité dominante : contribuer activement à la vitalité des territoires et du vivant.
  • Logique d’action : transformation du modèle d’affaires, contribution nette positive.
  • Mode de pilotage : gouvernance partagée, coopération profonde, finalité explicitement régénérative.
  • Rapport au vivant : la co évolution avec le vivant dans notre milieu de vie partagé

👉 Capacité clé : permettre au vivant — humains compris — de continuer.


Made in France régénératif : de l’origine à la contribution

La relocalisation productive occupe une place croissante dans le débat public. Pourtant, le Made in France reste souvent abordé sous un angle symbolique ou défensif.

Une lecture régénérative invite à déplacer la question : non pas seulement “où c’est produit ?”, mais “à quoi cela contribue-t-il ?”

Un Made in France régénératif ne se définit pas uniquement par l’origine géographique, mais par sa capacité contributive au territoire, selon des dimensions indissociables :

  • économique (création de valeur durable, sécurisation des marges et des emplois),
  • sociale (qualité des relations de travail, santé humaine, inclusion, transmission),
  • environnementale (biodiversité, sols, eau, air),
  • relationnelle (coopérations locales, filières, collectivités, consommateurs).

Dans cette perspective, une entreprise peut produire en France sans être régénérative, tout comme une activité partiellement internationalisée peut renforcer des capacités territoriales si elle est gouvernée dans cette logique.

Le Made in France régénératif n’est pas un label, mais une trajectoire vérifiable par les effets. L’enjeu n’est pas la relocalisation comme slogan, mais la contribution effective des entreprises à leurs territoires, à la qualité des relations humaines et à la capacité du vivant à continuer.


Le plaidoyer pour une économie régénérative du vivant

L’écologie ne recule pas dans la société française. Deux millions de signatures contre la loi du plomb, +7% pour Biocoop, la résilience des modèles coopératifs : les données contredisent le récit dominant d’un « backlash écologique ». Ce qui est en crise, c’est la capacité collective à transformer ces aspirations en trajectoires politiques concrètes qui s’incarnent au quotidien dans une écologie populaire dans les territoires: qualité de l’air / eau, alimentation saine, services publics comme l’éducation et la mobilité.

Les quatre imaginaires identifiés — anthropocentrisme, biocentrisme, écocentrisme, multicentrisme régénératif — ne sont pas des étiquettes philosophiques. Ce sont des logiques d’action qui produisent des effets économiques, environnementaux et sociaux radicalement différents. Et c’est précisément là que se situe la tension politique centrale.

L’anticapitalisme porte une critique légitime du modèle extractif et la piste d’un système alternatif décroissant. Mais en refusant de se confronter aux réalités de la viabilité économique, de la création d’emplois, de la compétitivité des filières et de la gouvernance démocratique des entreprises, ils se condamnent à rester minoritaires — environ 5% selon nos données. Ce n’est pas une posture morale qui est en cause, c’est une impasse stratégique : on ne transforme pas une économie depuis les marges en dénonçant ceux qui la font tourner.

L’écologie populaire et l’économie régénérative que nous portons fait un pari inverse : l’écologie ne se réalisera qu’en devenant un enjeu économique et démocratique incluant tous les acteurs — entreprises, territoires, citoyens, syndicats, élus. Cela suppose d’accepter de travailler avec le monde économique tel qu’il est, sans naïveté sur ses contradictions, mais sans le diaboliser non plus.

L’horizon désirable n’est pas l’austérité, ni le sacrifice, ni le retrait. C’est une économie où l’usine régénérative devient la norme, où les filières agricoles restaurent les sols en sécurisant les revenus, où les territoires vont mieux parce que les entreprises existent. C’est l’écologie populaire incarnée : emplois dignes, alimentation de qualité, air pur, coopération sans épuisement, fierté du travail bien fait. C’est le Buen Vivir de Patrick Viveret rendu opérationnel dans les chaînes de valeur, les gouvernances partagées et les alliances territoriales.

La régénération c’est un choix démocratique conflictuel qui suppose de passer des alliances avec des acteurs imparfaits, d’accepter des trajectoires progressives, de mesurer les effets plutôt que de juger les intentions. Mais c’est le seul chemin qui permet de transformer l’économie à l’échelle, en faisant de l’écologie non pas une contrainte subie, mais une amélioration concrète et tangible des conditions de vie du plus grand nombre.

La question n’est plus « pour ou contre le capitalisme ? » Elle est : « qui renforçons-nous avec l’argent collectif ? » Et cette question, nous choisissons de la poser depuis le cœur du réacteur économique, avec tous ceux — entreprises, territoires, citoyens — qui veulent que leurs décisions, leurs investissements, leurs activités contribuent à ce que le vivant puisse continuer.

Ce que nous proposons au réseau HUMUS :

HUMUS aujourd’hui porte principalement :

  • La sobriété heureuse (anthropocentrisme – 16% d’adhésion)
  • La décroissance (biocentrisme – 5% d’adhésion)
  • L’économie sociale et solidaire (ESS) comme alternative au capitalisme

Soit environ 20% de la population française maximum.

Ce que HUMUS n’intègre pas (encore) :

  • La régénération comme voie de post-croissance (multicentrisme)
  • Les entreprises en trajectoire transformative (hors ESS)
  • L’écologie populaire qui vise l’amélioration concrète des conditions de vie du plus grand nombre

Proposition de nous sommes vivants au réseau Humus :

  • Élargir le périmètre d’alliance en reconnaissant explicitement la régénération comme voie complémentaire à la sobriété et à la décroissance. Non pour les remplacer, mais pour construire une coalition réellement majoritaire capable d’influer sur les politiques publiques.
  • Intégrer la ‘contribution territoriale régénérative’ comme critère dans des programmes municipaux : une entreprise ne devrait pouvoir bénéficier d’aides publiques locales que si elle prouve que le territoire va mieux parce qu’elle existe.
  • Utiliser notre trajectoire Limiter-Réduire-Restaurer-Régénérer comme référentiel commun pour évaluer les politiques publiques que vous souhaitez influencer. Cela permettrait de sortir de la dénonciation générale pour pointer précisément ce qui bloque la transformation effective des entreprises dans ces territoires.

Nous savons que cette ouverture aux entreprises hors ESS soulève la crainte du greenwashing. C’est précisément pourquoi nous proposons le Capacity Score : un outil de mesure des trajectoires effectives, pas des intentions. Une entreprise ne peut prétendre être régénérative sans prouver sa contribution positive nette au territoire via ses produits et services. Mais il s’agit de les encourager a arriver au stade régénératif. A noter que notre approche se base sur l’économie de la mutualité et la solidarité écologique.


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