Rejoindre le groupe de travail « Profit régénératif »
Date : Lundi 16 mars 2026 Horaire : 13h00 — 15h00 Format : Visio RSVP : S’inscrire ici Contact : jeremy@noussommesvivants.co
Pourquoi ce groupe existe
Deux journées de diagnostic avec 90 participants de l’écosystème régénératif français ont abouti à la même conclusion : le capital économique est systématiquement le pilier le plus faible (a lire ici) :
- Les entreprises perçoivent la régénération comme un coût de protection supplémentaire, pas comme une stratégie de création de valeur.
- Les DAF ne sont pas dans la boucle parce que la régénération ne figure pas au bilan comptable.
- Les financeurs ne viennent pas à la table parce qu’on ne leur parle pas leur langue.
- Les consultants régénératifs savent diagnostiquer mais ne savent pas prouver la rentabilité de ce qu’ils proposent.
Ce que nous savons déjà via les lauriers de la régénération
La régénération génère de la valeur économique mais nous n’avons pas les chiffes pour la valeur environnementale et sociale (reliés aux pratiques mises en place). C’est documenté, mais de façon dispersée, par filière, jamais consolidé ni traduit dans le langage d’un DAF. Voici ce qu’on trouve quand on cherche :
En cosmétique, Expanscience a développé un ingrédient issu du basilic sacré (tulsi) cultivé en Inde selon les standards ROC (Regenerative Organic Certified), qui soutient 3 800 agriculteurs sur 5 100 hectares en favorisant la santé des sols et l’équité sociale. Comme le dit leur porte-parole aux Lauriers : « Pour être vraiment régénératif, un système doit considérer tous les acteurs du système agricole — du microbiome du sol aux animaux jusqu’aux travailleurs ». Ce qui rend Expanscience lisible pour un CFO : 99% du chiffre d’affaires dépend de matières premières d’origine végétale Premium Beauty News — la régénération des filières d’approvisionnement n’est pas de la RSE, c’est de la continuité d’exploitation. Résultat 2024 : -3% d’émissions en valeur absolue malgré un CA en croissance, programme d’investissement de 20 M€ sur le site d’Epernon Premium Beauty News.
En viticulture, le Château Galoupet (propriété de Moët Hennessy / LVMH) a obtenu la certification ROC — Regenerative Organic Certified. Le surcoût de transition est absorbé par la valorisation du foncier et le pricing power d’un vin certifié régénératif.
En textile, Bastien Tissages Techniques co-construit avec Nous Sommes Vivants un modèle régénératif autour de l’ortie textile sur 5 ans. La logique : substituer une fibre importée (coton, synthétique) par une fibre locale régénérative qui restaure la biodiversité, et crée de l’emploi territorial. Le modèle économique repose sur la multi valorisation et le co investissement (RegenBMC)
En alimentation, Oé produit du vin bio en circuit court avec certification B Corp. Bonneterre & Compagnie (groupe Ecotone) structure toute sa gamme autour de filières bio régénératives. Dans les deux cas, le premium de prix (15 à 30% selon les catégories) couvre le surcoût de production et fidélise un segment de consommateurs en croissance.
Ce que nous savons déjà dans l’agriculture
Le modèle FEVE (Fermes En ViE) est la preuve qu’un mécanisme financier régénératif peut atteindre la masse critique. Cette foncière solidaire mobilise l’épargne citoyenne pour acheter des terres agricoles et les mettre à disposition d’agriculteurs engagés en agroécologie via un bail rural avec option d’achat. La foncière est labellisée Finansol et agréée ESUS Banque des Territoires, avec au capital la Banque des Territoires (2,5 M€) Banque des Territoires et les fonds solidaires de Mirova, du Crédit Mutuel, du Crédit Coopératif et le fonds Entrepreneurs du Vivant (France 2030), ainsi qu’Allianz — plus de 10 M€ d’investissement institutionnel FEVE.
Ce qui rend FEVE stratégiquement intéressant pour le groupe « Profit régénératif », c’est le mécanisme : l’épargne citoyenne finance le foncier, l’agriculteur investit dans l’outil de production plutôt que dans la dette foncière, les terres sont exploitées selon une charte agroécologique exigeante (bio, travail minimal des sols, diversification), et l’agriculteur peut à terme racheter la ferme Chiche.
Les chiffres parlent : 25 millions d’euros collectés en 2025 (contre 19 millions en 2024, soit +30%) Réussir, plus de 70 agriculteurs installés dans plus de 50 fermes, et 3 300 hectares convertis à l’agroécologie Réussir. 70% des productions sont en circuits courts FEVE. Le rendement pour l’investisseur est de 2 à 3% — comparable à un livret A, mais avec une réduction d’impôt IR-PME de 25% et un impact territorial mesurable. L’objectif 2026 est de collecter plus de 30 millions d’euros et de passer de 50 à 80 fermes financées Weelim.
FEVE démontre trois choses que le reste de l’écosystème n’arrive pas encore à prouver : qu’on peut traduire la régénération dans un langage financier que les institutionnels comprennent, que la masse critique se construit en 4-5 ans (création en 2021, Banque des Territoires et Allianz au capital en 2023-2024), et que le modèle attire des investisseurs qui ne sont pas du cercle militant — 7 700 actionnaires au total, profil type : 35-50 ans, urbain, déjà sensibilisé mais pas nécessairement activiste Weelim.
