Exception culturelle française ou extravagante vanité gauloise ?

Blog_universit_2Vestige d’une prétention intellectuelle toute nationale, le savoir à la française risque l’extinction. Le monde universitaire s’associe à reculons au monde économique, par peur de perdre une certaine autonomie, et une force des idées aujourd’hui plus prétendue que compétitive.

Les universités anglo-saxonnes ont compris depuis longtemps tout l’intérêt qui résidait dans l’échange entre forces économiques et forces intellectuelles. Non seulement elles ont su préserver leurs élites, mais elles attirent ceux, nationaux ou étrangers, qui font la pensée d’aujourd’hui. Cet échange profite aux deux : les penseurs assurent l’avance technologique et stratégique des entreprises, et les entreprises assurent le bien-être des penseurs.

L’aspect démocratique d’une part, et ultra-médiatique d’autre part de nos sociétés, accorde aux penseurs à une totale liberté de parole, une franchise intellectuelle, loin de toutes contraintes politiques, et ce même envers les entreprises qui les subventionnent. Les entreprises, qui ont des contraintes d’image, respectent religieusement la liberté de recherche des universitaires qui leur sont associés.

Le Collège de France, qui a notamment abrité Jean-Marie Lehn, Pierre-Gilles de Gennes, Claude Cohen-Tannoudji, Roland Barthes, Pierre Boulez, Claude-Lévi-Strauss, Raymond Aron, institution gratuite, ouverte à tous, demeure un temple des sciences et des humanités. Mais pour combien de temps ? Conscient de la nécessité de trouver d’autres moyens d’attirer les cerveaux, il a ouvert une chaire d’innovation technologique Liliane-Bettencourt. Cette association au géant des cosmétiques soulève ici quelques inquiétudes, quand d’autres s’en offusquent. N’ont-ils pas compris l’urgence d’une telle adaptation ? Le fait que, dans nos sociétés, le savoir aussi se monnaye n’est plus à combattre. Il est grand temps d’établir les conditions nécessaires au développement et au renouvellement des élites de notre temps, celles qui construisent la grandeur de demain.

En ne prenant pas conscience de cette urgente nécessité, les universités françaises et leurs élites se condamnent.

Julien Grimaldi.

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