L’entreprise est une fiction

Les entreprises inspirent les auteurs, puis s’inspirent de fictions pour vendre et motiver.

Le jour, Olivier de la Chaise est consultant en optimisation fiscale.
Le soir, il devient Christian Zigler, un responsable R&D foutraque,
génial et un peu beauf. Une fois par semaine, il retrouve Amélie,
directrice de clientèle chez Métro qui se métamorphose en DAF
psychorigide, et Mathilde, responsable marketing, qui devient dircom
sur les planches. Au total, ils sont une dizaine de cadres à
interpréter Vent de travers
dans un petit théâtre parisien. Le pitch ? Un directeur marketing vient
chambouler les habitudes d’une PME qui vent… du vent ! Vent de travers
est d’ailleurs une pièce… Dans le vent.

Vent de travers, au théâtre le Passage vers les étoiles, 17, cité Joly. 75011 Paris. Location : 01 43 38 83 45. 

Bon pour la com’ et pour la stim’

Et réciproquement. Après le théâtre d’entreprise (voir les sitcoms de la troupe Changement de décor sur newzy.fr et
voir l’encadré ci-dessous ), voici le temps de l’entreprise théâtrale.
Tandis que les lip dubs, ces comédies musicales karaoké mettant en
scène des salariés fleurissent sur le Net, une PME va plus loin encore
dans la mise en abîme. B3G vend des solutions de téléphone sur IP en B
to B. Un produit pas très glamour, mais la com est détonante. 

Sur www.liberezlatelephoniedentreprise.com le site viral de la boîte, les salariés jouent des rôles à contre-emploi de clients potentiels en vidéo. « Parmi les opérateurs, nous sommes challengers. On n’a pas forcément des millions d’euros à investir dans une campagne de pub, explique Yves Dubuisson, le directeur marketing. On voulait une campagne différente dans laquelle les entreprises peuvent se reconnaître. » C’est
ça qui est fort. En optant pour la fiction et en choisissant de la
faire interpréter par des pros de la téléphonie, comédiens amateurs,
B3G reste proche du client et joue sur un miroir à double face. Ce qui
est bon pour la com’ devient excellent pour la stim’. La forme ultime
de la catharsis ?

Dans la foulée de 99 Francs et de La Question humaine,
l’entreprise n’est plus seulement un décor, elle devient protagoniste
des histoires qu’elle raconte. Canal + a bien compris l’intérêt
cinématographique du monde économique. Il y a quelques années déjà,
Canal a commencé à programmer une mini-série intitulée "Brother and
Brother" au ton acide sur les cadres supérieurs.

 

En 2008, la chaîne cryptée va programmer la série "Scalp" sur la bourse, proche du mythique Wall Street
d’Oliver Stone. Bruno Petit, le producteur de cette fiction a travaillé
plusieurs années dans ce milieu peu connu par le grand public. Il a eu
le temps de décrypter ses codes et surtout de pénétrer ses mystères, y
décelant les ficelles d’une bonne intrigue. Mais l’entreprise fiction
n’est pas que sur les écrans. Houellebecq dans Plateforme ou Extension du domaine de la lutte et Bret Easton Ellis (American Psycho) avaient montré l’exemple. Edmond Tran embraye dans Corporate
(Scali), un roman drôle et abrasif qui raconte la résistible ascension
d’un golden killer des médias. L’entreprise, repoussoir habituel des
auteurs, devient enfin source d’inspiration.

Source :NEWZY

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