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Qu’un site internet consacré au dandysme s’ouvre sur une Vanité du XVIIème siècle entourée de deux Beau Brummel peut étonner. On pourrait s’attendre, d’après la mode actuelle qui attribue généreusement le titre de dandy à n’importe quel costumé ou dépressif, à une ouverture plus moderne, ou, pour utiliser un monstre sémantique, plus "glamour". Le dandysme fut au contraire une attitude, une posture, une philosophie infiniment plus profondes que ces superficialités ; il fut une réponse à l’angoisse métaphysique que la Vanité de Philippe de Champaigne (1602 – 1674) matérialise. Les dandys furent, au cœur du XIXème |
Si le dandy s’impose aujourd’hui comme une
figure historique incontournable, c’est sans doute plus grâce à la
Littérature qu’à l’Histoire. Nombreux en effet furent les écrivains qui
esquissèrent des dandys dans leurs romans, à commencer par Balzac. Dans
la Comédie Humaine, des dandys de tous types, plus ou moins
éphémères, hantent les salons et les boulevards parisiens. Ce sont,
parmi d’autres, Marsay, Rastignac ou Lucien de Rubempré. Plus tard dans
le XIXème siècle, les deux "bibles du décadentisme", A rebours de Huysmans et Monsieur de Phocas de Jean Lorrain s’articulèrent presque exclusivement autour d’un personnage de dandy.
L‘utilisation romanesque des figures
historiques du dandysme n’aurait rien été sans la contribution
essentielle de Baudelaire. Le poète qui avait sans doute le mieux
compris les angoisses de son temps fut en effet l’auteur d’un essai sur
le dandysme. Cette tentative, ainsi que le Du dandysme et de George Brummel
de Barbey d’Aurevilly, fut essentielle car elle dégagea des similitudes
dans le cénacle improbable et contradictoire du dandysme. Rien, en
effet, ne semblait réunir l’impassible et sobre Brummel et
l’excentrique et héroïque Byron.
Que fut donc, alors, le dandysme ? D’après
Baudelaire, il fut une attitude à la fois temporelle et spirituelle. Il
fut un élitisme combattant le vulgaire et la bêtise, à la manière de
Barbey d’Aurevilly, virulent et superbe arbitre de son temps. Il fut
également une quête. Quête temporelle avec la mise en représentation
constante de l’individu, la recherche intransigeante du raffinement ou
de l’excentricité ; quête spirituelle pour échapper au temps. Le temps
qui passe, ennemi intime du dandy, fane son visage, élime ses vêtements
et, surtout, le fait sombrer dans l’oubli. C’est pourquoi revint sans
arrêt chez les dandys historiques cette question cruciale : comment
échapper au temps ? La réponse à cette question, objet de La Recherche du Temps Perdu de Marcel Proust, est l’Art.
C‘est pourquoi le dandy aspire à créer.
Mais sa création est d’un genre nouveau. Certes certains furent
écrivains, poètes ou peintres, mais la plupart sacrifia généralement
ces œuvres à une autre, plus absolue : leur personne. Dans la
Littérature comme dans l’Histoire, le dandy souffre de l’angoisse de la
mort jusqu’à être, dans les romans de la décadence, fasciné par le
morbide.
Figure historique et littéraire du XIXème
siècle, le dandy doit rester attaché à ce siècle. Le premier coup de
canon de la première guerre mondiale l’assassina : l’héroïsme, un
siècle après Napoléon, était redevenu possible. Affubler un
contemporain de la qualité de dandy est donc une escroquerie, pire, un
barbarisme. S’il exprime des angoisses éternelles, si sa quête tragique
d’Idéal est intemporelle, le dandy est, comme figure originale, ancré
dans le XIXème siècle.
Ce site n’a pas d’autre vocation que de
présenter quelques-unes de ces figures, de montrer par l’exemple le
génie de personnages historiques ou l’acuité de romanciers. Ce site est
également une esquisse, par la lorgnette du dandysme, du XIXème siècle,
ce "siècle vaurien". Parallèlement, ce site propose quelques conseils
élémentaires destinés à ceux qui veulent, à rebours de l’époque, savoir
vivre. Premiers pas vers un absolutisme du paraître, ces recueils de
conseils ne sont qu’une invitation à poursuivre. Car l’important n’est
pas de maîtriser un certain nombre de codes bourgeois mais de dessiner,
à partir de ces codes – les gammes de l’élégance –, une personnalité
originale et, to the happy few, transgressive.

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