Ce que le groupe va travailler
Le groupe « Profit régénératif » n’est pas un séminaire de plus sur la régénération. C’est un chantier opérationnel qui vise a produire un format de présentation Comex qui tient en 20 minutes et répond aux trois questions d’un directeur financier : combien ça coûte, combien ça rapporte, en combien de temps. avec trois objectifs :
Le référentiel . Sans référentiel de preuves partagé, les financeurs classifient la régénération comme risque élevé. BPI, banques, fonds d’impact ne financent pas ce qu’ils ne peuvent pas évaluer. Par exemple : Non, l’économie régénérative ne se réduit pas au Donut. Source
Construire le langage commun DAF-régénération. La régénération parle services écosystémiques, capital naturel, capacités du vivant. Le DAF parle EBITDA, cash-flow, retour sur investissement. La passerelle n’existe pas. Aucun outil standard ne traduit l’un dans l’autre. Le groupe de travail Mesure du 30 janvier a proposé de basculer des KPI aux KRI (Key Regenerative Indicators), d’une comptabilité de l’extinction vers une comptabilité de la vitalité
Le horizon temporel. La régénération crée de la valeur sur 5 à 15 ans (restauration des sols, reconstruction de filières, résilience foncière). Les Comex raisonnent à 1-3 ans. Les fonds d’investissement classiques à 5-7 ans. Le décalage temporel est structurel. L’anecdote du consultant face au Comex cosmétiques illustre le fossé : une heure, cent slides, trois demandes contradictoires — alors que le Comex raisonne à un an.
Constituer la base de preuves par secteur. Consolider les données économiques de la régénération au-delà des cas héroïques. L’agro est le terrain de départ (Galoupet, Oé, Guatex, exploitations ROC) parce que c’est le secteur avec le plus de données, les donneurs d’ordre à la table (L’Oréal, LVMH, Decathlon, Ecotone via le Regenerative Circle Agro), et un référentiel de mesure existant (ROC, bio, HVE). Mais l’objectif est de documenter aussi le textile (ortie Bastien), l’aménagement (Living Place), la cosmétique (Expanscience), le tourisme — pour que la preuve ne reste pas sectorielle.
Relier la régénération au bilan comptable. Explorer comment les théories / outils existants peuvent s’articuler pour inscrire la valeur régénérative dans les états financiers. La CSRD donne un langage commun et une base factuelle mais ne mesure que la réduction des impacts, pas la capacité à générer un impact positif net. L’enjeu est de construire le complément : la comptabilité de la vitalité.
Qui nous cherchons autour de la table
Des dirigeants d’entreprises qui ont déjà fait le virage ou sont en train de le faire — et qui peuvent documenter ce que ça coûte, ce que ça rapporte, et ce qu’on ne sait pas encore mesurer. Les 25 lauréats de la Régénération (Expanscience, Lunii, Bonneterre, Galoupet, Picture Organic…) sont des candidats naturels.
Des DAF et directeurs financiers d’entreprises engagées dans des trajectoires régénératives, qui connaissent la réalité des arbitrages budgétaires et peuvent dire ce qui manque pour que la régénération passe en investissement plutôt qu’en charge.
Des économistes et comptables capables de modéliser la valeur de la régénération en comptabilité intégrée — multi-capitaux, externalités, services écosystémiques monétisés.
Des acteurs de la finance — fonds d’impact, BPI, banques, assureurs — qui peuvent dire ce qu’il leur faut pour financer la régénération : quels indicateurs, quel track record, quel horizon, quel niveau de preuve.
Pourquoi le 16 mars est le bon moment
Le diagnostic est posé. Les deux journées écosystème et les deux journées agro convergent sur les mêmes conclusions. Le groupe du 16 mars est le premier espace dédié explicitement au modèle économique régénératif en France. Il n’existe nulle part ailleurs dans l’écosystème et l’écosystème de la régénération est invité. C’est une catégorie d’acteurs à créer — et ceux qui la créeront définiront les termes du débat économique pour les cinq prochaines années.
Le développement conceptuel des économies régénératives est encore dans une phase naissante mais il y a plusieurs articles scientifiques qui convergent pour clarifier le niveau de la régénération. « Les business models régénératifs proposent un nouvel objectif de santé planétaire et bien-être sociétal, et avancent un récit qui vise non pas simplement la réduction des impacts négatifs (net zero) ou l’équilibre entre création de valeur économique, sociale et environnementale (triple bottom line), mais une redéfinition de la relation entre humains et nature. »
Le concept clé est la « strong sustainability » (soutenabilité forte) vs « weak sustainability » : l’économie est enchâssée dans la société, elle-même enchâssée dans l’environnement naturel
L’article de Skene (2022) dans Frontiers in Sustainability décrit précisément ce modèle de cercles concentriques appelé « Embedded Economy » (économie enchâssée).
| Source | Référence | Description du modèle |
|---|---|---|
| Kate Raworth / Marcia Mihotich | Doughnut Economics (2017) | « Embedded economy model » – diagramme illustré par Marcia Mihotich |
| Skene (2022) | Frontiers in Sustainability, | « The economy is embedded within the social area, which is within the natural environment » |
| ScienceDirect (2019) | « Concentric framework for sustainability assessment » | « Strong sustainability is best reflected in the diagram of concentric circles » (Levett 1998, Mitchell 2000, Lozano 2008) |
| Beth Sanders (2021) | « Regenerative City Circles » | Cercles concentriques : Physical habitat > Social habitat > Economic life |
| O’Riordan et al. (2000) | Nested system foundation | « Natural ecosystems fully embrace the economic and social realms » |
Le rapport du sénat sur les modèles économiques est peut être le signal fort qu’on attendait. Ce rapport de prospective propose d’explorer les voies possibles, en interrogeant les valeurs qui guideront les acteurs économiques dans un monde appelé à évoluer autrement pour protéger le vivant, ne pouvant plus se contenter de croître.


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